Pleine conscience

Un an de pleine conscience (MBSR) : et maintenant ?

PleineconscienceLe 13 mai 2014 (c’est étrange comme je m’en souviens), je franchissais la porte de ma première séance de MBSR (mindfulness based stress reduction), curieuse de savoir où tout ça allait me mener. Pour des raisons qui me sont propres, je souhaitais alors tout à la fois reprendre le contrôle de certains aspects de ma vie et apprendre à lâcher-prise. Un an après, qu’est-ce que j’en ai gardé ?

(suite…)

Des monstres, du silence retrouvé et des petits souliers

MBSR1On en était à la tornade que je n’avais pas vu venir, au coup qui survient quand on s’y attend le moins, quand on a oublié de compter les jours qui passent comme s’ils étaient de précieux trésors, quand on pense qu’on est suffisamment fort pour tenir debout encore un peu. Un peu comme ces feuilles d’un jaune de feu qui s’accrochaient aux branches nues ce jour-là, qui luttaient contre les bourrasques en s’agrippant à un lien qui ne tenait plus qu’à la sève. Une sève qui avait eu un jour, loin derrière, le goût de l’entrain et de l’envie d’aller plus loin. Mais qui s’était tarie, faute d’avoir pu puiser dans cet arbre-là les réponses que ces feuilles jaunes posaient à la vie.

J’avançais dans le grand brouhaha du dehors les yeux mi-clos et le pas prudent, le ventre noué par l’idée qu’à tout instant je pouvais trébucher. Méthodiquement, j’avais entrepris de dresser des palissades pour me protéger de tout ce qui m’effrayait, m’ennuyait, me faisait mal, me contraignait, ces mêmes palissades que, trois mois plus tôt, j’avais mises à terre avec la plus grande bienveillance du monde parce que je n’en avais plus besoin. Si vous approchez un jour la méditation, vous entendrez probablement l’histoire de la princesse qui avait ordonné qu’on recouvre le sol de son royaume de cuir pour ne plus s’y blesser, et du cordonnier qui lui dit alors « Vous n’êtes pas sérieuse » et lui confectionna à la place deux petits souliers. De la même façon, il m’avait fallu huit semaines de travail discipliné pour accepter de troquer mes barricades contre une volonté à toute épreuve, une perception juste des événements et un mental d’acier. Et il n’a fallu que deux petits mois loin de mes trente minutes d’immobilité quotidiennes pour – littéralement, simplement, brusquement – tout foutre en l’air.

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Août. Septembre. J’étais à nouveau partout ailleurs qu’ici, à m’enfuir, à me boucher les oreilles et à attendre que ça passe plutôt que de regarder en face les monstres que j’avais créé de toutes pièces. Le genre de monstres qui projettent des ombres effrayantes mais qui, si l’on fait l’effort d’allumer la lumière, ressemblent à s’y méprendre à une pile de vieux cartons noyés sous la poussière. Mais j’avais beau la connaître, cette vérité-là, j’avais la trouille de retourner sur ce zafu que j’avais laissé de côté tant je savais la volonté dont je devrais faire preuve pour le ré-apprivoiser. Parce que, vous savez, c’est quelque chose d’affronter le silence et de se regarder les yeux dans l’âme, de laisser chaque seconde prendre toute la place, d’écouter son coeur battre dans ses veines et de se dire « Je t’aime », rien qu’à soi. Assise par terre il y a quelques soirs de cela, j’ai enfin pris mes monstres sous le bras, respiré à m’en faire tourner la tête et me suis engagée à le ré-apprendre par coeur, ce silence-là.

Et comme, à l’instar des épisodes de Sept à la maison, toute bonne histoire à sa morale en béton, j’aimerais dire qu’en matière de sagesse, rien n’est jamais acquis pour de bon. Que si nos fantômes guettent nos petites faiblesses pour frapper dans le noir, on aura toujours le choix de repartir au combat. Pourvu qu’on ait l’audace de regarder la vie en face. C’est ça.

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Les précédents articles sur la pleine conscience et la méditation sont par ici :

Ici et maintenant 

En pleine conscience (MBSR)

De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)

Ailleurs maintenant

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 Il me semble que cela fait une éternité que je n’ai pas vécu au grand air. Celui fait de ciels immenses comme on n’en fait plus dans nos villes aux toits trop hauts, aux maison trop serrées comme si elles craignaient le froid de la solitude, parce qu’on a perdu l’habitude de ne vivre qu’avec soi, parce qu’on est quand même plus forts quand on est ensemble. Ensemble sans trop se regarder, chacun bien trop occupé à trouver un moyen d’exister.

Que le temps me semble long, qui s’étire du petit jour à la tombée de la nuit. J’ai la fin du mois d’août qui me monte à la tête et l’impatience juste là au bord du coeur. C’est insupportable comme je meurs d’envie d’être ailleurs. (…)

Un autre jour, je m’effraye du temps qui s’échappe sans rien demander d’autre en retour que « Et que fais-tu de ta vie, maintenant ? ». Moi qui ai tant travaillé à sentir battre le sang dans mes veines à chaque seconde, à prendre le temps d’être ici et maintenant, je rougis de me voir fuir vers un bonheur hypothétique de deux petites semaines seulement. La promesse de ce sursis de rien du tout mérite-t-elle que je lui donne en offrande tous les jours que je décompte jusqu’à lui ? Je pense « Et que fais-tu de maintenant ? » et ma gorge se serre, alors « Qu’est-ce que tu attends ? ».

Tout à coup, ce besoin de me consacrer à donner du sens s’empare pour un temps de ma raison et je rêve d’avoir le courage de ne plus rien subir au nom de la sécurité – une chimère, à n’en pas douter -, je rêve de ne plus me surprendre à vivre dans l’attente, le regard tourné vers un demain qui vient – Dieu ! qu’on le sait pourtant trop bien – toujours un peu trop tard, toujours un peu trop loin.

(Ecrire ces mots et tomber sur le post de Mai qui parle si bien de ça, aussi.)

Post Scriptum : J’ai adoré vous lire en réponse à l’article précédent. C’est beau de prendre le temps d’écouter le rapport que d’autres entretiennent avec la lecture, ces petits récits de vie sont si intimes et si universels à la fois. Pour celles/ceux qui seraient tentés de se raconter en échange de quelques romans, vous avez encore jusqu’à ce dimanche à minuit pour nous faire voyager.

D’ici là, prenez soin de vous, surtout.

De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)

« Je pourrais rester des jours entiers à méditer. Je pourrais faire voeu de silence pour quelques heures sans que ne vienne l’envie de rompre mon engagement. Sans mourir d’ennui. Je pourrais. » Il m’est arrivé de tenir ce discours envers moi-même, envers d’autres peut-être, forte de ma croyance en mon tempérament réfléchi et contemplatif. Forte de ma naïveté, surtout. C’est fou ce que l’on peut être fort tant que l’on n’a pas fait l’effort d’essayer vraiment. Vous ne trouvez pas ?

Aujourd’hui, je suis assise jambes croisées, dos droit, tête allignée et je peine à être pleinement là. Je m’ennuie profondément, je voudrais être ailleurs, l’impatience me rappelle à la vie qui reprendra son cours quand j’ouvrirai les yeux, mais je résiste. Je tiens bon. Je me dis « tout passe ». Je me dis « la douleur est éphémère, rien ne dure, et la seule chose dont je suis sûre, maintenant, c’est que je suis vivante, dans mon souffle, dans mon ventre, sous ma peau ». Je suis ici dans un temps qui ne reviendra pas et ce moment m’appartient tout entier. J’habite mon corps, mon sang palpite, mes pieds se glacent, mes jambes fourmillent, chaque vertèbre lutte contre la gravité. Plus rien n’a davantage d’importance que ma concentration qui me donne l’accès à la conscience d’être là. Peu à peu, les traits de l’ennui et de la douleur s’estompent, j’y plante mon regard malgré mes yeux clos et leur murmure « je vous accepte, je ne m’en tirerai pas sans vous, alors faisons la route ensemble, voulez-vous ? ». Mon corps brûle et je tiens bon. « C’est toi qui décide », je saisis enfin toute la portée de ces mots entendus maintes fois durant mes cours de yoga. Je m’imagine montagne et n’ai plus peur de plier car j’ai confiance en ma volonté.

Cela fait trois semaines maintenant que je suis engagée dans un cycle MBSR* et je mesure chaque jour un peu plus mes progrès et l’effet de ma pratique sur mon quotidien. Je fais face aux obstacles sans les fuir, j’accepte mieux l’imperfection et l’impermanence des choses, je suis sereine et engagée. L’apprentissage de la méditation est un processus long et difficile et il me reste l’équivalent d’un monde à découvrir. Alors je travaille avec rigueur et patience pour un jour pouvoir dire à celle que j’étais « Je peux faire voeu de silence des jours durant sans mourir d’ennui. J’en suis capable parce que j’y ai mis tout mon coeur et franchi chaque obstacle avec une détermination que je ne me connaissais pas, parce que j’ai pris le temps d’essayer, parce que j’ai eu le courage de tomber ». Et ça, vous savez, c’est terriblement nouveau pour moi.

Et vous dans la vie, quel est votre rapport aux obstacles, aux petites comme aux grosses contraintes ?

* Mindfulness Based Stress Reduction

En pleine conscience (MBSR)

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Depuis une poignée d’année, je mûris un projet fondamental. Je trace ma route, un pas après l’autre, au travers d’une vie parsemée çà et là de petits cailloux, d’obstacles douloureux mais aussi de sérénité et de grands bonheurs. Jour après jour, je tisse un fil précieux mais fragile entre mon corps et ma tête, entre ce que j’ai été et ce que je suis, entre ma peau et mon coeur. Je crois que l’on appelle ça « prendre soin de soi ». Ou, mieux encore, « apprendre à s’aimer », s’aimer sans crainte et sans pudeur et poser sur soi, chaque matin, chaque soir, un regard plein de justesse et de bienveillance. Dans cette quête, j’ai appris à me nourrir, à bouger et à m’exprimer pour mon bien. Et j’avance, petit à petit, j’avance.

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Vous savez, je suis de ceux qui peinent à démêler les pensées qui s’accumulent dans un coin de leurs têtes, ceux qui ont le souffle court parfois, à fleur de peau, les larmes au bord des yeux et des noeuds dans les vertèbres. Et si je fais aujourd’hui de la sérénité, de l’intégrité et de la joie de vivre mes principaux alliés, voyez-vous, c’est parce que je les soigne avec beaucoup de patience, mes toutes petites névroses. Dans cette recherche d’une forme de vérité, j’ai entamé il y a quelques jours un cycle de gestion du stress par la pleine conscience*, un titre derrière lequel se cache, dans le fond, davantage un art de vivre qu’un travail thérapeutique.

Ce soir-là, je grimpe les grands escaliers le coeur plein de questions et pousse la porte blanche pour la première fois. Quelques instants plus tard, nous sommes vingt en quête de sens, assis avec plus ou moins de maladresse sur nos zafus disposés en cercle. Et lorsque vient mon tour d’exprimer les raisons de ma présence ici, je vais à l’essentiel puisque, au fond, je sens que nous sommes tous un peu pareils.

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J’ai prononcé quelques mots à peine mais, dans mon esprit, ils voulaient dire « Le temps file, si vite et si bien qu’il me semble parfois que ma propre vie m’échappe. Autour de moi, il y a ceux qui s’en vont après avoir toujours tout sacrifié pour un demain qui n’arrivera pas, il y a l’incertitude et l’impermanence des choses, il y a le monde qui tourne de travers, il y a la vie qui passe sans qu’on l’habite pleinement, il y a l’esprit un peu trop tendu vers l’avant, un peu trop tourné en arrière, il y a ce qui me tourmente, il y a des choses que je ne maîtrise pas. Pourtant, Dieu que la vie est belle quand on la saisit toute entière. Aujourd’hui, je ressens l’urgence d’être pleinement là, d’habiter l’instant. Et j’ai terriblement hâte d’apprendre à me retrouver en toute sérénité face à moi-même, d’apprendre à être là, d’apprendre à ne plus fuir devant mes mains qui tremblent et mon coeur qui bat. »

Cette aventure de huit semaines promet d’être riche, intense mais également difficile. Je reviendrai dire l’ennui qui me tiraille lorsque je suis allongée sur mon tapis chaque matin, la résistance de mon esprit quand je m’efforce à rester concentrée sur ce que je fais mais aussi, je l’espère, mes progrès dans cette voie très simple et si complexe à la fois.

Et vous, dites-moi, avez-vous déjà tenté la méditation ?

*La méthode MBSR a été mise en place par Jon Kabat-Zinn dans les années 70. Il s’agit d’une méthode encadrée de gestion du stress par la méditation. Le cycle dure 8 semaines et comprend des moments en groupe et beaucoup de pratique individuelle (30 à 45 minutes par jour).