Daily sprinkles

Life lately – La nébuleuse

Ces jours-ci, j’ai vu par la fenêtre du bus des fils électriques filer comme des ondes, treize mètres par treize mètres, des vagues artificielles qui zébraient le ciel, j’ai vu un monsieur ranger son vieux livre jaune dans une pochette en plastique à l’arrivée du métro, j’ai vu des saules pleureurs tristes comme des pierres, dépossédés par l’automne de leur majesté. J’ai souvent collé l’oeilleton de mon appareil-photo contre mon oeil droit, j’ai éprouvé une tendresse profonde pour l’amour d’une maman pour son bébé heureux, il y a eu dans leur salon baigné de lumière Ella Fitzgerald et des tasses de thé, et quand les journées m’ont filé entre les doigts, quand la manque de lumière a fait mine de me consumer, j’ai fait brûler des bougies tout le jour et j’ai écouté Ella, encore, j’ai pas pu m’empêcher, jusqu’à m’octroyer le plaisir interdit des mélodies des chants de Noël pour la première fois de l’année. Jamais les jours ne m’ont semblé si courts, si troubles et nébuleux, je passe mes semaines en suspension dans un nuage flou mais tant qu’on avance, toujours, oui tant qu’on avance, alors tout va bien.

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Atterrissage

Retour4Mille sept-cents kilomètres à vol d’oiseau, à vol d’avion, deux heures quarante dans le ciel noir et un fuseau horaire plus tard, les dix-huit jours de vacances s’achèvent sur le tarmac de l’aéroport. Chassé-croisé de vacanciers à la peau dorée et des voyageurs cernés qui cherchent le sommeil dans le hall immense dans l’attente d’un départ à l’aube, ouverture des portes vitrées automatiques, l’air frais sur le visage, se prendre l’automne en face, frissonner un peu, les embrassades « merci d’être venue nous attendre si tard, oui c’était chouette, tout va bien chez vous ? je t’ai ramené des sardines, comme promis, il fait un peu froid, on y va ? », l’autoroute dans la nuit, soulever les valises une dernière fois, « à bientôt, bonne nuit », la chair de poule sur le trottoir, la clé qui tourne dans la serrure, se déshabiller à la sauvette, les paupières qui brillent de fatigue, grelotter sous la couette, « je vais chercher la couverture », c’est l’automne, bonsoir Septembre, qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire de nous, l’ami ?

Je pourrais venir vous parler de l’odeur de Porto, de la vue de Lisbonne depuis l’autre côté du Tage, des souvenirs intacts de cette ville espagnole où j’ai vécu et dont j’ai foulé à nouveau les pavés pour quelques heures, du vertige étrange quand j’ai réalisé que sept années depuis avaient filé – mais où donc s’en sont-elles allées ? -, du son de la guitare et du chant tragique d’un homme en chemise blanche dans un bar de Séville, de l’accordéoniste aveugle qui jouait Yesterday dans la nuit en dessous de notre balcon, je pourrais vous raconter le vent de l’Atlantique et des pulls qu’on enfilait le soir, le cri des mouettes et la poussière des magasins d’antiquités, les sourires et l’humanité des gens de là-bas, le goût des pastéis et du café allongé au petit-déjeuner, le son de nos verres qui trinquent à l’heure de l’apéro, je pourrais continuer en vous parlant des azulejos qui s’accrochent à toutes les façades, de l’odeur de la morue salée chez l’épicier, des vaches rousses dans les paysages arides de l’Extrémadure et de l’Alentejo, de la beauté des oliviers qui s’étendent à perte de vue, en pointillés, de l’odeur de la lavande et des kilomètres parcourus bien trop nombreux pour être raisonnables. Mais, au fond, tout ça nous appartient et rien, par ailleurs, ne vaut les impressions écrites en immersion. Or, cette année, je n’ai presque pas écrit en voyage, pas moins que je n’ai fait la chasse aux plus beaux clichés. La vérité, c’est que j’avais besoin de prendre du recul, du vrai, pour mieux respirer. Et ça n’a pas manqué. J’ai souri, j’ai embrassé, j’ai beaucoup réfléchi, j’ai eu peur, j’ai ri et même un peu pleuré.

Mais puisque j’ai inscrit ces derniers jours plus de points d’interrogation que de points-tout-court dans mon carnet de bord, on va laisser de côté les histoires de city-guide et les images de voyage idéalisé, je viendrai à la place de tout ça vous raconter des histoires, des vraies, je viendrai partager avec vous les questions qui me taraudent et les valeurs qui me remuent. On parlera d’amour, d’atmosphère, de musique, du silence, du grand air, on parlera d’avenir, on parlera au présent.

Vous savez quoi ? Je suis heureuse de vous retrouver. J’espère que la rentrée, réelle ou symbolique, s’est passée comme vous l’espériez. On se retrouve vite, c’est promis. D’ici là, couvrez-vous bien ou profitez des derniers vrais jours d’été, et croisons les doigts bien fort pour revoir le soleil briller bientôt sous la latitude 50° Nord. Des bisous !

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Le temps de.

Le temps de l’été qui va qui vient, le temps des cerises qui ne durera pas, le temps de trop de choses à faire et de bien trop peu de temps pour les mettre dedans, le temps de la trace de la montre au poignet, le temps des cheveux qui s’éclaircissent, le temps des mariages, le temps des parcs, le temps des terrasses, le temps de l’amorce d’un grand revirement de bord, le temps de se donner les moyens d’y croire. C’est tout. (C’est beaucoup.)

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Mai

Mai, le printemps en sursis, les matins frais et le grand vent, le poids des deux couettes encore sur nos corps la nuit, la belle saison qui prend place doucement sur les étals des marchés, les premières bonnes fraises, à l’approche de juin les toutes premières myrtilles, les week-ends remplis à craquer, les vêtements qui sentent le graillon, des lundis un peu fatigués, un avenir professionnel en forme de point d’interrogation, la plume qui me chatouille, l’envie si forte de ne plus vivre en cage, l’appareil photo vissé à la main plus que d’ordinaire, photographier Alice revenue de voyage, photographier ces filles-là réunies autour d’un ventre rond, recevoir des surprises à l’érable tout droit venues du Canada, prendre la route sur un coup de tête pour quinze kilomètres de balade dans les tourbières, les heures passées en cuisine sans voir l’horloge tourner, les soirs à la menthe poivrée, réserver deux billets d’avion pour le Portugal cet été. Le quotidien, en (…).

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