Love is easy

8J’ai le souvenir d’avoir lu un jour que nous traversions (presque) tous invariablement et successivement une série de phases déterminant le rapport à soi et à l’autre. En substance, l’auteur esquissait l’évolution du développement altruiste chez l’individu qui, mu par la nécessité de se construire en tant qu’être indépendant opérait un retour sur lui-même le temps qu’il s’assure d’exister. Cette phase individualiste, au cours de laquelle nous (permettez-moi de tous nous y inclure, ne fut-ce qu’un petit peu, par défaut et par facilité) percevons le monde au travers un filtre épais constitué en grande partie de nos propres affects, correspondrait à la vingtaine (par prudence, puisque je n’ai aucune compétence en psychologie, permettez-moi d’user volontairement du conditionnel). Le temps passant s’opère un glissement progressif au cours duquel nos coquilles s’amenuisent et, l’affirmation de soi aidant et la parentalité ne devant pas y être tout à fait étrangère, nous nous positionnons davantage dans le don que dans la réception.

Voilà. C’était quelque chose qui ressemblait à peu près à ça. Et je ne sais pas pourquoi j’ai cette tendance collée à la peau à vouloir tout expliquer rationnellement alors que je venais parler d’amour, simplement. Assurément plus proche des trente ans que des vingt, gagnée par une confiance que j’ai consolidée année après année, j’éprouve aujourd’hui un amour qui n’a plus aucun compte à rendre à l’égo, une tendresse vaste et diffuse pour ceux qui passent, restent et comptent dans ma vie. Une sorte de bienveillance qui ne connait pas de distinction d’âge, de genre et n’a que faire des liens du sang. Pendant de nombreuses années, j’ai fait ce rêve récurrent où je prenais dans mes bras les personnes qui me touchaient en plein coeur mais ne le savaient pas – du moins, je le crois. L’enlacement était réciproque, une histoire de peaux qui se frolent. C’était tout. C’était troublant, renversant, apaisant. Une petite poignée d’années plus tard, j’ai le coeur gonflé d’amour (et je sais que, tant que je respirerai, il ne s’arrêtera jamais de grandir celui-là) et si mes « Je t’aime » pudiques ne sont réservés qu’à Lui et à ma famille (il m’a fallu le temps mais on ne devrait jamais, jamais, reporter ces mots-là à plus tard, ils sont bien trop puissants), j’enlace sans (presque) plus réfléchir mes proches pour leur dire tout à la fois « je suis heureuse de te connaître », « j’espère que tu vas bien » et « sache que je veille sur toi ». Alors, si par hasard tu me croises au coin d’un jour, si tu n’as pas les mots pour te dire, si tu as passé une bonne journée, si les épreuves de la vie te mettent par terre, si tu as quelque chose de grand à m’annoncer, si tu as les joues brillantes et salées, si tu te souviens de moi, dépose ton armure, je crois qu’il reste de la place dans mes bras. Parce qu’au fond, depuis que j’ai découvert qu’il était si facile d’aimer, j’aimerais à jamais s’il-vous-plait ne faire plus que ça.

Et vous, est-ce que la manière dont vous aimez a grandi avec les années ?

(En bonus : la chanson que j’ai chantée à tue-tête toute la journée.)