Minimal

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Mercredi, 18h12, je pousse la porte de l’appartement et laisse derrière moi une de ces journées grises dont on émerge un peu morose, un peu endolori. Ma tête est pleine à craquer de ces faiblesses de passage qui, même si on les sait provisoires, forment comme un marécage noyé dans un léger brouillard. J’ai conscience des noeuds qu’il me faut délier mais, faute de savoir par où commencer, je dis « ce soir, je ne suis pas de bonne compagnie », j’allume un nombre impair de bougies et, pour me changer les idées, je me remplis d’images, de musique, de mots jusqu’à sentir mon corps – « c’est trop ! » – prêt à déborder.

Alors, je clappe l’écran de mon ordinateur, bondis sur mes pieds et me mets à… ranger. Je trie, je range, je jette, j’enlève les photos sur les murs, je décroche les guirlandes en papier, j’empile dans une caisse tout ce qui ne sert pas et la sort sur le palier. Parce que c’est comme ça, parce que je suis une cocotte livrée sans soupape, parce qu’on se débat chaque jour dans une débauche d’informations, parce que ça sature bien trop vite là-haut, parce qu’il semble certains jours qu’on ait muré la porte de sortie, parce qu’il y a, je crois, tant de vie et de bruit qui s’entassent à l’intérieur qu’il n’y a plus de place pour le désordre et le trop-plein à l’extérieur. J’ai besoin du vide pour arriver à penser, j’ai terriblement besoin du presque-rien pour respirer.

Est-ce que l’intérêt pour le minimalisme est symptomatique de notre monde de sur-information, de sur-consommation ? Certainement. Est-ce que le minimalisme constitue une réponse dans laquelle nous pouvons tous nous retrouver ? Probablement que non. S’il fut un temps où, enthousiaste, je partageais cette euphorie que me procurait la thérapie par le vide, j’ai compris avec le temps qu’il s’agissait également d’une question de personnalité. Que certains, au contraire, ont besoin de garder, d’amasser, d’archiver.

En philosophe de comptoir – un café allongé à la main - je serais tentée de croire qu’on a tous nos petits arrangements, que l’on fait tous de notre mieux pour maintenir le juste équilibre entre le dehors et le dedans, sans le savoir vraiment, tous un peu différemment.

Est-ce que chez vous aussi votre environnement est un baromètre de votre état d’esprit ?