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28 ans en escale à Copenhague

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Pour la seconde année consécutive, j’ai franchi le cap de mon anniversaire à quelques milliers kilomètres de chez moi et, comme je le lui ai écrit tout à l’heure, je crois que j’adore ça. Partir à l’assaut d’une ville inconnue, s’octroyer des petits plaisirs et des grandes indulgences en l’honneur de ce jour-là, respirer le grand air, prendre le large, c’est un amalgame de composantes et de circonstances qui ne s’oublient pas. Chargés de nos valises dans les mains et étalées sous nos yeux, on s’est surpris à faire naturellement de cette escale forcée une parenthèse en ouate, juste tous les deux, avant la grande échappée. Et j’ai le vertige à l’idée de traverser l’Atlantique à dos d’avion pour la première fois depuis sept ans (où diable le temps a-t-il filé ?), de regarder bien trop de films pour passer le temps, de serrer mon frère dans les bras et d’explorer cette ville qui est devenue, par apprivoisement mutuel, sa nouvelle maison.

* Pour les bonnes adresses à Copenhague, faites confiance à Överways grâce à qui on a atterri dans le très joli café Big Apple ce dimanche. Je vous conseille également le Gourmet Market à deux pas du métro Nørreport où vous trouverez entre smoothies, pizzas, harengs et plats véganes votre bonheur à tous les coups.

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Aux jours à venir

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Dans cette course folle à la performance dont je suis la première victime consentante au milieu de presque tous les gens du monde, je me suis écorchée les coudes pour le meilleur je crois. J’ai apprivoisé pour de bon l’idée que je ne serais jamais celle qui excellerait partout à la fois et c’est un sacré masque ôté à mon histoire, croyez-moi. Figurez-vous que mon coeur et ma raison étaient tant affairés ailleurs que j’ai égaré mon envie de créer pour le plaisir, que j’ai oublié comme j’aimais partager mon quotidien en images chaque jour, que j’ai oublié comme j’aime vous retrouver au travers des mots. Oublié, l’enthousiasme, là comme ça, un beau matin. Pas par tristesse, pas par vide, simplement parce que mes jauges étaient trop pleines à craquer dans d’autres dimensions de ma réalité. Mais la vie m’a appris une sacrée parade pour laisser le temps prendre son temps – et Dieu sait qu’il en faut pour retrouver l’équilibre à chaque grand chambardement – : la certitude que tout évolue, que tout passe, que ces petites contrariétés ne prennent pas racines si on y accorde un peu de patience et de volonté. J’ai beau admirer ceux et celles qui performent sur tous les fronts simultanément, j’ai fini par admettre que je ne suis pas capable de paver les routes de deux mondes à la fois. Et ça me va. C’est un peu ma manière alambiquée de vous dire que si j’ai pris mes distances ces derniers mois, c’est pour le meilleur et qu’on ne devrait jamais faire tout un plat de ces choses-là. Ni même un paragraphe déjà bien trop long pour ne raconter que ça, mais on ne me changera pas.

Demain je m’en vais en voyage, est-ce que ça vous dit que je vous emmène avec moi ?

Vulnér(h)abilité

Coffee-2C’était comme avoir éprouvé février à travers une vitre sale, mouchetée du sable déposé par la pluie, brouillée par l’érosion du vent d’hiver. C’était comme une injonction à nous tourner vers nous, à prendre le temps de nous sonder en dedans, à prendre toute la mesure de ce qui nous attend. Jamais le mois le plus court de l’année ne m’a semblé aussi long, avec ses nuits d’insomnies et ses heures étirées, avec ses joies intenses et ses tourments insaisissables, si vifs, incontrôlables. Février c’est aussi déterrer comme un trésor cette nécessité étouffée : j’ai tant besoin des autres, de bras, de mots, de cafés calés, de mes chers amis près de moi. Dans un même geste (lent, très lent, lent comme des jours et des mois et des années peut-être), je dépose mon masque d’albatros affranchi et crains la fragilité qui va de concert avec ce doux jeu-piège dans lequel j’accepte enfin de me glisser. Me voici, entièrement et pleine d’aspérités, me voici à l’aube de cette vie qui s’annonce, me voici dévorée – enfin ! – par le besoin de vous.

Là où tout recommence


BDS-2A 16h, j’ai fermé mon livre après avoir jeté un coup d’oeil par la fenêtre. Le ciel se teintait de rose et on pouvait voir le soleil descendre, ce géant, sur les toits des maisons de l’autre côté de la baie. J’ai enfilé mon manteau, j’ai poussé sur le bouton de l’ascenseur et je suis sortie dans le froid des derniers rayons de l’année. A 2016 moins quelques heures, le monde se pressait sur la promenade qui longe la plage. La marée haute avait contraint le petit monde à se serrer sur ce qu’il restait de sable et je suis restée là, perchée sur le muret et les jambes comme nues, à regarder le ballet des bonnets et les cerfs-volants flotter dans le vent sans effort. Pour la première fois, on fêterait la nouvelle année loin de la ville, en immersion dans ce qu’ils appellent le Nord bien au Sud de chez nous, et c’était très bien. A chacun de mes passages en bord de mer me reviennent ces mots que j’avais écrits sur une plage plongée dans le noir l’année de mes dix-sept ans, « Je n’ai jamais vu de ciel plus grand qu’ici », et qui me font toujours vibrer en dedans.

Le premier jour de 2016, on a ouvert les yeux sur la mer, on a marché sur le haut des falaises le dos voûté à contre-vent, on a imité les mouettes en rigolant, on a vu les vagues avaler des châteaux, on a tapissé nos ventres d’air salé et, devant une soupe à l’oignon, on était d’accord pour dire que cette nouvelle année ne pouvait pas mieux commencer.

An2-1BDS-1Merci pour vos pensées suite à l’article de mercredi dernier. Pour une fois, je ne répondrai pas à vos commentaires un à un mais sachez que ces petits mots me touchent beaucoup. Vous êtes précieux vous savez.

On n’écrit pas

0ede5c2e1f1298794eacba6c53c50a89Sur le calendrier, la case de demain reste vide, on n’écrit pas la mort dans un agenda. On n’écrit pas l’ambivalence des sentiments, le mélange étrange de chagrin, d’amertume et de soulagement. On n’écrit pas l’amour-combat d’une enfant-mère et la force de son sourire inébranlable demain pourtant, on n’écrit pas qu’on s’aime un peu plus fort dans les cimetières. On n’écrit pas que les enterrements, toujours, nous font mourir un peu pour nous donner l’envie d’aimer la vie comme des fous. On n’écrit pas l’ordre des choses et l’amour dont on a manqué, on n’écrit pas ceux qui creusent des douves sans pont-levis tout autour de leur coeur, on n’écrit pas l’oubli petit-à-petit des visages, des prénoms, de la vie. On n’écrit pas le regard de ceux qui semblent n’avoir jamais vécu vraiment. Ou alors il y a longtemps. On n’écrit pas la bienveillance maladroite des jours passés, qui étiez-vous vraiment ? On n’écrit pas qu’on se serrera plus fort, qu’on rit toujours un peu juste après les adieux.

(Edit : Je ne voudrais pas vous inquiéter, ce n’est là que la vie qui va son cours, sans injustice aucune. Memento mori, et vivons en conséquence. Pensons à ne pas laisser nos coeurs traîner par terre en vieillissant, soyons – quoi qu’il en coûte – toujours bienveillants.)