De l’oeuf, de l’abricot, du choux et du fromage

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Plus le temps passe, plus je développe une fascination pour les beaux produits. Prenez les oeufs par exemple, j’ai déjà tenté à plusieurs reprises de partager avec mes proches mon amour pour leur forme si douce, leur palette de couleurs, ce paradoxe, cet équilibre entre force et fragilité, le goût fabuleux de l’oeuf de ferme mais, allez savoir, je passe systématiquement pour une zinzin quand je glisse sur ce terrain. Et je ne vous parle même pas de la purée de patates douces ou du crumble parfait aux abricots de Nyons. Il me prend parfois des envies de quitter ma ville tout au nord pour migrer vers la campagne du sud, où je me verrais plutôt très bien le panier d’osier à la main rendre visite quotidiennement à des petits producteurs de talent qui sauraient par coeur mes préférences, à force.
« Mademoiselle, je vous ai mis de côté un petit bleu de brebis des Pyrénées, vous m’en direz des nouvelles ! »
Et les tomates les plus rouges. Et une baguette au levain. Ah, et un bon petit vin.
Mais si les vacances sont finies, qu’on se console ! C’est bientôt la saison des choux de Bruxelles.

La vie, l’ours polaire et la mer

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Il y a la vie qui s’étire. Celle qui me protège au creux de ses bras blancs et chauds et doux. La vie ours polaire. La vie chaude même quand il fait froid. Mais la vie qui doute et qui craint que la Vie en majuscule lui souffle ses remparts en allumettes le jour elle mettra le pied nu dehors. Nu, hors de sa tête, avec le corps tout entier plongé dans le monde dehors.
Il y a ce que je sais faire et il y a ce que je pense savoir faire. Il y a le penser, il y a le croire mais il y a surtout le faire. Faire avec ses mains, faire avec sa tête. Il y a le coeur qui attend, qui demande son reste. Une sourdine, un tout petit écho de rien du tout. Qui guette et parfois me submerge.
Aujourd’hui, il y a une marche, celle qui mène à l’un peu plus haut. L’un peu plus fort. Mais pour être fort, il faut du temps, de la patience, de la persévérance, un peu de larmes en boules dans la gorge et un nouvel équilibre. Je vacille mais je fais ce que je pensais savoir faire. Et j’apprends. J’éprouve mes limites, me toutes petites, comme des mirages.

Et j’enrage de vivre dans un palier. Qui n’est pas le premier, qui n’est pas le dernier. Un entre le Je suis capable de tout » et le « Je ne sais rien ». J’apprends, j’apprends, j’essaye, j’apprends, je rate, j’apprends, j’apprends. La vie qui balance, comme une mer immense qui n’en fait qu’à sa tête. J’ai le mal de mer d’avoir envie d’aller plus loin.

Un coeur plus grand

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Cher vous,

Je suis en bataille ces temps-ci, si vous saviez. Ma tête est un mic-mac un peu plus en désordre qu’à l’ordinaire. Plus je grandis, plus je comprends ceux qui nous mettent en garde face à la vie qui nous chamboule sans crier gare – pas celle des trains, non -, face à nos certitudes qui finissent parfois par nous mettre à genoux. Ce soir, je ne suis plus sûre du tout, je ne réponds plus de rien. J’ai l’étrange sensation de voguer sur un rafiot au milieu de l’océan et qu’il ne me reste qu’à trouver le chemin de la cabine où brille une lueur qui réchauffe. Je ne m’en fais pas, j’ai toujours eu le don pour repérer l’odeur des allumettes. Celles qu’ils craquent pour éclairer leurs jeux de carte, les marins. D’eau douce ou d’eau salée, peu importe. J’aime déjà la vie qui viendra.

Je grandis, je vous disais. Et mon coeur a grandi lui aussi. Si bien que, moi qui me vantait de ne jamais avoir versé la moindre larme face aux plus beaux chefs-d’oeuvre du cinéma, je suis à présent capable de pleurer de joie. Et ça me plaît de l’écouter danser, mon coeur. Alors, tant que j’ai l’âge que j’ai – notez, j’aurai toujours l’âge que j’aurai -, j’ai décidé de le laisser valser. Au diable la raison, puisqu’on a tout le temps d’un monde. Je veux ma vie riche et pleine de sens. Je veux rencontrer, me heurter, découvrir, me surprendre encore. Pour l’univers à venir.

Je flotte entre les astres, dans le grand Noir sans fin. Mais ça me plaît. Ca m’effraye mais ça me plaît.

Avez-vous suivi mes conseils ? Avez-vous enfilé paletot et chapeau doublé de laine en sortant de chez vous ce matin ? Dans moins de deux mois, nous fêterons Saint-Nicolas.

Je vous embrasse,

C.

Les matins a la carbonara

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Cher vous,

Ce matin, j’ai dans la bouche le goût de tous les possibles. Ce matin, j’ai le doux sentiment que ma vie m’appartient à nouveau. Oh, connaissez-vous cette sensation ? Certes, plus elle nous appartient, plus nous marchons sur la pointe des pieds pour la mener à bon port. Mais mes rames sont solides.

Ce matin, je mets de la musique - aimez-vous ? -, ce midi je casse des oeufs dans les pâtes a la carbonara pour régaler ceux que j’aime et ce soir je fais une bataille d’oreillers. Si vous n’étiez pas si loin, vous joindriez-vous à moi pour rire devant les feuilles qui tombent et vous moquer du temps qui passe ?

Où en est votre ouvrage, mon cher ? Cela prend-il forme ?

Je vous embrasse,

C.

Dimanche, des carottes

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Cher vous,

Ce matin, c’est dimanche. Vous savez, j’ai longtemps redouté les dimanches. Cette journée cachée tout au bout de la semaine incarnait pour moi le plus sournois des sabliers ou, non, mieux, une clepsydre détraquée. Oui, il y avait souvent de l’eau le dimanche, qui tombait du ciel gris, comme un couvercle, le ciel – avez-vous lu Baudelaire ? Oh, vous devriez. Enfin, peut-être que je n’ai bien voulu retenir que ce qui arrangeait ma triste théorie, peut-être qu’après tout il ne faisait pas si gris que ça. Peut-être qu’il y avait du soleil parfois.

J’ai grandi et j’ai commencé à les aimer, ces dimanches doux qui riment avec petits déjeuners grandiose, gâteaux qui gonflent dans le four, la famille et le temps qui ne compte presque pas. Comme en suspens. Je ne vous parle pas du suspens des mauvais films d’action, non. J’ai en tête un très grand nuage, non, des élastiques. Je suis attachée au bout de deux longs élastiques, c’est ça. Mes pieds pendent au-dessus d’un vide qui n’en est pas un puisqu’il n’y a que du vide autour. Je suis au milieu d’une atmosphère sans consistance, en apesanteur. Ils sont aériens, mes dimanches, ils sont heureux.

Et ce matin, voyez-vous, ce dimanche s’annonçait différent. Un lever embrumé, le corps noué dans les draps, les plis creusés sur la peau, la tête empêtrée dans un rêve flou. La pluie dehors, le vent. Ces jours-là, il faut y remédier. On ne peut pas juste les laisser filer leur coton en douce. Il faut les saisir par le corps avant qu’ils ne vous embrouillent.

Je suis sortie dans le froid, emmitouflée comme un ours dans sa vraie fourrure, et je suis revenue avec au creux des bras des oeufs – une douzaine, j’adore les oeufs, notez-le bien – et du beurre – je n’aime pas le beurre, je ne le tolère que bien enfoui dans les desserts. J’ai mis de la musique spéciale dimanche pluvieux – Rainy Sunday, littéralement, comme je vous parle. Une heure plus tard, mon petit appartement soupirait d’aise sous les effluves du premier carrot cake maison de la saison.

A ce moment précis, j’ai su que ce dimanche-là était sauvé. Mais je sais bien qu’il s’agissait d’un pré-matin d’hiver et qu’il y en aura d’autre à récupérer avant que je ne m’habitue à cette lumière qui, jour après jour, s’en va toujours plus tôt. Que je vous dise au creux de l’oreille : il annonçait la transition vers les dimanches enroulés dans l’ouate et imprégnés de l’odeur des allumettes. La petite fille aux allumettes, c’était une de mes histoires préférées quand j’étais petite. Mais je pense que c’en est assez pour aujourd’hui.

Prenez bien soin de vous, il commence à faire rudement froid dehors.

Je vous embrasse,

C.