La loi de l’entropie et l’ordre de minuit

Juin-6Je crois aux départs, aux renouveaux, aux autres chances. Il y a les bonnes intentions, les voeux profonds et l’ancrage tout au fond. Et il y a, faisant face, la grande tornade du quotidien, successions de routines bien huilées, désordonnées – rien n’empêche -, grand bazar chronophage où l’important parfois m’échappe. A me retrouver là, un soir, je ne sais plus, comment dormir, comment on (s’) inspire, comment ralentir la cavale et les battements de coeur, comment changer mon bâteau-pirate en une fière caravelle, forte et voiles-au-vent, droit devant. Dites-moi, comment ?

C’est toujours la même ritournelle, c’est un peu de magie qui me cueille, étourdie, dans la nuit qui commence. Ouvrir les fenêtres sur les bêtes noires, ouvrir les armoires, les portes, les draps, les tracas, les tiroirs. Et chemin faisant c’est le vide, alors, qui se glisse à la place de ce qui ne compte pas, c’est le rien qui triomphe sur les terres où l’inutile rend les armes. Les heures passent, denses. Il est 3h – tôt ou tard – quand je lève les yeux sur le champ de bataille. Les murs et les plans sont aussi dépouillés que ma tête y voit un peu plus clair. Et puisque l’entropie toujours nous rattrappe, avant que la grande vague ne balaie ma vaste plage à marrée basse, j’y grave à la hâte mais en gros caractères ce qui me mue, ce qui m’émeut, ce qui m’enivre. (Bonsoir Morphée,  je vais dormir.)

Affiche : Birds par Dieter Braun, via Juniqe