Louve

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On m’avait dit que rien ne serait plus jamais vraiment pareil, que tout foutrait même le camp un moment, on m’avait décrit cette joyeuse tempête qui balaye toutes les certitudes et qui nourrit d’un feu fou de nouveaux élans. Tout est vrai, tout. Mais chaque jour je m’attache à oublier tout ce qu’on m’a juré savoir à ma place, à remettre en perspective tout ce que j’ai cru pouvoir anticiper. Toi seul pouvait m’apprendre à te connaître : mon souffle sur ta joue, ta tête renversée sur mon épaule droite, l’index qui caresse ta peau, ton tout petit visage entre mes deux mains et ces mots qu’on te murmure tous les deux, d’instinct, « je suis là, tout va bien ».

L’annonce (concours Rosemood)

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A l’heure où les nouvelles glissent à une vitesse folle sur les ondes dans un mouvement tentaculaire – téléphone, message, mail, réseaux sociaux -, pourquoi les faire-parts font-ils donc de la résistance dans les sacoches des facteurs ? Le poids de la tradition, peut-être. Le souhait de partager un événement qui compte énormément pour nous avec les gens qu’on aime, certainement.

Je me souviens encore du sentiment que j’éprouvais quand on feuilletait en famille l’album photo avec l’étiquette « 1988 » collée sur la tranche. Il y avait quelques photos de moi bébé à la maternité et, sur la page de gauche, le faire-part de ma naissance. Un rectangle blanc, un dessin de landeau, des petits oiseaux, un petit air de fille d’avril. Ue simple bout de carton qui restera durant toute ma vie une balise précieuse à mes yeux.

Quand est venu le moment de penser à la manière dont nous souhaitions annoncer la naissance de Tim, j’avais quelques exigences en tête avant même de trouver le prestataire à qui confier la réalisation du faire-part. Je le voulais simple, non genré, avec une photo et, le plus important : la possibilité d’y écrire un texte court très personnel – on ne se refait pas :). Quand Rosemood m’a proposé de collaborer avec eux en choisissant parmi les nombreux modèles de leur galerie, G. et moi avons rapidement jeté notre dévolu sur le modèle « Poème » qui réunissait tous ces critères. Un effet kraft, un visuel simple et élégant. Je n’ai pas souhaité modifier les polices que je trouvais harmonieuses et ai simplement ajouté ma petite touche çà et là. Non seulement j’ai trouvé mon bonheur en matière de design mais le service client de Rosemood est remarquable et le résultat mille fois à la hauteur de nos espérances. Vraiment.

Et le plus chouette dans tout ça, c’est que j’ai la possibilité de faire gagner à l’un(e) d’entre vous un bon de 40€ à valoir sur l’ensemble du site de Rosemood. Car Rosemood propose non seulement des faire-parts de naissance et de baptême mais également de la papeterie de mariage ou encore des invitations d’anniversaire. Si ça vous dit, rendez-vous sur la page Facebook du blog pour tenter votre chance :)

Et vous, il ressemblait à quoi le faire-part de votre naissance ? 

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Premier(s) (é)mois

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Un mois que tu es arrivé dans nos vies, mon tourbillon, mon petit blond. Tes traits s’affirment de jour en jour et je me surprends, du haut de tes 52 centimètres, à te trouver grand. Je fonds d’amour au son de ta voix, de tes petits grognements, je connais tes pleurs et tes mimiques par coeur. Tu es mon bébé curieux et volontaire au visage expressif, sourcils froncés et bouche en coeur, ma grenouille, mon tout petit lion. Et je veux me souvenir toujours de ton visage enfoui dans le creux de mon cou, ton front serré contre ma joue. Et de ton oreille droite collée aux battements de mon coeur, les cent pas en rond dans l’appartement avant que le sommeil, enfin, t’emporte pour quelques minutes ou quelques heures – on ne sait jamais très bien, au fond. Je veux comprendre cette vague qui nous envoie valser et nous incite à ré-inventer la notion d’équilibre. Je veux célébrer notre trio organique, nos danses improvisées, nos nuits hachurées, tes chagrins de minuit, tes sourires impromptus et nos peaux électriques.

Joyeux premier mois ici-bas mon bébé.

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Chroniques de l’hôpital : l’épilogue

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Il y a un peu plus d’un mois, je pliais bagages, décrochais les cartes postales et les fanions qui avaient rendu la vue depuis mon lit plus supportable, je snobbais le dernier plateau-repas de midi pile et passais la porte de ma chambre avec le plus grand sourire qu’on n’ait jamais recensé dans ce couloir (pas si) hospitalier (que ça). Installée dans une vieille chaise à roulette en simili-cuir de l’hôpital, G. aux commandes, je saluais une dernière fois les sage-femmes qui s’étaient succédées pendant 39 jours dans cette chambre 111, leur tendais un gâteau au chocolat pour les remercier d’avoir si bien pris soin de moi et leur disais « à dans 5, 10, 20, 30 jours peut-être, à bientôt ! ». Ce 9 septembre, même s’il me fallait rester allitée un moment encore à la maison, je goûtais à un sentiment de liberté d’une intensité jamais éprouvé. Sur le chemin du retour, je ré-apprenais ma ville à travers le pare-brise, avant de redécouvrir en haut de l’escalier le confort de mon lit et les sons familiers de la rue en contre-bas à travers la fenêtre ouverte, « Bonjour Liberté ! ». Dehors, c’était encore l’été.

De ces semaines enfermée, bien sûr, je ne garde aucune rancoeur. Le but à atteindre était bien trop important, l’entreprise bien trop vaste, le sujet bien trop beau. Pourtant, au moment où je pensais avoir laissé ces longues semaines dans un coin bien isolé de mon esprit, leur souvenir est revenu depuis lors quelques fois me hanter. Parce que relativiser les épreuves ne suffit pas à effacer pour de bon toutes les douleurs. Vous savez, rien ne pouvait guérir la solitude de m’endormir chaque soir loin de ses bras. Une solitude insupportable certains soirs quand, une fois la famille et les amis partis, il ne restait plus dans cette pièce que le tic-tac de l’horloge, mes peurs, mes doutes et mon bébé en sursis. Je ne peux oublier les veines abimées de mes avant-bras douloureux, pas plus que mon cou endolori et le traumatisme éprouvé 48h suivant un protocole médicale mal appliqué. Je n’oublierai pas non plus les violentes crises de tétanie et les 42 de fièvre qui m’ont foudroyés par deux fois suite à une méchante infection. Si j’ai pris à l’époque des détours poétiques pour évoquer entre les lignes les moments difficiles, c’est moins pour enfouir leur souvenir à tout prix que parce qu’il était davantage salvateur pour moi d’appuyer sur le Beau après tout.

Et je peux jurer aujourd’hui que ce Beau a été la plus solide des bouées. Chaque image postée, chaque tout-petit-texte écrit quotidiennement, chaque commentaire de soutien reçu de tous (vous peut-être) ces inconnus, chaque témoignage de bienveillance véritable, tous les corollaires de ce modeste projet m’ont portée à bras bien hauts. Le Beau a donné de la consistance à mes heures solitaires, a comblé les brèches et les vides, le Beau a jeté des ponts par-dessus des gouffres sombres. Voilà pourquoi aujourd’hui je n’oublie pas mais ne regrette rien de ce que j’ai été contrainte de traverser. Je crois d’ailleurs encore fermement à ma chance. La chance d’avoir vécu une très belle grossesse malgré tout, la chance d’avoir pu porter la vie tout court et la chance inestimable d’avoir aujourd’hui mon bébé en bonne santé dans mes bras (littéralement, il dort en ce moment contre moi).

Mais, au fond, ce qui donne plus de sens encore à tout ça, ce sont tous les témoignages que j’ai pu recevoir durant et après mon hospitalisation de la part de (futures) mamans passées par là ou faisant face à une épreuve similaire actuellement. Chacun de ces messages m’a profondément touchée et je suis heureuse d’avoir apporté à mon tour mon expérience toute subjective du diagnostic de menace d’accouchement prématuré. A toutes celles qui traversent les mêmes doutes et les mêmes angoisses, je souhaite tout le courage possible, l’issue de cette épreuve de patience sera probablement merveilleuse.

Et pour les autres, à vous qui avez été d’un soutien formidable (oui, comme toi Céline et toi Mathilde), je n’aurai qu’un seul mot : M E R C I. Du fond du coeur merci.

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Depuis ce jour.

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Deux semaines, dix-sept petits jours aux allures d’éternité. Quarante jours durant, j’ai entendu battre ton coeur minuscule matin et soir couchée sur mon lit d’hôpital, j’ai senti ton dos se soulever dans la paume de ma main et attrapé tes pieds qui chatouillaient mes côtes, j’ai passé des heures dans le noir à dessiner sur ma propre peau les contours de ton corps. J’ai tremblé pour toi, j’ai cru en toi, je t’ai aimé si fort. Allongés côte-à-côte sur les draps blancs, on a imaginé mille fois ton visage, tes yeux, ton nez, ta bouche et puis tes cheveux blonds. Mais la vérité c’est que rien au monde n’aurait pu nous préparer véritablement à toi, à l’odeur de ta peau, au son de ta voix, toi qui est né si paisiblement, à ton regard éveillé encore couleur d’ardoise, à tes traits qui s’affinent et s’affirment de jour en jour, à tes paupières teintées de rose quand le sommeil t’emporte, à tes joues pleines d’avoir bu de tout ton saoul, mon bébé. Non, vraiment, rien n’aurait pu prévoir l’ouragan qui nous a saisi au plus profond de nos chairs quand ils t’ont posé sur ma peau et qu’on a vu ton visage pour la première fois.

J’aimerais te dire comment la maternité s’est immiscée en moi ce dix-sept septembre comme une évidence, combien cet instinct de protection me bouscule et chahute de fond en comble notre équilibre et l’ordre de nos priorités. Ce soir, tu dors à côté de moi dans le canapé, d’un sommeil agité par des rêves sans images mais peuplé de sensations étranges et nouvelles – l’oxygène dans tes poumons, les sons, les ombres, le froid, le vent. Et puis le silence de la nuit à apprivoiser, aussi. Ce soir, il y a des tétras semés comme des cailloux à travers l’appartement, une pile de vaisselle sale dans l’évier de la cuisine et un reste de repas frugal avalé entre un calin et un lange à changer. Ce soir, il y a l’odeur du lait sur mes vêtements, mes cheveux ramassés en un chignon froissé, mes cernes qui témoignent de nos longs tête à tête nocturnes et ce sentiment que le temps, déjà, nous file entre les doigts. Mais ce soir il y a surtout mon coeur un peu plus vaste qui bat un peu plus fort quand je te regarde dormir et dans l’air cet amour inconditionnel qui nous fait, ton père et moi, nous sentir plus forts et plus grands.

Est-ce que tu sais tout ça, mon Tim, est-ce que tu le sens ?

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