Listen & Talk

Après le silence (on danse).

2janvier-1Les dernières semaines m’avaient peu à peu enveloppée dans un vase de coton à travers lequel, lovée dans le fond les yeux tournés vers son plafond absent, j’écoutais la vibration du monde en sourdine. Les cils collés à l’étoffe, quelquefois, je guettais la course des autres du regard de celle qui absorbe et observe sans conclure quoi que ce soit. J’étais là sans l’être, défiant de tout le poids de mon corps l’énigmatique gravité de cette fin d’année. Jour après jour mes contours m’échappèrent et je devins le réceptacle d’un spectacle d’une complexité envoûtante. Dans le noir des jours les plus courts, je me laissais happer par l’intuition de comprendre ce qui nous lie, tous au tout, avant de m’échapper tel un savon mouillé. Tout était à la fois trop simple et trop intense, trop trouble et trop vrai, trop peu mais pas assez. Je fermais les paupières sur des espaces grandioses et d’autres exigus, je manquais d’air et de vide pour combler mes trop-pleins et me remplir de rien.

Mais les jours passèrent et me gonflèrent d’amour. Je retrouvai mes limites, le tracé de mon corps dans leurs bras, je brisai l’opercule couvrant le dôme de mon Panthéon silencieux, j’essuyai des larmes trop longtemps contenues sur le revers de ma main, je me remis à enlacer et danser bien plus fort, je mis des mots sur mon absence à moi-même et le goût de vous écrire me revint un matin.

Je suis ravie de vous retrouver enfin, j’espère que vous allez bien ♥

Instagram : la petite vie en images

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Instagram3-1Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de remporter le Weekend blog & digital award dans la catégorie Instagram. C’est étrange, moi qui me sentais minuscule face à des comptes à 1000 followers, je me sens aujourd’hui minuscule face à ceux qui en affichent dix ou vingt fois plus. Pour cette raison d’une objectivité tout à fait relative, j’étais heureuse d’avoir été nominée aux côtés de copines blogueuses mais ne me souciais pas forcément de gagner. Puis j’ai entendu la madame habillée en sirène dire « Le plus bel âge » et j’ai réalisé que, quand même, c’était vachement chouette symboliquement d’avoir gagné, parce que je me suis accrochée à ce réseau si positif, beau et créatif, et parce que mon blog ne va pas sans lui. (suite…)

Le plus bel âge

leplusbelageJe crois ne vous avoir jamais raconté d’où venait le nom de ce blog. Quiconque a ouvert son petit espace en ligne un jour sait combien il peut être fastidieux de mettre le doigt sur un nom qui puisse chapeauter avec justesse tout ce que l’on aura à dire. En 2010, j’ai écouté un peu distraite la critique d’un roman à la télévision. Le livre s’appelait « Le plus bel âge », c’était une révélation, disait la chroniqueuse blonde tout sourire en avant, ce roman, « c’est la vérité sur une génération, il va faire un carton ». Je n’en doutais pas. Les semaines suivantes, je l’ai cherché des yeux dans les librairies jusqu’à le trouver un jour de décembre au milieu des rayonnages parés des couleurs de Noël. J’ai saisi le sésame sans la moindre hésitation et me suis plongée dans la lecture à peine rentrée à la maison. J’ai lu, beaucoup, jusqu’à venir à bout des 600 pages. Et : rien. La déception. J’ai trouvé ce livre long, ennuyeux, trop ambitieux. L’histoire n’avait pas tenu les promesses que la gentille chroniqueuse lui avaient accordées.

Pourtant, les mois qui ont suivi, le titre m’est souvent revenu en mémoire. C’était beau « Le plus bel âge » et, en cela, l’auteure ne s’était pas trompée. Ca dit le paradoxe d’avoir vingt ou trente ans aujourd’hui, d’avoir tous les possibles à vivre mais trop de questions à poser, ça dit qu’on peut s’aimer comme des fous et s’écorcher le coeur dans un même mouvement, ça dit la légèreté apparente du quotidien, la difficulté de se dire et le tiraillement des désirs, ça dit les masques et les carapaces, ça dit comment on gagne en confiance et comment on s’y prend pour avancer sans trébucher, ça dit combien on peut être seuls ensemble, ça dit l’envie de tout bousculer pour tout ré-inventer, ça dit les rêves qui se heurtent aux peurs et les idéaux aux plus profonds des doutes. Alors voilà comment, pour l’amour des projections qui me sont venues à l’esprit lorsque j’ai entendu « Le plus bel âge » pour la toute première fois, pour la chance qu’on a de vivre cette tempête-là, j’ai nommé mon blog à partir d’un roman que je n’aimais pas.

Depuis quatre jours, j’ai la gorge nouée et les lèvres serrées. Vendredi soir, ces barbares, c’est le plus bel âge qu’ils ont assassiné. Mais depuis samedi matin, où le monde s’est levé grogui, saoûl et meurtri, j’ai vu le pouvoir de résilience, la force et l’espoir qui nous animent quand on a l’âge qu’on a. J’ai vu tant d’amour, tant d’amour ! Je n’ai pas les mots pour dire aussi bien que d’autres cette rage d’exister quand bien même on ne sait pas où tout ça va nous mener. Mais pour sûr on va s’aimer comme des dingues, on va lire, s’informer, prendre la parole, échanger dans le respect de l’autre, critiquer, on va prendre le temps d’apprendre, de mettre les faits en perspective avant de foncer tête baissée, apeurés, on ne va pas céder à la violence, on va garder les yeux grands ouverts, ne rien occulter et continuer d’accorder notre compassion non pas qu’à Paris mais à la Terre entière. On continuera à s’engager pour nos idées, on fera de notre mieux, chaque jour, on avancera pas à pas. Parce qu’on n’en veut pas de cette guerre, les gars, on est bien plus forts que ça.

Life lately – Oscillations

Un mois de condensé d’amour, de frustration, d’étincelles, de grands frissons, de souffles courts, d’espoir et de désillusion. Un mois pour apprendre à nager sans bouée, un mois pour dépoussiérer mes ailes, un mois de journées décousues et pleines à ras-bord, un mois sans sommeil, un mois pour ré-apprendre – inlassablement - à m’écouter. Un mois d’une tête qui se prend pour un théâtre sur la scène duquel s’enlacent et se déchirent questions futiles et essentielles, joies tenaces ou passagères, peur au ventre et ventre noué, coeur battant et hauts-le(s)-coeur(s). La vie en concentré. Septembre m’a prise dans son étau et je l’ai laissé faire, abandonnée à ses heures élastiques et à son ciel changeant, confiante, crevant d’envies mais prudente. Il y a eu ces soirs où, poitrine opprimée par des fantomes sans noms, j’ai cherché le sommeil au-delà de l’heure la plus noire de la nuit, anticipant, ressassant, fabriquant mille-quatre-cent-seize idées par seconde. Il y a eu ces matins où, cernes violettes et le corps délesté, j’ai fait le compte de tant de belles choses à venir. Dans l’entre-deux, c’était le goût brûlant de la valériane, du curcuma, du thé noir et de la menthe séchée, l’odeur de la pluie sur la ville et celle, qui me remue toujours, du froid que les gens venus du dehors portent sur leurs peau et leurs manteaux et qu’ils traînent vingt-trois secondes dans leur sillage une fois en dedans. Et si tout s’emmêle, si Octobre m’accueille en son sein comme on recueille un oiseau qui, tout juste échappé de sa cage a voulu trop étreindre et trop vite la grande liberté, je m’enivre chaque jour d’un bonheur véritable et, Ô grands dieux !, je ne regrette rien.

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PS : J’ai eu la chance d’écrire quelques mots pour le magazine Simple Things ce mois-ci, c’est pas fou ça ?

Lumière, luz, nour, lūmĭnare

Elle m’a parlé d’ombre et de lumière, de ce que l’on voit, de ce que l’on devine et de ce que l’on tait, j’ai trouvé son idée belle et moi bien incapable, elle m’a dit quand même « dimanche soir ? », j’ai dit « dimanche soir », on a dit « on verra ». (…) Depuis les toits, le ciel rose, les fenêtres ouvertes, l’air frais de septembre, un pied d’arc-en-ciel expiré par la ville là-bas, en bas. (…) Sur la pointe des pieds, perchée sur une chaise, je décroche quelques mètres de voie lactée, elle tourne et s’enroulent alors sur sa peau des fragments de lumière. Et quand on plonge la pièce dans le noir, qu’il n’y a là plus qu’elle qui brille comme de l’or, je recule de quelques pas, presse mon index sur le déclencheur et l’on comprend qu’on a fabriqué là quelque chose de beau, de mystique. Quelque chose de grand.

Merci ma V. de me faire donner le meilleur de moi-même. Belle route, Hastanour, et bon vent.

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