Des ciseaux et des cheveux blonds

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Je sens que ma vie prend un virage, l’inertie me plaque tout doucement sur le rebord extérieur, ma tête tourne un peu. A vrai dire, je ne sais pas si j’ai cessé de tourner un jour. J’aime trop les papillons qui me hantent quand je n’ai aucune idée de la suite qui m’attend, quand tout est possible après le prochain tournant.

Ce matin, je me regarde dans le miroir, les traits brouillés par une soirée sublime mais bien trop arrosée. Quand ai-je commencé à ne plus être raisonnable ? Je regarde mon visage et je ne sais pas si j’ai dix-sept, vingt ou vingt-cinq ans. Je regarde cette vision ordinaire de moi et j’ai besoin de changement.

Mes cheveux sont relevés dans un bun en bataille. Je détache l’élastique qui emprisonne mon fouilli de mèches blondes un peu tristes, elles tombent lâchement sur mes épaules. Je saisis quelques cheveux entre mon index et mon majeur. Aux épaules. Au menton. Toujours un peu plus court.

Demain, j’amorce le changement.

Les oeufs du jeudi après-midi

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J’ai enfilé un pull en laine, gris clair comme le ciel de la mer du nord, par dessus ma robe. J’ai noué mes chaussures de cuir vieilles comme mon goût pour les belles matières et attrapé mon sac à dos bleu. Il le faudrait bien lui tout entier pour contenir de quoi cuisiner un dîner de fête. Une fête de rien du tout, sans aucun autre prétexte que de profiter de nous. On brûlerait vingt-et-une bougies enveloppés dans les effluves douces d’un gâteau d’automne, les assiettes sur les genoux, blottis dans le canapé blanc.

J’ai fermé la porte à double tour avant de me lancer dans l’ascension de la petite rue. En me frayant un chemin à travers les feuilles jaunes qui tapissaient le sol, je remerciais les aléas de la vie de m’avoir donné du temps. Le temps de prendre mes pieds pour me déplacer, le temps de respirer le jour de l’autre côté de la fenêtre, le temps d’envisager la suite, le temps de faire des plans. Et comme je marchais, je suis tombée nez à nez avec le petit marché grand comme un mouchoir de poche. Prise dans la course folle de ces dernières semaines, j’avais oublié que la place se parait d’une poignée d’échoppes tous les jeudi après-midis.

J’ai pensé à ma liste de courses, j’ai pensé aux oeufs. Puisque j’avais tout le temps du monde pour instaurer de nouvelles habitudes, je me suis dirigée vers la petite table jaune et, comme il n’y avait personne derrière moi, j’ai demandé au monsieur-aux-yeux-bleus-tout-ronds-qui-ne-clignent-jamais qu’il me raconte une histoire. L’histoire des six gros oeufs qu’il installait dans une boîte en carton. Et il m’a raconté. J’ai tendu ma monnaie, je l’ai remercié dans un grand sourire et j’ai repris le chemin de la maison.

Ce soir, la fête serait belle. Il y aurait les bougies, il y aurait le canapé blanc, et le cheesecake aurait le goût des oeufs vifs comme les feuilles jaunes qui valsent au dehors. A cause du vent.

The knowing-doing gap

The do plan
 
Hier soir, j’ai lu quelques articles tirés du blog-pépite Zenhabits découvert récemment grâce à Joel Gascoigne et que j’aime beaucoup. Leo Babauta, l’auteur, est un spécialiste du minimalisme, de la simplicité mais également duprocessus de mise en place d’habitudes saines dans son quotidien. Hier donc, j’ai pris tous ces articles que j’avais pris soin de compiler pour l’anniversaire de G. [Internet est tellement plein de ressources qu'avec un peu de patience et de curiosité, on peut se constituer de chouettes "ouvrages" personnalisés] et j’ai commencé ma lecture calée entre trois oreillers les yeux déjà pleins de sommeil. Dans The Do Plan, or Why We Know But Don’t Do (oui, Leo aime bien les majuscules), il aborde ce que les américains appellent le Knowing-Doing Gap, cet étrange intervalle qui existe entre le « Je sais que je dois le faire » et le « Je fais ». Par exemple : Je veux perdre du poids et je sais que pour y parvenir je dois réduire mon apport en calories et bouger davantage mais je ne parviens pas à mettre en place ces nouvelles habitudes qui paraissent pourtant simples sur le papier. Au lieu de m’y mettre pour de bon, je repousse l’échéance en me renseignant indéfiniment, en lisant, en en parlant, en procrastinant et, finalement, en culpabilisant.
 
 
Leo Babauta donne un nom à cette barrière, qui n’a de consistance que celle que nous lui donnons grâce au pouvoir de notre propre mental : la peur. De ne pas être à la hauteur de mes attentes, d’échouer, de quitter le cocon confortable de nos mauvaises habitudes. Nous sommes nos propres ennemis.
 
 
Pour passer du Know au Do, il est indispensable d’oser affronter l’idée que l’apprentissage est un processus progressif, qui prend du temps et qui implique peut-être d’échouer en chemin. Il implique de sortir de sa zone de confort et de laisser ses peurs derrière soi. Pour cela, il est important de les identifier au préalable, de pouvoir les nommer pour mieux s’en affranchir. Le reste n’est qu’une question de volonté, de persévérance et de discipline.
 
 
Ces idées, pourtant très simples, m’ont fait beaucoup de bien. J’ai pour ma part une très mauvaise habitude dont j’aimerais à tout prix me débarrasser depuis des années et, dans un sens, elle me procure inconsciemment un tel confort que je pense ne m’être jamais donné véritablement les moyens de m’en séparer. De la même manière qu’un fumeur a beaucoup de mal à arrêter la cigarette alors même qu’il sait qu’il met sa santé en danger, je ne me suis jamais résolue à faire ce pas dont je tirerais, je le Sais, tellement de bénéfice.
 
 
Je pense que cet article a changé mes perspectives. Comme on ajusterait des lunettes de quelques minuscules millimètres pour soulager un mal de tête chronique d’un myope. Sérieusement, ça y est, j’ai décidé que je passerais du Know au Do. Et tant pis si je tombe au début, je serai tellement fière de mes croûtes une fois que j’y serai parvenue.
 
 
Et vous, ça vous parle ce Knowing-Doing Gap ?

Ex-minimalisme, achèvement ou en chemin ?

Muji Japan house
Qu’on le nomme simplicité volontaire ou sobriété heureuse, le minimalisme est devenu pour moi ces derniers mois moins une hygiène de vie qu’une religion. D’abord parce que mes croyances et mes résolutions sont souvent dépassées malgré moi par la réalité du quotidien. Mais également parce que j’aime cette idée qui me dépasse, qui ne m’appartient pas en propre et dans la lumière de laquelle j’aime me blottir les yeux grands ouverts, cet idéal en ligne de mire qui donne forme aux perspectives du présent et de l’avenir dont je rêve pour moi.
Après des mois, des années à évoluer vers cette évidence minimaliste dans laquelle je me vois en miroir, je suis encore grisée lorsque j’expérimente le moment d’après « avoir fait de la place ». J’ai toujours quelque chose à donner, à vendre, à jeter et des cartons dont je dois me débarrasser. Il y a toujours un peu de place à faire pour de l’espace et de la lumière. Autant dire que cette obsession fait rire mon entourage quand elle ne provoque pas une totale incompréhension – qui se sépare de dizaines d’étagères de romans après cinq années d’études littéraires ? Mais c’est comme ça, c’est moi, le tri et l’idée de démarrer à zéro me rendent presque euphorique.
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce qu’une amie m’a dirigée vers le très bon article Pourquoi je suis un « ex-minimaliste » et que ma première réaction à la suite de sa lecture a été « J’aurais pu l’écrire presque mot pour mot ». De la prise de conscience aux résolutions puis à l’action, du voyage de plusieurs mois avec 12 kilos sur le dos pour seule maison à un minimalisme plus raisonné, je me suis reconnue dans chacune de ces phases. Pourtant, le temps passant, la progression vers cet idéal minimaliste me procure sans relâche les mêmes frissons, la même jouissance, la même impression de respirer à pleine tête et à pleins poumons. Alors, après m’être reconnue dans cette définition d’ex-minimaliste, je laisse le ex- à d’autres pour poursuivre dans un processus que j’espère sans fin.
Et vous, ça vous parle cette notion d’ex-minimalisme, ou de mode de vie minimaliste tout court ?

Marché bio des Ateliers des tanneurs – Bruxelles

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Le bio et moi, on se côtoie sérieusement depuis un peu plus d’un an déjà. Mais depuis mon voyage en Asie, notre relation a gagné en maturité et je dois avouer qu’il fait aujourd’hui partie de mes priorités.

A vrai dire, je dois en partie cette affirmation de mes choix de consommation à la rencontre au Laos d’un français expatrié passionné/ant de 72 ans qui nous a, entre autres conversations fascinantes, guidé au travers du Chiang Mai (Thaïlande) bio accroché à son guidon de scooter. Dès ce moment, nous avons switché de filtre face à la cuisine thaïlandaise (qui, aujourd’hui, est souvent bien meilleure remastérisée à l’occidentale, croyez moi) et je décomptais les jours qui me séparaient de la possibilité de cuisiner chez moi des produits que j’aurais choisi (manger dans la rue et au restaurant pendant quatre mois au quotidien est bien plus idyllique sur le papier que dans la réalité).

Mais le bio, chez nous, il paraît que « ça coûte cher » et que « c’est de l’arnarque », non ? Pas forcément. Si le bio n’est jamais exempt à 100% de traces de produits chimiques ou polluants (en cause, notamment, la pollution contenue dans les sols et la pluie), j’estime qu’en consommant bio je préserve mon organisme d’un bon paquet de pesticides présent dans une bonne part des produits « classiques » et que j’encourage, dans un même mouvement, une agriculture plus responsable (même si, ne soyons pas naïfs, elle est actuellement récupérée de manière pas toujours jojo par les gros acteurs de l’industrie agro-alimentaire). Et si en plus mes fruits et légumes sont cultivéslocalement, j’ai l’assurance de payer un prix juste qui saura alimenter (je l’espère) un circuit court à l’emprunte écologique modérée et au visage plus humain. De plus, pour ne rien gâcher, il semblerait que l’agriculture biologique belge soit particulièrement réglementée et surveillée (entendu dans mon marché de quartier, à confirmer ?).
Du coup, dans l’idéal, j’essaye d’éviter le bio des grandes surfaces (si Delhaize s’en sort vraiment pas mal, chez Carrefour c’est une catastrophe : les fruits et légumes bios sont hors de prix et vraiment insipides) et de privilégier les épiceries bios de mon quartier (Chez Josy & Shanti, entre autres). Mais quand j’en ai l’occasion, je file me balader du côté des Marolles, quartier populaire de Bruxelles où l’on trouve une concentration folle d’antiquaires, pour faire le plein au Marché bio des Tanneurs. Un vaste choix de produits (légumes, fruits, pains, pâtisseries, fromagerie, riz, pâtes, boissons, fruits secs,…) en libre service pour un prix riquiqui. Si si, je vous jure. Aujourd’hui, mes courses « tout bio » m’ont coûté la même chose qu’un panier équivalent en grande surface. Et autant vous dire que c’est autrement bon !
Marché bio des ateliers des tanneurs

58-62, rue des Tanneurs
1000 Bruxelles
Me-Ve 11h30-18h
Sa-Di 10h-16h