Saisons

Automne-1

On dit « il faut se protéger de la pluie, des orages, il faut fermer la porte et se cloîtrer dans nos maisons les jours de grand vent ». Alors on s’exécute, les corps serrés devant l’âtre, les yeux secs de s’être trop égarés dans les flammes des bougies, on noie nos âmes grises – bleues brouillard – dans le feu brûlant. Incandescent, le feu qui tempère, qui apaise, qui dégèle nos peurs glacées. Sans rien dire, on glisse sur le bois tendre et sec à pas feutrés, comme des chats, la peau nue de nos pieds, sans éclat particulier mais douce et vivante comme le papier.

On dit « y a plus de saison » et puis, dans un même souffle, au fond, « c’est bon quand tout recommence ». Car toujours l’univers, cyclique, nous rappelle à sa danse : même théâtre, traits plus vieux mais coeurs plus grands. On n’en finit jamais d’osciller, charriés par des courants qui nous élèvent comme des loups, nous soulèvent et nous murmurent à travers. Dis-moi, le Temps qui passe, sommes-nous meilleurs qu’hier ?