Nous voici aujourd’hui au bord du vide.*

ecritEst-ce que c’est ça, la mort, est-ce que c’est le vide ? Est-ce que la vie c’est le plein, les corps remplis à ras-bords, est-ce que la vie est l’antithèse du rien ? Est-ce qu’enterrer ses morts, joindre les mains, serrer les siens, sentir sa gorge se nouer à l’évocation de la paix qu’on dit éternelle, est-ce qu’un coeur cher qui s’arrête c’est approcher pour un temps l’abîme comme pour le voir partir ? Est-ce que se tenir vivant, corps battant, au bord du vide c’est entrevoir, au moment de retourner au jour d’hui, à quel point la vie nous éblouit d’ivresse, de douleur et d’envie ?

Est-ce que c’est ça, la mort, est-ce que c’est le vide, est-ce que c’est le plein, est-ce que c’est le rien, est-ce que c’est la fin ?

J’ai l’intime conviction que l’on ne vit pleinement qu’à condition de regarder l’inéluctable éventualité – quelle ironie – de sa propre mort en face. Qu’il nous faut sans tarder oeuvrer à ce qui nous anime, à ce qui nous intrigue, à élever nos petits mondes autour, à reconnaître le miracle qui fait de nous des éphémères, à tisser des liens de coeur à coeur, à apprendre à marcher face au vent, à combattre ensemble nos peurs, à dire – tant qu’il est encore temps – « Je t’aime ». Même si ça prend du temps.

* Au bord du vide, Paul Eluard