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Romans de bord de mer et du grand océan

 romanmer2En fermant le livre blanc, se rappelait à moi tout à coup cette question que j’avais laissée sans réponse à plusieurs reprises ces derniers temps, « Quels sont tes romans préférés ? ». Je pense vous l’avoir déjà dit, j’ai la mémoire courte quand il s’agit de retenir les histoires. Bien vite après la fin, le récit s’étiole, le fil des choses se brise jusqu’à ce que seul me reste le souvenir flou de quelque sensation, le dessin sur la couverture peut-être encore, et puis c’est tout. Alors j’ai réfléchi, ressorti mes listes de lecture et j’en suis venue à la conclusion que, s’il n’y avait pas de constante évidente qui puisse déterminer mon affinité avec un roman en particulier, force était de constater qu’un thème chapeautait une bonne partie des ouvrages qui m’avaient, un jour, emportée. La mer.

Je dis « la mer » mais, à bien y regarder, c’est le bord de mer qui souvent s’installe sur mes étagères comme une petite récurrence nécessaire. Tant de romans ont leurs décors plantés sur cette lande qui marque le passage de l’eau à la terre, qui n’est ni tout à fait l’un ni tout à fait l’autre. Comme si, tant qu’il y avait la plage, il y avait l’assurance de la vie qui s’accroche au rivage.

Et puis, au détour d’autres pages, il y a la mer à la profondeur insondable, aux monstres terrifiants, la mer sombre et déchaînée qui renverse et qui noie, la mer en pleine tempête, il y a les vagues qui s’écrasent, hautes comme des cathédrales, dans un fracas assourdissant. Il y a la mer des jours d’hiver, la mer du nord à la couleur du ciel chargé de pluie et qui, caméléon, semble garder dans la mémoire de sa peau le gris des nuages bas longtemps après qu’ils soient partis. Il y a la mer qui berce les navires et relie les îles, les terres, les continents.

La mer est un mystère qui tantôt me hante, tantôt m’enivre mais qui toujours me fascine à travers les romans.

S’il ne devait en rester qu’un :
Océan mer – Alessandro Baricco

Ceux que je recommande les yeux fermés :
Novecento, pianiste – Alessandro Baricco
Le vieil homme et la mer – Ernest Hemingway
Le prince des marées – Pat Conroy
La plage d’Ostende – Jacqueline Harpman
Eldorado – Laurent Gaudé
(La poursuite du bonheur – Douglas Kennedy)

Il y a aussi :
Les déferlantes – Claudie Gallay
Les gens heureux lisent et boivent du café – Agnès Martin-Lugand
(Juste avant le bonheur – Agnès Ledig)

Et chez vous, y a-t-il de la mer dans les romans ?

 

Florence : les murs jaunes, le ciel bleu, les volets verts

firenzee25Samedi, le réveil a sonné un peu trop tôt dans le petit appartement. Les yeux gonflés, la peau froissée, on a fermé nos sacs à la hâte, préparé un pique-nique sommaire qui n’avait rien à envier aux tartines-mayonnaise des aires d’autoroute, fermé la porte à double tour et on est partis à l’aube, comme on se l’était promis. On s’est arrêtés deux fois en chemin pour embarquer des compagnons de route qui, pour quelques heures, seraient pour nous plus que des inconnus. Tandis qu’on parlait, la route défilait et, avec elle, les hordes de nuages noirs qui nous rappelaient à la promesse du ciel bleu qui nous envelopperait à l’issue de quelques centaines de kilomètres. On a déposé nos passagers à la frontière de la Suisse avant de plonger pour deux heures dans des paysages fous. J’ai dit « C’est si beau que je pourrais en pleurer » et puis « Un jour, on partira à l’assaut de ces montagnes tachées de clairières, on ira fouler tout ce vert ». Dans la file d’attente pour le tunnel du Gothard, on a enclenché la playlist « chansons françaises » pour ne pas trop s’ennuyer, on a chanté à tue-tête et on a beaucoup rigolé. Bientôt la voiture grise entrait dans Milan où nous avions convenu de passer la nuit. Le jour déclinait, le ciel était orange, rose, on a marché dans les rues du centre, admiré la cathédrale blanche, mangé une pizza et bu une bière froide, on est rentrés, les moustiques nous ont dévorés, on n’a pas bien dormi mais on était contents d’être en Italie.

Dimanche, on a repris la route au petit matin en direction de Florence. Nos passagers, cette fois, venaient du nord de la Russie. On a parlé de leur pays, de l’Ukraine, de Bruxelles et de Paris, on a parlé anglais, on a baragouiné un peu de russe et un peu de français. Et puis, on est arrivés dans la ville orange, on s’est quittés et on s’est dirigé vers l’appartement rose et blanc qui abriterait nos trois prochaines nuits.

Oh, à Florence, on n’a pas fait les choses à moitié. C’est une ville lumière, Florence, une ville jaune aux volets verts, une ville où on n’a pas eu peur de plonger dans les clichés la tête la première. On l’a parcourue en long, en large et en travers jusqu’à ce que nos pieds brûlent et que l’on soit forcés de s’asseoir en terrasse pour l’aperitivo, un verre de blanc dans la main, à trinquer à nos vies dans lesquelles on se sent bien. On a un peu visité, on a trouvé que les files étaient bien trop longues et les prix d’entrée bien trops chers, alors on a décidé qu’on profiterait cette fois de la dolce vita et qu’on reviendrait plus tard – dans pas trop longtemps – se perdre dans les musées « parce qu’il faut y revenir, à Florence, c’est certain ». On a mangé des pizzas sur de vieilles tables en bois, puis sur les marches de l’église de la Plazza Santo Spirito, on a mangé des pâtes al dente, des panini merveilleux, goûté les meilleures glaces de la ville (ne cherchez pas, il y en a mille) et bu des vins divins.

Ah oui, Florence, c’était si bien.

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Goldentriangleloop 35
Cet hiver, j’ai vécu quatre mois la tête à l’envers, à 9000 kilomètres à contre-sens, en défiant la course du soleil, vers l’est, mon plus long voyage. Tous les deux jours, des nouveaux murs, un nouveau lit, un siège de bus, une couchette de train. Est-ce que j’ai eu 53 chez moi ? Non, j’ai vécu dans ces chambres les yeux fermés ; la vie c’était le jour, sous le soleil, la poussière sur la peau. Est-ce que chez moi tenait tout entier dans mon sac à dos rouge ? Non, j’aurais pu tout perdre et tout acquérir à nouveau, rares sont les objets qui ont fait l’aller-retour à mes côtés. Est-ce que chez moi c’était ces paysages et ces cultures si différents ? Non, je n’étais que de passage, je n’y ai rien construit, je m’adaptais mais plus le temps passait, plus « chez moi » me manquait. Les rues grouillantes de scooters, le soleil brûlant, le sable blanc, la sonorité des langues, les coutumes, les nouilles à toutes les sauces, c’était bien. Mais c’était ailleurs.
Alors, c’est où chez moi ? Peut-être Bruxelles, la ville, la capitale. Un quartier vert et calme. La petite épicerie bio, le glacier, les étangs et les bancs à l’ombre des arbres. Des petits vieux attablés au bistrot et des petits tout court qui courent sur la place avec une glace fondue qui colle entre les mains. Une vieille maison, un appartement blanc, des plafonds indécemment hauts, un très grand lit. Des valeurs, une routine, des repères.
Pourtant, si aujourd’hui Ici est chez moi, ça pourrait très bien être ailleurs demain. Mes liens n’ont pas de forme, pas de matière, pas de plan, pas de rue, pas de murs. Etre à la maison, c’est me sentir chez moi à la terrasse d’un café, dans un parc, avec dans la bouche un thé que je connais par coeur, avec à ma table des personnes éblouissantes, avec dans la main mon Indispensable. Etre chez soi c’est s’ouvrir une fraction de seconde à l’idée qu’on est arrivé là comme si c’était une évidence.
C’est être en équilibre entre la vie que j’aime et celle à laquelle j’aspire, c’est être d’accord avec moi, c’est avancer. Et vouloir y rester pour la vie entière, jusqu’à ce que je pose le pied dans un nouvel endroit qui fait tambouriner mon corps en sourdine à l’intérieur. Parce que chez moi doit être teinté de liberté et de mille possibles, je ne veux pas d’autres attaches que les coeurs qui battent autour de moi.