Listen & Talk

Echos

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Qu’est-ce donc que l’infini sinon une tentative de délimiter en six caractères ce qui n’a pas de limites, ce qui se soustrait à tout modèle, ce qui échappe à notre manière de penser l’univers ? Que sommes-nous sinon un mélange d’énergie et de matière, des amas de cellules doués d’intention, d’imagination et d’attraction, glissant sur le fil d’une toile – vibrante ! – chargée des émotions de tout un monde ? Tout vibre, résonne et se répond : ferme les yeux et écoute, le silence est sonore.
 
On sait l’impuissance de nos savants les plus fous à élaborer la formule du sacro-saint Sens de l’existence. Mais on poursuit cette quête fondamentale, obstinés depuis la nuit des temps, poussés par le besoin d’embrasser, d’apprivoiser, de comprendre ce qui dépasse l’entendement. On sait qu’on mourra – est-ce que mourir c’est disparaître ? – avant d’avoir tout su, avant d’avoir tout vu. On dit « C’est humain ». J’ajouterai « C’est vertigineux, grisant, magnétique ». Et, à la fin, tu sais, je serai heureuse d’avoir vécu.

Nuit de juin, la vie derrière, la vie devant.

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Qu’est-ce qui importe, au juste, que reste-t-il agrippé à nos peaux jusqu’au creux de nos nuits ? La brise sur ton visage, le vent dans les rideaux gris et la lumière qui se faufile à travers cette danse de coton, qui colorie tes traits à l’aquarelle. Changeants. Elle danse, la flamme du grand soir ou du petit jour, elle valse sur tes paupières et dégringole le long de tes joues pleines. Tes grands yeux bleus se plissent, ton rire m’inonde, pur et vibrant – entier, mais comment pourrait-il en être autrement ? Scène triviale, tableau commun, épisode du quotidien. Allongée sur le parquet, je respire ta peau que je connais par coeur et, tout me semble tellement merveilleux soudain, quand s’arrête la cacophonie dans ma tête et que seuls restent en dedans le silence et la conscience. De notre richesse à tous les trois. De ce qui compte pour moi. De la fugacité de cette vie-là. Il se pourrait, tu sais, que j’aie ce soir encore un peu de sel au bord des yeux.

Nuit de juin, la vie derrière, la vie devant. Donne-moi ta main, rends-moi plus sage, donne-moi le temps.

Notre ailleurs pas bien loin

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Deux jours avant la naissance de Tim et quatre jours après ma sortie de l’hôpital, on refermait la porte de notre ancien appartement dans lequel nous avions vécu plus de cinq ans pour déposer nos cartons dans des murs rien qu’à nous six-cents mètres plus loin. Grisés par la perspective du nouveau chapitre qui s’annonçait, on a dit au-revoir aux plafonds hauts, à la baignoire derrière la tête de lit, au sol en damier de la terrasse, aux sons régulier des voitures qui s’engouffraient dans la rue à sens unique et on a dit bonjour à la vue sur les grands arbres verts, à la rue pavée et aux petite chambres baignées de lumière. Ce n’est presque rien. Six-cents mètres. C’est vertigineux.

La vie étant ce qu’elle est, espiègle à souhait, les sourires, les areuh et les pleurs ont vite (très vite) pris toute la place, si bien que le petit appartement est à ce jour décoré de plus de souvenirs denses qu’il ne compte de peinture et de cadres aux murs. Et s’il n’y a pas encore de rideaux aux fenêtres, c’est peut-être parce que l’on est trop occupés à ré-apprivoiser ce quartier qu’on pensait déjà avoir appris à aimer. Parce que depuis que je suis maman, je connais le prénom de la pharmacienne et elle connaît celui de mon bébé, je boude la voiture, je vais chez la pédiatre, (bientôt) à la crèche, à l’épicerie à pieds, je charge mes courses dans la poussette et on se rend comme avant au même marché le dimanche matin pour manger les meilleures ciabattas du coin et des boules aux raisins. Si je craignais de rester cloîtrée en dedans avec mon bébé d’hiver, mes doutes se sont vite dissipés et je découvre depuis octobre le bonheur des balades quotidiennes, par tous les temps, par tous les vents. Tantôt porté collé-serré contre mon coeur dessous le parapluie, tantôt roulant sur les trottoirs cabossés, j’emmène mon petit nez rose aux grands yeux curieux braver les éléments à travers les parcs et les bosquets et ça nous fait le plus grand bien. Quelle chance de pouvoir percevoir le théâtre du quotidien sous un nouveau jour, là où ce n’est plus-tout-à-fait-la-ville-mais-quand-même, quel délice, dites, de faire son nid dans un décor ami et d’apprendre à respirer autrement – en plus grand ! – entre les arbres familiers.

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Naître mère : les huit premières semaines (ce que j’aurais aimé qu’on me dise)

naitremereIl y a quelques jours, Tim a eu trois mois. Trois mois d’amour, de progrès, de doux moments, trois mois d’un grand bonheur vertigineux. Mais pas seulement. Si le troisième mois a été marqué par tout ça, essentiellement, les huit premières semaines (de la troisième à la huitième précisément) ont davantage été le théâtre d’une extrême fatigue, de questionnements, d’un vague sentiment d’impuissance, de tensions et même de chaudes larmes de temps en temps. Le plus spectaculaire ascenseur émotionnel que j’ai expérimenté jusqu’à présent. Au cœur de cette petite tempête, je me suis sentie tour à tour extrêmement seule, en proie aux doutes, prise d’une grande culpabilité, au bout du rouleau, désemparée et, surtout, pas à la hauteur du stéréotype lisse et solaire de la jeune maman pleinement épanouie que j’avais fabriqué dans ma tête. Moi qui suis sortie de la maternité soulagée, heureuse et pleine de confiance, je me suis retrouvée petit à petit enlisée dans un quotidien difficile à vivre tant sur le plan physique qu’émotionnel. Ce qui me sauvait la peau chaque jour n’était autre que la certitude que tout cela n’aurait qu’un temps, que « dans un mois, deux tout au plus, tout sera différent ». C’était vrai. Du moins, ça l’a été pour nous.

Jamais je ne m’étais attendu à ce que devenir parents soit facile. Mais jamais je n’avais imaginé que ça puisse être certains jours si difficile.

Et si je devais mettre le doigt sur la raison principale qui a rendu toute cette période plus compliquée, ce serait : parce qu’on n’en parle pas assez. Ce n’est qu’après coup, en en parlant avec des copines déjà mamans, que j’ai réalisé que j’avais été moins seule que je le pensais. Elles ont toutes douté, pleuré, sont tombées de fatigue, ont regardé leurs bébés le cœur gonflé d’amour avec le sentiment pourtant de ne pas le comprendre. Elle était cachée là la maternité brute et sans fards, dans le cœur des mamans qui ont oublié à quel point ça avait pu être difficile les premiers temps. Aujourd’hui que nos rituels sont installés,  que les crises de pleurs inexpliqués ne semblent être plus qu’un mauvais souvenir, que mes nuits ne sont plus découpées en dix morceaux et que j’ai retrouvé toute mon énergie, j’écris cet article comme pour tenir une promesse faite à mon moi d’il y a quelques semaines qui s’était juré d’en parler afin de, qui sait, soulager un peu celles qui traverseraient un tourbillon similaire avec cette impression de n’être « pas assez ». A celles-là, voici ce que j’aimerais dire : (suite…)