Daily sprinkles °2

Ces derniers jours, il y a eu la manie de la salade betteraves crues-carottes-noix de cajou-graines de courge-huile de sésame, le « ginger tea » qui pique sur la langue – et se pâme devant le basilic qui tient miraculeusement le coup malgré les 30° ambiants -, il y a eu l’expédition sous les grands arbres du Bois de la Cambre en quête d’un peu de vent, la vie qui passe douce et légère, l’achat annuel et hautement symbolique du nouvel agenda – après quatre ans de fidélité envers Moleskine, je joue la fille moderne qui n’a pas peur du changement –  et les immenses cerises noires dehors et rouges dedans.

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Hope for happiness*

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Depuis deux jours, le ciel brûlant pèse sur la ville. Les murs ont emprisonné la chaleur comme s’ils faisaient leurs provisions de mazout pour l’hiver. Il faudrait leur dire que, à l’instar des bénéfices du sommeil qui ne valent que pour quelques heures, on ne garde pas ces choses-là jusque dans le creux de novembre. Qu’ils pourraient lâcher prise dans le noir pour nous laisser respirer la nuit, qu’on n’est pas fort habiles à manier le soleil dans le nord d’ici. En ce week-end férié, le monde marche au ralenti, les rues sont vides, les peaux un peu plus nues qu’à l’habitude et les parcs étonnamment calmes, comme si tout le pays s’était donné rendez-vous à la mer.

Alors, entre un réveil en douceur et une escale de quelques heures au Bois de la Cambre le temps de lire un livre de bout en bout, j’entame mes travaux pratiques, ceux qui trop souvent attendent les vacances parce que – on s’y fait prendre tous les sept jours – les fins de semaine filent malgré nous à toute allure, toujours.

C’est comme ça que je me suis retrouvée à dépoussiérer mon éditeur d’images préféré (un vrai) que j’avais délaissé pour son alternative de poche automatisée, Vscocam. Tout ça parce que, pour mon bien-être et mon petit malheur, mon smartphone a décidé lundi dernier de ne plus jamais se rallumer. Passée l’expression de mon désarroi face à l’obsolescence assumée de la technologie, j’ai trouvé que c’était là une belle opportunité pour me reprendre mes marques auprès de mon amour d’antan.

Quelques minutes plus tard, j’avais nos photos du Cambodge sous le nez, ces mêmes photos que j’avais à l’époque, faute d’une connexion correcte et d’un matériel adapté, maltraitées en les faisant passer au travers de Pixlr. Il était, de mon avis, plus que temps de leur rendre leur dignité. Voilà comment je me retrouve à partager avec vous un de ces moments qui nous a marqué pour la vie. Si vous saviez à quel point derrière ces couleurs se cachent une douceur de vivre, un soleil de géant, des valeurs exemplaires et une humanité d’une vérité incroyable.

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Si vous souhaitez poursuivre le voyage et en apprendre un peu plus sur ces trois jours fabuleux, vous trouverez votre bonheur par ici.

*Hope for happiness est le nom de la petite école créée et tenue par la famille Méas.

Je vous souhaite un doux week-end, et puis bisou au Roi !

Ces jours gris (qui n’en finissent pas)

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Gris souris, humeur perchée dans les nuages, l’esprit léger. Pousser la porte du bouquiniste, sortir les bras chargés d’histoires peut-être belles pour trois fois rien (le bonheur d’acheter en seconde main pour ne jamais rien garder, le souhait de poursuivre la boucle ensuite, offrir chacun de ces livres à celui, à celle, à qui ils plairont « c’est certain »). Enfiler un pull d’hiver (le plus doux) mais rester les pieds nus (toujours, par tous les temps), allumer un nombre impair de bougies, les glisser dans les pots de yaourt Bonne-Maman, faire résonner Bach ou Mozart, violoncelle ou piano, s’installer dans le canapé blanc, saisir un roman et perdre avec le plus grand des plaisirs toute notion du temps.
Gris bitume. Envies d’ailleurs. Parcourir l’atlas à quatre mains, carte de France, pas bien loin. S’y voir, sur les routes, à longer la mer, du sable dans les cheveux, du sel sur la peau et rien que du ciel autour, rien que l’immense ciel blanchi par la lumière de midi. Décompter les jours, sans trop se l’avouer, rêver de décamper.
Gris anthracite. La colère, l’impuissance, le grand débordement, la fatigue, le sel sur les joues. Mais. Mettre à l’épreuve la pleine conscience, déjouer les mécanismes, tromper les automatismes, inspire-expire, le coeur qui bat, la chair de poule, les épaules raides, les pieds froids : je suis là.
Gris petit rat. Tennis blanches et robe noire, mêler les teintes dans une danse folle, sautiller, tourner, rire rire rire et valser. Le soir venu, danser encore sous un ciel de presque orage, au beau milieu de la Grand-Place, le sourire aux oreilles, le coeur tout contre lui.
Gris minimal. Faire le tri là où l’on ne s’y attendait plus. Il me semble que cela fait des années que je vide, petit-à-petit, les étagères, les armoires, les placards, qu’il y en aura toujours trop, même s’il ne reste là, à vrai dire, que l’essentiel. Less is more. A donner. A vendre. A jeter. S’alléger toujours un peu plus pour vivre toujours un peu mieux.
Gribouillis. Faire entrer les couleurs à renfort de grands sacs de coton blanc cassé qui débordent de trésors de saison. Rouge, orange, jaune, vert, violet. Que l’on ne s’y méprenne pas, les fruits qui coulent le long des doigts et colorent les lèvres d’écarlate ont bien le goût de l’été.

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march

Les jours gris nous barbouillent et s’amusent à nous perdre dans le brouillard. Mais c’est si bon de se prendre à leur  jeu quand on sait que le soleil revient toujours, c’est promis !, à la fin.

De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)

« Je pourrais rester des jours entiers à méditer. Je pourrais faire voeu de silence pour quelques heures sans que ne vienne l’envie de rompre mon engagement. Sans mourir d’ennui. Je pourrais. » Il m’est arrivé de tenir ce discours envers moi-même, envers d’autres peut-être, forte de ma croyance en mon tempérament réfléchi et contemplatif. Forte de ma naïveté, surtout. C’est fou ce que l’on peut être fort tant que l’on n’a pas fait l’effort d’essayer vraiment. Vous ne trouvez pas ?

Aujourd’hui, je suis assise jambes croisées, dos droit, tête allignée et je peine à être pleinement là. Je m’ennuie profondément, je voudrais être ailleurs, l’impatience me rappelle à la vie qui reprendra son cours quand j’ouvrirai les yeux, mais je résiste. Je tiens bon. Je me dis « tout passe ». Je me dis « la douleur est éphémère, rien ne dure, et la seule chose dont je suis sûre, maintenant, c’est que je suis vivante, dans mon souffle, dans mon ventre, sous ma peau ». Je suis ici dans un temps qui ne reviendra pas et ce moment m’appartient tout entier. J’habite mon corps, mon sang palpite, mes pieds se glacent, mes jambes fourmillent, chaque vertèbre lutte contre la gravité. Plus rien n’a davantage d’importance que ma concentration qui me donne l’accès à la conscience d’être là. Peu à peu, les traits de l’ennui et de la douleur s’estompent, j’y plante mon regard malgré mes yeux clos et leur murmure « je vous accepte, je ne m’en tirerai pas sans vous, alors faisons la route ensemble, voulez-vous ? ». Mon corps brûle et je tiens bon. « C’est toi qui décide », je saisis enfin toute la portée de ces mots entendus maintes fois durant mes cours de yoga. Je m’imagine montagne et n’ai plus peur de plier car j’ai confiance en ma volonté.

Cela fait trois semaines maintenant que je suis engagée dans un cycle MBSR* et je mesure chaque jour un peu plus mes progrès et l’effet de ma pratique sur mon quotidien. Je fais face aux obstacles sans les fuir, j’accepte mieux l’imperfection et l’impermanence des choses, je suis sereine et engagée. L’apprentissage de la méditation est un processus long et difficile et il me reste l’équivalent d’un monde à découvrir. Alors je travaille avec rigueur et patience pour un jour pouvoir dire à celle que j’étais « Je peux faire voeu de silence des jours durant sans mourir d’ennui. J’en suis capable parce que j’y ai mis tout mon coeur et franchi chaque obstacle avec une détermination que je ne me connaissais pas, parce que j’ai pris le temps d’essayer, parce que j’ai eu le courage de tomber ». Et ça, vous savez, c’est terriblement nouveau pour moi.

Et vous dans la vie, quel est votre rapport aux obstacles, aux petites comme aux grosses contraintes ?

* Mindfulness Based Stress Reduction

Et puis juin.

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Mai qui s’en va dans un souffle, comme il est arrivé, comme il a filé. Et juin qui sonne à la porte, jaune comme un soleil, avec dans les mains des promesses de pieds nus pour de bon, de jours clairs qui s’étirent, qui s’étirent, de douces ivresses et de soirs de fête. Juin léger, juin si doux, juin l’été. Juin, c’est Rimbaud qui me colle à la peau. Juin fantasmé, mois liberté. Juin, oser peindre demain aux couleurs du ciel lumière, demain fait d’or, demain « qu’est-ce que je deviens ? ».