Ex-minimalisme, achèvement ou en chemin ?

Muji Japan house
Qu’on le nomme simplicité volontaire ou sobriété heureuse, le minimalisme est devenu pour moi ces derniers mois moins une hygiène de vie qu’une religion. D’abord parce que mes croyances et mes résolutions sont souvent dépassées malgré moi par la réalité du quotidien. Mais également parce que j’aime cette idée qui me dépasse, qui ne m’appartient pas en propre et dans la lumière de laquelle j’aime me blottir les yeux grands ouverts, cet idéal en ligne de mire qui donne forme aux perspectives du présent et de l’avenir dont je rêve pour moi.
Après des mois, des années à évoluer vers cette évidence minimaliste dans laquelle je me vois en miroir, je suis encore grisée lorsque j’expérimente le moment d’après « avoir fait de la place ». J’ai toujours quelque chose à donner, à vendre, à jeter et des cartons dont je dois me débarrasser. Il y a toujours un peu de place à faire pour de l’espace et de la lumière. Autant dire que cette obsession fait rire mon entourage quand elle ne provoque pas une totale incompréhension – qui se sépare de dizaines d’étagères de romans après cinq années d’études littéraires ? Mais c’est comme ça, c’est moi, le tri et l’idée de démarrer à zéro me rendent presque euphorique.
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce qu’une amie m’a dirigée vers le très bon article Pourquoi je suis un « ex-minimaliste » et que ma première réaction à la suite de sa lecture a été « J’aurais pu l’écrire presque mot pour mot ». De la prise de conscience aux résolutions puis à l’action, du voyage de plusieurs mois avec 12 kilos sur le dos pour seule maison à un minimalisme plus raisonné, je me suis reconnue dans chacune de ces phases. Pourtant, le temps passant, la progression vers cet idéal minimaliste me procure sans relâche les mêmes frissons, la même jouissance, la même impression de respirer à pleine tête et à pleins poumons. Alors, après m’être reconnue dans cette définition d’ex-minimaliste, je laisse le ex- à d’autres pour poursuivre dans un processus que j’espère sans fin.
Et vous, ça vous parle cette notion d’ex-minimalisme, ou de mode de vie minimaliste tout court ?

La vie, l’ours polaire et la mer

ours-polaire-mer
Il y a la vie qui s’étire. Celle qui me protège au creux de ses bras blancs et chauds et doux. La vie ours polaire. La vie chaude même quand il fait froid. Mais la vie qui doute et qui craint que la Vie en majuscule lui souffle ses remparts en allumettes le jour elle mettra le pied nu dehors. Nu, hors de sa tête, avec le corps tout entier plongé dans le monde dehors.
Il y a ce que je sais faire et il y a ce que je pense savoir faire. Il y a le penser, il y a le croire mais il y a surtout le faire. Faire avec ses mains, faire avec sa tête. Il y a le coeur qui attend, qui demande son reste. Une sourdine, un tout petit écho de rien du tout. Qui guette et parfois me submerge.
Aujourd’hui, il y a une marche, celle qui mène à l’un peu plus haut. L’un peu plus fort. Mais pour être fort, il faut du temps, de la patience, de la persévérance, un peu de larmes en boules dans la gorge et un nouvel équilibre. Je vacille mais je fais ce que je pensais savoir faire. Et j’apprends. J’éprouve mes limites, me toutes petites, comme des mirages.

Et j’enrage de vivre dans un palier. Qui n’est pas le premier, qui n’est pas le dernier. Un entre le Je suis capable de tout » et le « Je ne sais rien ». J’apprends, j’apprends, j’essaye, j’apprends, je rate, j’apprends, j’apprends. La vie qui balance, comme une mer immense qui n’en fait qu’à sa tête. J’ai le mal de mer d’avoir envie d’aller plus loin.

L’encre, les mondes et le vivant

IMG_2063l (1)

Il y a du sublime dans la pointe d’un feutre noir. Il y a dans l’étendue de cette toute petite surface quelques milliers de mondes en puissance. Enfin, il y a dans la rencontre de l’encre et du papier quelque chose d’organique. Le dessin non-mécanique contient en lui-même et pour toujours la trace de celui qui l’a engendré. Le dessin et l’écriture, la sculpture aussi, sont la matérialisation-même de l’acte de création. La matière – encre, papier, terre – porte inévitablement en elle l’impression de la morphologie du créateur qui la révèle. Il y a dans le trait l’incarnation d’une main, d’un coude, d’une épaule, d’un buste.

 

Ne trouvez-vous pas cela fascinant ?

Home

Goldentriangleloop 35
Cet hiver, j’ai vécu quatre mois la tête à l’envers, à 9000 kilomètres à contre-sens, en défiant la course du soleil, vers l’est, mon plus long voyage. Tous les deux jours, des nouveaux murs, un nouveau lit, un siège de bus, une couchette de train. Est-ce que j’ai eu 53 chez moi ? Non, j’ai vécu dans ces chambres les yeux fermés ; la vie c’était le jour, sous le soleil, la poussière sur la peau. Est-ce que chez moi tenait tout entier dans mon sac à dos rouge ? Non, j’aurais pu tout perdre et tout acquérir à nouveau, rares sont les objets qui ont fait l’aller-retour à mes côtés. Est-ce que chez moi c’était ces paysages et ces cultures si différents ? Non, je n’étais que de passage, je n’y ai rien construit, je m’adaptais mais plus le temps passait, plus « chez moi » me manquait. Les rues grouillantes de scooters, le soleil brûlant, le sable blanc, la sonorité des langues, les coutumes, les nouilles à toutes les sauces, c’était bien. Mais c’était ailleurs.
Alors, c’est où chez moi ? Peut-être Bruxelles, la ville, la capitale. Un quartier vert et calme. La petite épicerie bio, le glacier, les étangs et les bancs à l’ombre des arbres. Des petits vieux attablés au bistrot et des petits tout court qui courent sur la place avec une glace fondue qui colle entre les mains. Une vieille maison, un appartement blanc, des plafonds indécemment hauts, un très grand lit. Des valeurs, une routine, des repères.
Pourtant, si aujourd’hui Ici est chez moi, ça pourrait très bien être ailleurs demain. Mes liens n’ont pas de forme, pas de matière, pas de plan, pas de rue, pas de murs. Etre à la maison, c’est me sentir chez moi à la terrasse d’un café, dans un parc, avec dans la bouche un thé que je connais par coeur, avec à ma table des personnes éblouissantes, avec dans la main mon Indispensable. Etre chez soi c’est s’ouvrir une fraction de seconde à l’idée qu’on est arrivé là comme si c’était une évidence.
C’est être en équilibre entre la vie que j’aime et celle à laquelle j’aspire, c’est être d’accord avec moi, c’est avancer. Et vouloir y rester pour la vie entière, jusqu’à ce que je pose le pied dans un nouvel endroit qui fait tambouriner mon corps en sourdine à l’intérieur. Parce que chez moi doit être teinté de liberté et de mille possibles, je ne veux pas d’autres attaches que les coeurs qui battent autour de moi.

Zéro

dosomething (1)
J’ai la tête en bataille, c’est infernal. J’ai beau gagner en années, mille idées forment en moi un noeud aussi infini qu’insoluble qui grandit grandit grandit et me pousse à sortir de mon mutisme maladroit. Mes mains fourmillent, mes mots chavirent à l’intérieur et mon coeur BAM !
Voyageuse au long cours, bobo ordinaire, curieuse insatiable, philanthrope, un nombre incroyable de choses m’animent. Ecrire des livres en regardant le plafond la nuit, c’est bien. Mais partager un peu de ce brouhaha avec vous, c’est encore mieux je crois.
On verra bien où ça nous mène, tout ça.