Ecrire, c’est

ecrirecest

Ecrire n’est un acte ni facile ni anodin. Ecrire, c’est dire la vérité quand bien même tout ce que l’on raconte est faux. En vérité, la page blanche n’a de blanc que le vide que nos yeux consentent à nous montrer. Mais eux, les yeux, savent la tempête qui se trame dans leur dos. Les brouillards, les certitudes, les envies, les colères, les appréciations, les noeuds, tous ces mirages et tout le Monde, tout ce qui teinte nos vies particulières, les apprentissages et les peines, érigent jour après jour sans jamais s’arrêter le plus bel ouvrage que l’esprit ait porté. Oh, ce n’est pas une cathédrale, non plus une acropole que des statues semblables à celles qui dorment sur l’Île de Paques. C’est un vitrail, le plus vaste que l’on puisse se figurer, un vitrail sans limites, une oeuvre majestueuse qui porte en elle plus de nuances que l’on n’en verra jamais sur la voûte de l’arc-en-ciel.

Ecrire, c’est dire la vie à travers ce prisme extraordinairement complexe et changeant. Ecrire, c’est livrer à un instant donné la perception que l’on a d’une idée, d’une fiction, d’une sensation. Ecrire, c’est admettre que l’alignement des mots ne sera jamais deux fois pareil, c’est accepter de changer de point de vue avec le temps. Oser écrire – et Dieu sait qu’ « oser » est le terme le plus approprié quand on a suffisamment éprouvé l’écriture que pour savoir à quel point elle peut être douloureuse -, c’est faire preuve d’une tendre bienveillance envers soi. C’est accepter l’impermanence des choses et accepter d’être vulnérable, mis à nu, même déguisé des plus beaux mots de la plus belle langue du monde.

Ecrire, enfin, c’est se confronter à son individualité. Qui d’autre que moi peut raconter la vie comme je l’ai fabriquée à l’arrière de mes yeux à l’aide, précisément, des couleurs qui composent mon vitrail si compliqué ? Ecrire, c’est extérioriser et rendre sensible le JE qui existe sans que l’on sache toujours comment l’expliquer. Ecrire, c’est se manifester aux autres, se manifester à soi. Ecrire, tu sais, c’est un peu s’assurer d’exister.