Réflexions

Mes certitudes conditionnelles

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Ce matin, chemin faisant, tout petits yeux et grands bâillements, je lis les mots de Leo Babauta, « Lately I’ve been struck with the idea of how limited our lives are, and how little time we have to make something of them. « La vie est bien trop courte pour que l’on s’autorise à en perdre une seule miette. Je le sais. Tu le sais. C’est ce genre de mots que l’univers entier connaît par coeur. « Cesse de te soucier du regard des autres. Tu ne peux pas plaire à tout le monde. Pas de réussite sans travail. Pas de hauts sans bas. Qui vivra verra. Surtout, ne t’en fais pas. »

Je lis Leo Babauta, et je repense à ces instants où je réalise le pas de géant, l’expérience et les années qui forgent l’intervalle entre savoir et comprendre. Il y a d’abord le jour où ces mots-là sont beaux comme des évidences. Poétiques lapalissades, on les contemple l’iris collé à une lunette d’astronome, on les caresses du bout des doigts, on aime se les entendre conter. Et puis, plus tard, il y a le jour où ces mots-là nous fauchent sans ménagement, nous bousculent, nous réveillent et nous brûlent. Il y a ce jour où ces mots-là se frayent un chemin jusqu’au coeur et creusent un chemin dans nos veines, à travers sang, à travers joies, à travers peines, jusqu’à la tête et érigent des routes nouvelles jusqu’à la raison.

Ces jours-là, je mesure le poids de mon regard qui n’en finit plus de grandir sur le sens des choses. Plus le temps passe, plus je suis forcée de remettre en question tout ce que je pensais avoir acquis en terme de sagesse et de bon sens, plus j’aime à reconsidérer mes certitudes et moins je perds de temps face aux discours « pour de bon » et aux tempéraments inflexibles.

Alors, si je ne devais garder qu’un mantra pour compagnon de route, si j’étais un druide, une Pythie perchée là-haut sur la montagne, si j’étais un de ces savants qui transmettent l’essence de tout ce que la vie leur a appris et que je croisais un pèlerin qui court, épuisé, après la vérité, je crois que je lui dirais « Cesse de courir après un mirage, tu as déjà ta vérité dans le creux de tes mains. Parce que, tu sais petit, s’il y a bien une chose dont je suis sûre pour la vie, c’est qu’on ne peut jamais être sûr de rien ».

Petite note : J’ai offert à mon blog un vrai nom de domaine, l’adresse est désormais www.leplusbelage.be . La redirection depuis l’ancienne adresse est assurée pour quelques mois seulement, alors pensez à la modifier. Belle journée :)

Ailleurs maintenant

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 Il me semble que cela fait une éternité que je n’ai pas vécu au grand air. Celui fait de ciels immenses comme on n’en fait plus dans nos villes aux toits trop hauts, aux maison trop serrées comme si elles craignaient le froid de la solitude, parce qu’on a perdu l’habitude de ne vivre qu’avec soi, parce qu’on est quand même plus forts quand on est ensemble. Ensemble sans trop se regarder, chacun bien trop occupé à trouver un moyen d’exister.

Que le temps me semble long, qui s’étire du petit jour à la tombée de la nuit. J’ai la fin du mois d’août qui me monte à la tête et l’impatience juste là au bord du coeur. C’est insupportable comme je meurs d’envie d’être ailleurs. (…)

Un autre jour, je m’effraye du temps qui s’échappe sans rien demander d’autre en retour que « Et que fais-tu de ta vie, maintenant ? ». Moi qui ai tant travaillé à sentir battre le sang dans mes veines à chaque seconde, à prendre le temps d’être ici et maintenant, je rougis de me voir fuir vers un bonheur hypothétique de deux petites semaines seulement. La promesse de ce sursis de rien du tout mérite-t-elle que je lui donne en offrande tous les jours que je décompte jusqu’à lui ? Je pense « Et que fais-tu de maintenant ? » et ma gorge se serre, alors « Qu’est-ce que tu attends ? ».

Tout à coup, ce besoin de me consacrer à donner du sens s’empare pour un temps de ma raison et je rêve d’avoir le courage de ne plus rien subir au nom de la sécurité – une chimère, à n’en pas douter -, je rêve de ne plus me surprendre à vivre dans l’attente, le regard tourné vers un demain qui vient – Dieu ! qu’on le sait pourtant trop bien – toujours un peu trop tard, toujours un peu trop loin.

(Ecrire ces mots et tomber sur le post de Mai qui parle si bien de ça, aussi.)

Post Scriptum : J’ai adoré vous lire en réponse à l’article précédent. C’est beau de prendre le temps d’écouter le rapport que d’autres entretiennent avec la lecture, ces petits récits de vie sont si intimes et si universels à la fois. Pour celles/ceux qui seraient tentés de se raconter en échange de quelques romans, vous avez encore jusqu’à ce dimanche à minuit pour nous faire voyager.

D’ici là, prenez soin de vous, surtout.

De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)

« Je pourrais rester des jours entiers à méditer. Je pourrais faire voeu de silence pour quelques heures sans que ne vienne l’envie de rompre mon engagement. Sans mourir d’ennui. Je pourrais. » Il m’est arrivé de tenir ce discours envers moi-même, envers d’autres peut-être, forte de ma croyance en mon tempérament réfléchi et contemplatif. Forte de ma naïveté, surtout. C’est fou ce que l’on peut être fort tant que l’on n’a pas fait l’effort d’essayer vraiment. Vous ne trouvez pas ?

Aujourd’hui, je suis assise jambes croisées, dos droit, tête allignée et je peine à être pleinement là. Je m’ennuie profondément, je voudrais être ailleurs, l’impatience me rappelle à la vie qui reprendra son cours quand j’ouvrirai les yeux, mais je résiste. Je tiens bon. Je me dis « tout passe ». Je me dis « la douleur est éphémère, rien ne dure, et la seule chose dont je suis sûre, maintenant, c’est que je suis vivante, dans mon souffle, dans mon ventre, sous ma peau ». Je suis ici dans un temps qui ne reviendra pas et ce moment m’appartient tout entier. J’habite mon corps, mon sang palpite, mes pieds se glacent, mes jambes fourmillent, chaque vertèbre lutte contre la gravité. Plus rien n’a davantage d’importance que ma concentration qui me donne l’accès à la conscience d’être là. Peu à peu, les traits de l’ennui et de la douleur s’estompent, j’y plante mon regard malgré mes yeux clos et leur murmure « je vous accepte, je ne m’en tirerai pas sans vous, alors faisons la route ensemble, voulez-vous ? ». Mon corps brûle et je tiens bon. « C’est toi qui décide », je saisis enfin toute la portée de ces mots entendus maintes fois durant mes cours de yoga. Je m’imagine montagne et n’ai plus peur de plier car j’ai confiance en ma volonté.

Cela fait trois semaines maintenant que je suis engagée dans un cycle MBSR* et je mesure chaque jour un peu plus mes progrès et l’effet de ma pratique sur mon quotidien. Je fais face aux obstacles sans les fuir, j’accepte mieux l’imperfection et l’impermanence des choses, je suis sereine et engagée. L’apprentissage de la méditation est un processus long et difficile et il me reste l’équivalent d’un monde à découvrir. Alors je travaille avec rigueur et patience pour un jour pouvoir dire à celle que j’étais « Je peux faire voeu de silence des jours durant sans mourir d’ennui. J’en suis capable parce que j’y ai mis tout mon coeur et franchi chaque obstacle avec une détermination que je ne me connaissais pas, parce que j’ai pris le temps d’essayer, parce que j’ai eu le courage de tomber ». Et ça, vous savez, c’est terriblement nouveau pour moi.

Et vous dans la vie, quel est votre rapport aux obstacles, aux petites comme aux grosses contraintes ?

* Mindfulness Based Stress Reduction

Ici et maintenant

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Vous êtes-vous déjà demandé si vous habitiez véritablement l’instant ? J’ai, pour ma part, la terrible impression de voguer quelquefois en marge de ma propre vie. A force d’anticipation, d’analyse, d’ajustements et de contemplation, le temps me file entre les doigts, inconsistant et diablement abstrait. Mon esprit vagabonde, j’ébauche des plans pour demain, j’arrondis les angles coupants d’hier, tandis qu’aujourd’hui défile sans crier « Gare ! ». Encore que, même s’il criait littéralement, je serais capable d’être bien trop occupée par mon remue-ménage intérieur que pour prêter à l’oreille à ses sages recommandations.

Pourtant, Dieu sait que, s’il n’y a qu’une seule chose tangible et dont on soit certain en ce monde, c’est bien le moment présent. Il s’agit sans conteste de notre valeur la plus sûre et la plus précieuse. Il est le souffle, inspire-expire, il est l’évidence, il est le seul qui contienne en lui-même tout le vivant de nos univers particuliers. Il est notre assurance que tout ceci – depuis nos yeux qui clignent jusqu’aux vastes mouvements du système solaire – n’est pas qu’une rêverie et que tout ceci en vaut sacrément la peine.

Quand l’« à présent » est douloureux comme une épine plantée là où la peau est la plus fragile, être conscient de son caractère éphémère peut nous sauver la vie. Mais quand le « maintenant » est heureux, beau et doux, l’investir pleinement et sans retenue nous nourrit des pieds à la tête, nous rend plus forts et meilleurs. S’attacher à vivre le moment présent, c’est vivre à fleur de peau, à fleur de coeur, c’est prendre le risque de voir la vie déborder, de la regarder sans ciller dans le bleu des yeux et de lui dire : «Je suis à ma place, ici et maintenant » et puis « J’en ai la certitude » et puis « Tu sais ? Merci ».