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Holy Bagels * NYC > Bruxelles sur un vélo

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Cet après-midi, l’oreille collée au téléphone, j’écoute A. me raconter les derniers tourbillons de sa vie digne d’un roman initiatique. Je suis fascinée par ce destin qui les embarque, elle et K., sur des routes improbables jamais trop raisonnables, qui les envoie valser à l’autre bout de la ville, du pays ou bien du monde, les rencontres fortuites et les heureux hasards. Toutefois, alors que ce mot-là s’impose à moi par tout ce qu’il contient de mystère et de merveilleux, je n’ai jamais eu moins envie d’y croire qu’en ce moment, au hasard. Je lui dis « Tu as l’art de dégoter des amis formidables » et lorsqu’elle me répond « Je dois avoir de la chance », je ne suis pas dupe une seule seconde. A. fait partie de ces gens tellement libres et vrais qu’ils attirent les belles choses et les belles rencontres. De ces gens qui agissent sur leur environnement et titillent leur bonne étoile en provoquant volontairement du mouvement dans leurs systèmes solaires.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de deux amis de A. la belle : Mélodie et Jacques. Il y a quelques semaines, A. me donne rendez-vous à midi pour aller manger des « bagels sur un vélo ». Ce jour-là, le long des étangs d’Ixelles, j’ai fait la rencontre de deux belles personnes qui ont décidé, au nom de l’amour de leur ville et de la cuisine, de mettre tout leur coeur dans un magnifique vélo triporteur. Ils se sont rencontrés avec chacun leur histoire sur le dos, se sont mariés et, de la passion de Mélo pour les bagels américains et du talent de boulanger de Jacques est né Holy Bagels. Une ode à la passion, une ode à la volonté de suivre son coeur et son intuition, une invitation à bouleverser les codes « parce qu’on a qu’une vie ». Je ne vais pas vous mentir, ils ne m’ont pas dit ces mots-là. Mais, dans ma tête, je jurerais que c’est ce que leur vélo noir m’a raconté.

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Si vous souhaitez en savoir davantage sur Holy Bagels, n’hésitez pas à les suivre et à les soutenir sur leur page facebook. Ils se baladent de quartiers en marchés à Bruxelles pour vendre non seulement de très bons bagels, mais également un café de grande qualité et des cookies à tomber pour le petit-déjeuner.

Et puis, si vous passez leur dire bonjour, prenez le temps de papoter un peu. Quelque chose me dit que ces deux-là vous colleront le sourire jusqu’aux oreilles pour le reste de la journée :)

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L’été dans nos mains

 

 

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Un soir de ceux qui suivent une de ces journées automatiques, je dis à G. ma crainte de voir filer l’été à la vitesse d’une comète, du solstice de juin à l’équinoxe de septembre, sans que je ne sois parvenue à y goûter pleinement. Je lui dis ma crainte de ne vivre vraiment l’été qu’au creux de l’hiver, inconstistant, fantasmé. L’été dont on parle comme un rêve un peu flou, emmitouflé dans une couette en plumes en regardant la pluie battre les carreaux, ceux-là même qu’on évite d’ouvrir trop souvent tant on craint l’air piquant du dehors.

On a compté sur nos doigts avant de se dire qu’il nous restait trop de nuits à égrainer d’ici les vacances, d’ici la petite voiture grise lancée sur les routes, d’ici la montagne, d’ici l’Océan. Alors, on s’est regardé dans les yeux et on s’est promis de ne plus laisser passer les jours comme s’ils ne comptaient pas. Tour à tour, on dresserait d’ingénieux stratagèmes pour saisir en passant toute la lumière de cette saison jaune, de l’aube au crépuscule du soir, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

Ce soir, à l’heure où le soleil entame sa lente descente derrière les grands arbres, il y a du pain, du fromage et le rouge sacré du petit village. Tandis que le parc s’anime au rythme des promeneurs, que les ombres s’allongent, j’écoute G. me parler de voyages, de partage et du bonheur d’aller voir ailleurs. Ce soir, pieds nus dans l’herbe, on est heureux pourtant d’être ici, la peau rougie par la chaleur ocre de la fin du jour alors que, dans un seul geste, on lève nos verres pour trinquer à cet été qu’on a fini – « tu vois ? » – par rattraper.

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Point cadeau : Vos témoignages à propos de lectures qui vous ont marquées d’une manière ou d’une autre au cours de vos vies ont été un vrai bonheur à lire. De la bibliothèque rose aux ouvrages méconnus, il y a là un monde à explorer. J’ai noté précieusement toutes ces références pour m’assurer de ne plus jamais me retrouver en panne d’inspiration à l’avenir. Merci à toutes d’avoir pris le temps de vous raconter.

Cependant, il a fallu que le sort décide de la destination de ces quelques livres. J’ai confié cette décision à une main innocente qui a décidé que Combien tu brilles hériterait de tout ça. Je te contacte par e-mail pour les détails concernant l’envoi :)

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Bel été !

 

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Ces derniers jours il y a eu la vie en solo pendant deux petites semaines, les petits-déjeuners à emporter du lundi au vendredi depuis quelques mois déjà, les plus jolis fruits d’été picorés sans modération, les petits plats faits de fonds de placards, l’infusion menthe-clous de girofle des jours gris, le retour de G. et son anniversaire fêté dignement autour de quelques verres de rouge et de pâtes à la tomate, la promesse les yeux dans les yeux de profiter de chaque instant des jours d’été qu’il nous reste, et un joli mariage – fleur à la boutonnière et cavaliers coordonnés – à la presque-campagne.

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Belle nouvelle semaine à vous :)

Nos belles histoires (& un cadeau)

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Je devais avoir dix ans, tout au plus, lorsque j’ai lu pour la première fois, les coudes enfoncés dans les draps, « L’histoire d’Helen Keller ». En ce temps-là, je considérais les quelques dizaines de livres qui constituaient la petite bibliothèque familiale comme un trésor de belles histoires. J’estimais alors qu’il devait y avoir derrière ces couvertures dépassées tout ce qu’il eut fallu connaître en matière de littérature pour prétendre faire partie des braves gens. Aujourd’hui encore, je remercie mes parents d’avoir eu le bon goût de nous laisser naviguer sans boussole le long des étagères de bois, si bien que j’aurais pu entreprendre la lecture des sept tomes d’« A la recherche du temps perdu » à douze ans sans que l’on ne s’étonne de rien à la maison – depuis j’ai tenté de lire Proust cinq fois sans succès, c’est terriblement regrettable mais je crois que je m’en accommode plutôt bien.

Mes lunettes rondes sur le bout du nez, j’ai lu « L’histoire d’Helen Keller » jusqu’à la connaître par coeur, jusqu’à apprendre le braille toute seule dans le dictionnaire au petit matin, jusqu’à en oublier de dormir la nuit à force de guetter les odeurs d’incendie, jusqu’à envisager l’écriture de romans sur ma machine à écrire en plastique bleu et blanc. Après Helen, il y a eu « La grande crevasse » et mes mains gelées par le froid, « Le vieil homme et la mer » et le sel pris dans mes cheveux, et puis Jules Verne et Lafontaine et Molière et Barjavel et Tolkien et Maupassant, et puis Rimbaud. Et puis les autres, tellement d’autres, qui me passaient entre les doigts au détour d’un rayon de la grande bibliothèque communale le mercredi après-midi et que je fourrais par cinq dans mon cartable « pour deux semaines s’il-vous-plaît » – j’avais découvert entre-temps que je n’aurais pas assez d’une vie pour lire tout ce que les gens de lettres avaient à me dire et décrété qu’il n’y avait plus de temps à perdre.

Les livres, de quelque nature qu’ils soient, continuent à affiner le spectre au travers duquel je comprends le monde du haut de mes vingt-six printemps. Et si je n’ai jamais vraiment cessé de lire, il me reste une flotte entière de caravelles pleines de mots à découvrir.

Alors, j’ai quelque chose à vous proposer. Un petit jeu où on aurait tous un petit peu à gagner. Vous me racontez d’ici dimanche soir minuit comment un livre en particulier a marqué un moment de votre vie et moi, en échange, j’offrirai à l’un(e) d’entre vous – choisi(e) par le plus grand des hasards – l’intégralité de mes lectures de juillet*. Les seules conditions pour prétendre à ce petit cadeau sont de résider quelque part en Europe et de n’avoir aucune velléité particulière envers les livres de seconde-main.

Au plaisir de vous lire à mon tour. D’ici là, prenez soin de vous.

* « Mille jours en Toscane » de Marlena de Blasi, « Corps et âme » de Frank Conroy, « La liste de mes envies » de Grégoire Delacourt, « No et moi » de Delphine de Vigan et « Voyez comme on danse » de Jean d’Ormesson.

Mille jours en Toscane


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Ce livre-là m’était tombé dans les mains par hasard. Ils étaient mille comme lui, serrés sur les étagères, attendant leur tour dans le plus grand des silences – enfin, j’imagine que ce doit être facile, pour un livre, de ne pas parler. Peut-être celui-là avait-il côtoyé dans ces rangs d’autres ouvrages qui avaient goûté un jour à mes mains, à mes nuits blanches, et que j’avais rapportés là, au magasin, pour faire de la place aux histoires nouvelles, parce qu’il faut apprendre à laisser partir ce qu’on a aimé quand le temps qu’on avait à leur accorder s’est tari, épuisé. Pour que la vie continue.

Derrière le titre, j’ai vu les vignes à perte de vue, les sillons dans les mains et les collines brûlées par un soleil trop grand pour moi. Comme il faisait gris, ce matin-là, je l’ai glissé sans trop réfléchir dans le creux de mes bras, comme si la promesse du retour de l’été ne pouvait tenir qu’à ces pages à peine vieillies par les années.

Le soir venu, alors que je parcourais les premières pages, il m’a bien fallu admettre que je m’étais trompée. Alors même que je venais de quitter un chef-d’oeuvre qui m’avait emportée une bonne poignée de jours, je ne trouvais pas la clé pour entrer dans ce nouvel univers à l’écriture bien trop simple et – me semblait-il – mal maîtrisée. De la papote, voilà ce que c’était. Rien d’autre que de la papote. Alors, je l’ai redéposé dans ma petite bibliothèque – il n’a pas fait d’histoires – et je l’ai oublié.

Mais puisque je ne suis pas rancunière et que j’ai en horreur les jugements définitifs – tout comme les salsifis -, je lui ai dit « Et si on se donnait une seconde chance, tous les deux ? Parce que, vraiment, ce soir j’ai besoin d’Italie ». Pour lui, j’ai brisé les interdits en débouchant une bouteille de vin rouge venue du petit village de Provence, celui avec la petite place éclairée de guirlandes de lumières, la même petite place où G. allait manger les pizzas de Mumu le dimanche quand il était petit – il semble que rien n’ait changé aujourd’hui. Un verre de rouge à la main, fenêtres ouvertes sur un ciel lourd de nuit d’été, j’ai repris le fil du récit que j’avais laissé inachevé. Et qui sait si le rouge, si le soir, si l’humeur m’ont joué quelque tour, mais il n’a fallu qu’un instant à la magie pour opérer. Ce soir-là, j’ai senti la campagne toscane sous ma peau, j’ai rêvé des fleurs de courgettes et des tablées improvisées, j’ai senti la vie, la vraie, les mains pleines de terre et la fraîcheur des vieilles pierres qui abritaient les habitants de ce petit village perché. J’ai senti tour à tour l’isolement, les regrets, les rêves, le passé qui colle à la peau et le futur qui nous promet tout. J’ai vu défiler tant de festins, d’huile d’olive et de vins qu’il me semble avoir dîné pour trois ans au moins. J’ai vu les vignes, les vergers, les collines.

J’ai lu le temps de vivre, et c’était drôlement bien.

« (…) Evidemment, les tradizionalisti secouent la tête. Certains habitent au village, d’autres à la campagne, mais aucun n’ira dans ces trucs en béton. Ils disent que la vie leur semblait meilleure quand elle était plus dure. Que la nourriture avait meilleur goût quand elle apaisait une vraie faim. Et que rien ne surpasse le moment où le soleil se lève et celui où il se couche. Ils disent que la vie, c’est travailler à la sueur de son front, manger ce dont on a besoin, dormir comme un enfant. Ils ne comprennent pas cette avidité de certains à vouloir accumuler, avoir plus que ce qu’on peut consommer. Ils se rappellent le temps où accumuler c’était avoir pour l’hiver trois sacs de châtaignes au lieu de deux. Ils trouvent que leurs voisins ont perdu leur capacité à imaginer ou à ressentir les choses, et même à aimer. (…) »

Mille jours en Toscane, Marlena de Blasi

(Mercure de France, Collection Folio, p. 78)