Depuis ce jour.

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Deux semaines, dix-sept petits jours aux allures d’éternité. Quarante jours durant, j’ai entendu battre ton coeur minuscule matin et soir couchée sur mon lit d’hôpital, j’ai senti ton dos se soulever dans la paume de ma main et attrapé tes pieds qui chatouillaient mes côtes, j’ai passé des heures dans le noir à dessiner sur ma propre peau les contours de ton corps. J’ai tremblé pour toi, j’ai cru en toi, je t’ai aimé si fort. Allongés côte-à-côte sur les draps blancs, on a imaginé mille fois ton visage, tes yeux, ton nez, ta bouche et puis tes cheveux blonds. Mais la vérité c’est que rien au monde n’aurait pu nous préparer véritablement à toi, à l’odeur de ta peau, au son de ta voix, toi qui est né si paisiblement, à ton regard éveillé encore couleur d’ardoise, à tes traits qui s’affinent et s’affirment de jour en jour, à tes paupières teintées de rose quand le sommeil t’emporte, à tes joues pleines d’avoir bu de tout ton saoul, mon bébé. Non, vraiment, rien n’aurait pu prévoir l’ouragan qui nous a saisi au plus profond de nos chairs quand ils t’ont posé sur ma peau et qu’on a vu ton visage pour la première fois.

J’aimerais te dire comment la maternité s’est immiscée en moi ce dix-sept septembre comme une évidence, combien cet instinct de protection me bouscule et chahute de fond en comble notre équilibre et l’ordre de nos priorités. Ce soir, tu dors à côté de moi dans le canapé, d’un sommeil agité par des rêves sans images mais peuplé de sensations étranges et nouvelles – l’oxygène dans tes poumons, les sons, les ombres, le froid, le vent. Et puis le silence de la nuit à apprivoiser, aussi. Ce soir, il y a des tétras semés comme des cailloux à travers l’appartement, une pile de vaisselle sale dans l’évier de la cuisine et un reste de repas frugal avalé entre un calin et un lange à changer. Ce soir, il y a l’odeur du lait sur mes vêtements, mes cheveux ramassés en un chignon froissé, mes cernes qui témoignent de nos longs tête à tête nocturnes et ce sentiment que le temps, déjà, nous file entre les doigts. Mais ce soir il y a surtout mon coeur un peu plus vaste qui bat un peu plus fort quand je te regarde dormir et dans l’air cet amour inconditionnel qui nous fait, ton père et moi, nous sentir plus forts et plus grands.

Est-ce que tu sais tout ça, mon Tim, est-ce que tu le sens ?

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