L’autoportrait

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Saviez-vous que, si l’on suppose que l’art de l’autoportrait remonte à des temps immémoriaux, on considère que les premiers véritables autoportraits – dans une volonté représentative et de précision picturale – réalisés par des artistes sont correllés à la démocratisation des miroirs et du matériel d’art, ainsi qu’au perfectionnement des techniques de représentation picturale ? Soit au moment de la Renaissance. Les premiers autoportraits passent alors pour une affirmation du statut de l’artiste qui, s’extirpant de son rôle d’exécutant, crève la toile et devient sujet. Principal encore !

En ce sens, aujourd’hui encore on peut percevoir une certaine forme de pouvoir revendiqué dans le fait de s’accorder le droit à la représentation en nos propres termes. Car il s’agit bien de ça il me semble, du choix de la perspective et du prisme à travers lequel on décide de se représenter – buste, visage de trois-quart, corps en contexte, dimensions, photographie, sculpture de la matière, collage, peinture et autres délires picturaux. Se tirer son propre portrait, c’est se glisser tout entier – corps et âme – dans une sorte de moulinette créative et créatrice de sens.

Si de nos jours chacun tient dans sa poche un outil de représentation efficace, j’ai à coeur de distinguer l’autoportrait dudit selfie – égoportrait diraient les québécois, c’est plus joli -, cette notion aux contours flous après tout, qui crie « je suis là », qui manifeste sa présence en un lieu, une situation, un événement, et véhicule une émotion à-propos. Fugitive. Fuyante. A peine manifestée et déjà disparue, effacée, brouillée, éclipsée par une autre.

L’autoportrait quant à lui est tout à la fois assertion, témoignage d’un âge, affirmation, reflet d’un ego, déclaration d’existence, arrêt du temps. Je trouve cela fascinant. Il n’est pas simple non plus, rien n’est simple dès qu’il s’agit de vision et d’évaluation- sinon de jugement – de soi. Rien n’est simple lorsqu’il nous faut nous regarder tout entier dans la glace, figer ce que l’autre y voit, embrasser tout ce qui s’y reflette, confronter ses biais et ses peurs, se pardonner, s’aimer un peu. Les cernes, les traits abruptes, les reliefs impromptus, les ombres mal placées mais aussi la lueur dans le regard, la vie qui s’y trame et la lumière sur la peau. S’autoriser l’autoportrait, c’est s’autoriser d’entrer en dedans de nous en s’appropriant le dehors, c’est reconnaître que un et un font un, admettre qu’on est tous imparfaits, un peu bancals, pas toujours magnifiques comme ils disent, mais toujours beaux comme des corps vibrants, éclatants, comme des coeurs vivants.

N’êtes-vous pas d’accord avec ça ?

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Les petites boutiques #1

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Cela doit faire une bonne année que je ne suis plus venue ici que pour (m’) écrire. Or, j’ai envie ces jours-ci d’explorer à nouveau de nouvelles catégories comme je le faisais avant, pour le plaisir de partager mes découvertes et mes coups de coeur tous azimuts en images et en quelques mots, juste ça. (Aucun partenariat ne se cache là, si cela venait un jour à changer je le mentionnerai).

Aujourd’hui je plonge dans l’univers de l’habillement, loin des grosses enseignes aux implications et pratiques éthiques discutables. Parce que même si nos dressings n’ont jamais été très remplis, comme beaucoup j’aimerais dans l’idéal ne plus passer le seuil de ces magasins dont la façade lisse cache une réalité injuste et cruelle mais je dois bien admettre manquer encore de références à ce sujet. Alors je tâtonne, j’explore et de temps en temps je viendrai déposer là de jolies choses pour la maison, le vestiaire et, aussi, pour le plaisir des yeux seulement. L’occasion aussi – je l’espère – de soulever des questions intéressantes et d’échanger sur un sujet sensible ou futile.

Robe en lin noire – SondeflorShop (Lituanie – via Etsy)

Pull à col pierrot - Konges Sløjd (Danemark – via Booboo Pirates)

Blouse à petits carreaux – Notperfectlinen (Lituanie – via Etsy)

Laetitia (Eleusis & Megara) nous encourageait cette semaine à visionner à tout prix le documentaire édifiant The true cost disponible sur Netflix. L’avez-vous vu ? Parvenez-vous à faire coïncider vos valeurs et vos idéaux avec vos pratiques en matière de consommation ? A identifier et surmonter vos éventuels biais cognitifs à ce sujet ? Discutons-en, vraiment !

Belle journée à tous !

Fragment

J’ai longtemps cru être guidée à travers la vie par une quête absolue, universelle et nécessaire de la vérité. Une vérité multiple, plurielle, protéiforme, qu’il nous est donné d’approcher – sans jamais la toucher vraiment – dans le temps imparti d’une vie. Les vérités surgissent comme des éclairs de lumière sis dans de minuscules fragments de jour. Une multitude d’intuitions unies par leurs échos qui se répondent, entrelacées jusqu’à former une toile vibratoire et profonde, liens de soie jetés de point à point : quand soudain tout s’accorde et fait sens, quand tout s’aligne au La d’un diapason. Dense. Dense. Danse.

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Un an

1anUn soir de septembre, mon tout petit, tu es venu au monde sans pleurs : deux yeux noirs attentifs, poids plume, mon minuscule, ta peau sur ma peau, temps suspendu, tout juste né, enveloppé dans une couverture blanche sur le coeur de ton père, y avait dans cette chambre l’esquisse des premiers mots d’une histoire sans paroles – les mots ne sont pas assez – qu’on s’envoyait avec les yeux. Amoureux.

Puis les heures et les jours et les mois sont passés. Il y a eu ton souffle lent, endormi, dans nos bras, les nuits serrés l’un contre l’autre, tes yeux clos, tes joues rondes dans le noir, ton regard et ta peau chiffonnée au petit matin, ton corps apaisé entre nous, nos cabanes dans les draps, les heures inombrables porté tout contre moi. Il y a eu les néné, les den’dé, les mama, les papa, les bababa. Il y a eu tes jeux de cache-cache, ton sourire à sept dents, ton regard qui brille au son de la musique, tes petites mains agiles, tes grands éclats de rire – Ah ! Ce rire ! Il y a eu tes biscuits partagés, machouillés, tes coucou, tes tope-là, ton babillage et tes grands gestes avec les bras. Mon oiseau koala. Il y a eu nos escapades tous les trois, le ciel tantôt chargé de sel, de cigales et de vent, nos petits-déjeuners à l’aube sur la grande table en bois, nos longues promenades d’hiver, ta peau rose d’été.

Et entre nous, sans le dire, ce serment indélébile : ce lien triangulaire qui nous unit ton papa et toi et moi, c’est pour toute la vie mais surtout – surtout ! – au-delà.

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L’ \a.ˈma.re\

Septembrepluie-2

J’ai vécu dans une feuille de hêtre, dans l’écorce d’un chêne, dans le sceptre d’un pharaon, dans le très haut, dans le très bas, dans la glace d’un Pôle, dans la main d’un moine copiste, dans le vaste Océan, dans le coeur bleu d’un enfant roi. J’ai vécu au Nord magnétique, sur d’autres planètes, d’autres cailloux, dans d’autres étoiles peut-être. J’ai vu du Monde, et toi aussi, t’en souviens-tu ? Nous sommes un peu de nos mères, un peu de nos pères, nous portons dans nos chairs un peu de tous ceux du passé, chargés d’Histoire et de mots : traversés d’Univers.

Je porte en moi l’énergie du Big Bang et les vibrations d’un Monde où le temps, structurel et structurant seulement, n’existe pas. On naît, on vit, on reconstruit les noeuds, on raccommode ce qui nous lie et nous rassemble, on cherche à tâtons comme des aveugles – mobilisant tous nos sens – ce qui et ceux qui nous ressemblent. On meurt aussi.

On bâtit des ponts, de moi à vous, de toi à moi, de vous à eux, on construit des échelles, on édifie des cathédrales pour s’en aller toucher le ciel. « On s’élève », qu’on dit, pour saisir l’invisible, le feu fondamental qui, nécessairement, doit se nicher là-haut car la vérité est légère, forcément, délestée de la boue prise dans nos bottes de terriens. Car elle est nécessaire.

Nous sommes des égarés, elle est l’amarre, l’ « amare », l’ \a.ˈma.re\, l’a-ma-ré. Dans son essence elle est fugace. Elle seule connaît nos âmes nues à marée basse.

Septembrepluie-1