Daily sprinkles

Avril, les gens au savon et les magnolias

springAvril, déjà. Il y a un an tout pile, je vous confiais « Je n’aime aucun autre moment de l’année, je crois, plus fort que le mois d’Avril ». Trois-cents-cinquante-cinq jours plus tard, rien n’a changé, Avril reste du fond du coeur mon mois préféré. Si aujourd’hui il fait gris, s’il vente et s’il pleut, nos peaux gardent en mémoire la douceur d’hier. On aurait pu, ce matin, bouder le nez collé à la fenêtre en regardant les gouttes tomber mais on sait si bien que l’hiver, cette fois, est passé pour de bon que ça suffit à nous coller l’optimisme à la colle très-très-forte sur le bout du nez. Ca suffit les bras croisés, les mains au fond des poches et les yeux cachés sous le capuchon. Ca suffit de courir après le bus qu’on voit arriver de loin, la perspective du printemps revenu nous a rendu la patience du « File, seulement, je prendrai le prochain ». Dans le bus, justement, cette dame aux cheveux blancs qui me raconte sa collection de polars autographiés et me demande « Il est bien, le livre que vous lisez ? » alors même que, vraisemblablement, il y a sous mes yeux Chapitre 1 page 3, « Ah, ça, désolée, je ne sais pas ». Sur le chemin du travail au petit matin, j’aime les gens qui sentent le savon, comme si on les avait suspendus toute la nuit par une pince-à-linge sur un fil tendu en pleine campagne après avoir pris un bain au lavoir du village. J’aime tout autant l’ail des ours qui recouvre à perte de vue le sol des sous-bois, les pieds qui battent la forêt, les kilomètres avalés et puis, bien sûr, les bières locales à l’arrivée. En Avril, j’aime les rues bordées de cerisiers en fleur, jonchées de pétales roses à la première ondée. J’aime les magnolias qui fleurissent timidement et l’odeur du grand lys qui embaume tout l’appartement. C’est tout ça, Avril, pas que, pas tout mais c’est « déjà » ça.

Que c’est bon de prendre à nouveau le temps de vous écrire dans le tumulte des jours qui passent à la vitesse de la lumière interstellaire. Et si je vous disais que de belles choses pointeront le bout de leur nez dès lundi chez Célie et ici, est-ce que ça vous mettrait la puce à l’oreille ?

D’ici là, passez un très beau week-end et je vous retrouve, comme tous les dimanches, pour la petite sélection du web sur la page Facebook du blog. Vous y serez ?

Des bisous ! Prenez soin de vous !

Daily sprinkles °9

La lumière qui s’en vient chaque matin un peu plus tôt et s’en va chaque soir un peu plus tard redonne du sens aux images de tous les jours. Le nez collé à la fenêtre, j’attends le printemps.

daily9daily3 daily1daily6daily12daily4daily10daily8 daily7

 

2015, si je veux.

2015-1Quinze jours de silence pour réapprendre à dormir jusqu’au zénith, pour se retrouver presque chaque soir les corps serrés sur de nouveaux canapés, à s’échanger des cadeaux choisis avec le coeur, à trinquer à nos minuscules victoires les joues rougies par le feu dans la cheminée, à se serrer les coudes le long des grandes tablées, à rire beaucoup, à rentrer dans le noir encore étourdis par la fête, à lui dire « on est tellement chanceux d’être si bien entourés, j’aurais pu pleurer de bonheur de nous voir là, tous en vie et joyeux », la vérité. Des jours à écouter des chants de Noël bien trop fort, à sauter sur le lit avec, sur le dos, plus de peau que de vêtements, des jours qui s’étirent lents, gris mais si doux, des jours impatients, des jours longs comme une trêve, des jours ronds comme un drôle de rêve.

Et puis, sans qu’on ait eu le temps de comprendre comment c’était arrivé, 2015 a fait sa grande entrée. Mon penchant pour les années impaires conjugué au bilan en demi-teinte de l’année écoulée me poussent à confier à celle qui vient quelques espoirs raisonnables même si – dois-je le déplorer ? – j’ai cessé de croire que l’on pouvait profiter de chaque début du monde pour, l’air de rien, tout recommencer. 2015 « si tu veux », son poétique hasard a eu raison ce soir-là de mon indécision. J’échafaude des plans pour trouver la force d’escalader des montagnes – et tenter de vaincre cette cruelle peur du vide en premier -, tour à tour on déroule nos listes de bonnes résolutions autour d’un thé à la menthe et d’un bol de café, je rêve d’Ailleurs sans savoir exactement comment l’explorer, je lui parle à moi-même de mes petites intuitions, il écoute mes tartines sans sourciller tandis que ses yeux me renvoient à mes propres virages : « Girouette, girouette, girouette ! ». En finit-on un jour vraiment pour de bon avec nos mirages ?

En 2014, j’ai aussi écrit par ici sans me douter une seule seconde que vous seriez chaque jour un peu plus nombreux à lire mon journal d’images et de petites bribes. Rencontres réelles et virtuelles, commentaires ou messages sincères et touchants, jolis échanges sont les témoins de l’établissement tacite d’une petite communauté envers laquelle je suis extrêmement reconnaissante aujourd’hui. Il y a de cela près de cinquante ans, Jacques Brel souhaitait à tous de « ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable ». Et comme c’est une honnête manière de vous remercier que de vous souhaiter le meilleur pour cette année, je vous souhaite dans la foulée d’étreindre sans compter tous les corps bienveillants à votre portée, d’explorer l’étendue insoupçonnée de vos capacités, d’avoir le courage d’apprivoiser vos petits tourments et de laisser tomber les masques plus que de temps en temps, de vivre à coeur ouvert, à corps perdu et puis d’aller voir la mer, si vous avez le temps.

Belle belle belle année à tous !

2015-102015-32015-22015-72015-42015-52015-11

En Automnie, il y a.

dailysprinkles_13Soixante-quatre jours passés en Automnie, le temps de rien ou d’une toute petite vie. Cette année « C’est décidé », je ne lutte pas contre le soleil qui s’en va chaque jour un peu trop tôt, ces derniers mois riches en apprentissages m’ont appris entre les lignes à chérir toutes les saisons. L’automne aux couchers de soleil aquarelles, aux collants noirs, aux robes courtes et aux petites bottines, l’automne aux feuilles plus grandes que nos visages, aux doux dîners qui s’éternisent, à Elle qui nous dit « Dessinez sur cette feuille blanche tous vos rêves », aux yeux qui brillent en se racontant, aux corps qui s’enlacent en partant. L’automne théâtre de ma plus grande bataille – la plus silencieuse pourtant -, l’automne doré qui prend le temps, les heures passées le nez dans le four et les repas où rien d’autre ne fait plus envie qu’un grand bol de céréales, comme avant. L’automne aux amours qui se scellent et à d’autres qui se délient, l’automne tour à tour promesse et vertige, l’automne « n’as-tu jamais eu peur de devenir fou ? » et puis l’automne un petit peu flou. Enfin, en Automne, il y a les livres qui se succèdent entre mes doigts, les allumettes craquées sous prétexte qu’il s’agit là de « la meilleure odeur du monde », les pieds froids au fond des draps et ses cheveux bouclés qui rejouent, coeur de tempête, sur le haut de sa joue « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh. C’est comme ça.

dailysprinkles_4 dailysprinkles_5 dailysprinkles_7 dailysprinkles_8 dailysprinkles_9

Le grand parc, la lumière d’or et les poneys-poulains

ChateaudelaHulpe8Hier, après le thé, les livres et la courge à la cannelle, on a pris nos manteaux et roulé jusqu’au parc au château, au parc bon chic bon genre, où les pulls à coudières et les pantalons rouges, roses, verts défilent bien alignés sur le gazon. Si ce parc abrite nos pique-niques de juin à septembre depuis une poignée d’années, jamais, il me semble, nous ne l’avions foulé si loin de l’été. La lumière était tellement incroyable en ce milieu d’après-midi, le soleil si bas, les ombres si longues et les arbres si colorés que nous échappions rapidement et sans même le chercher à toute temporalité. Et tandis que nous desserrions nos écharpes et déboutonnions nos manteaux, nous nous entendions dire pour la dixième fois depuis deux mois, « Ce sont là nos derniers beaux jours avant de plonger dans le véritable hiver ». L’automne est si clément cette année qu’il nous ferait presque oublier qu’il nous reste encore des petits matins gelés à traverser – qu’elles viennent, seulement, ces aubes blanches cachées dans le noir des jours trop courts, j’ai préparé ma toque et mes pantoufles fourrées, Tino Rossi devrait bientôt se remettre à chanter.

(…) Plus tard, passant devant l’enclos aux équidés, une petite voix s’écrie « Un polain ! », à quoi son père lui répondit que, entre un poney et un poulain, il allait falloir se décider à la fin.ChateaudelaHulpe2ChateaudelaHulpe1ChateaudelaHulpe4