L’échappée

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A chaque fin d’hiver cette petite ritournelle, cette saturation pour le béton urbain et les nuages noirs de notre étroit pays perché au nord, ce vrai commencement que le calendrier promet à l’approche du printemps mais qui tarde, rapide comme un escargot de Bourgogne, ce gredin. Sans trop réfléchir, on a pris cette route qu’on connaît bien, descendu l’autoroute du soleil sous la tempête de neige et la pluie battante jusqu’à la nuit tombante, on a compté les heures, épuisés, on est arrivés devant la grille bleu ciel cise au fond d’une impasse, on a sonné une fois et on a retrouvé la chaleur d’un foyer aux couleurs de Provence : draps jaunes, carrelage ocre et, derrière la fenêtre, le vert tendre des oliviers. Même le plat préparé réchauffé ce soir-là avait le goût de la famille, parce qu’il y avait autour de la grande table à moitié vide l’amour, la prévenance et la bonté propres aux parents qui ne se sont pas embrassés depuis longtemps. On a célébré les bonnes nouvelles en cognant nos verres d’eau pétillante avant de se glisser dans la petite chambre où flotte l’odeur de la fumée de pipe, on a traversé des villages de pierre désertés en hiver, chacun avec leurs guirlandes de guinguette accrochées aux platanes nus qui bordent les placettes, on est revenus du marché avec sous le bras des olives et des tartelettes au chocolat, il m’a offert la neige rose du sommet du Mont Ventoux dans la lumière de la fin du jour, on a écouté les histoires d’avant et envisagé l’avenir, on s’est aimés très forts et, sans qu’on l’ait vu venir, vraiment, le temps était déjà venu de faire nos valises.

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