Vulnér(h)abilité

Coffee-2C’était comme avoir éprouvé février à travers une vitre sale, mouchetée du sable déposé par la pluie, brouillée par l’érosion du vent d’hiver. C’était comme une injonction à nous tourner vers nous, à prendre le temps de nous sonder en dedans, à prendre toute la mesure de ce qui nous attend. Jamais le mois le plus court de l’année ne m’a semblé aussi long, avec ses nuits d’insomnies et ses heures étirées, avec ses joies intenses et ses tourments insaisissables, si vifs, incontrôlables. Février c’est aussi déterrer comme un trésor cette nécessité étouffée : j’ai tant besoin des autres, de bras, de mots, de cafés calés, de mes chers amis près de moi. Dans un même geste (lent, très lent, lent comme des jours et des mois et des années peut-être), je dépose mon masque d’albatros affranchi et crains la fragilité qui va de concert avec ce doux jeu-piège dans lequel j’accepte enfin de me glisser. Me voici, entièrement et pleine d’aspérités, me voici à l’aube de cette vie qui s’annonce, me voici dévorée – enfin ! – par le besoin de vous.