Daily sprinkles

Depuis ce jour.

tim-3

Deux semaines, dix-sept petits jours aux allures d’éternité. Quarante jours durant, j’ai entendu battre ton coeur minuscule matin et soir couchée sur mon lit d’hôpital, j’ai senti ton dos se soulever dans la paume de ma main et attrapé tes pieds qui chatouillaient mes côtes, j’ai passé des heures dans le noir à dessiner sur ma propre peau les contours de ton corps. J’ai tremblé pour toi, j’ai cru en toi, je t’ai aimé si fort. Allongés côte-à-côte sur les draps blancs, on a imaginé mille fois ton visage, tes yeux, ton nez, ta bouche et puis tes cheveux blonds. Mais la vérité c’est que rien au monde n’aurait pu nous préparer véritablement à toi, à l’odeur de ta peau, au son de ta voix, toi qui est né si paisiblement, à ton regard éveillé encore couleur d’ardoise, à tes traits qui s’affinent et s’affirment de jour en jour, à tes paupières teintées de rose quand le sommeil t’emporte, à tes joues pleines d’avoir bu de tout ton saoul, mon bébé. Non, vraiment, rien n’aurait pu prévoir l’ouragan qui nous a saisi au plus profond de nos chairs quand ils t’ont posé sur ma peau et qu’on a vu ton visage pour la première fois.

J’aimerais te dire comment la maternité s’est immiscée en moi ce dix-sept septembre comme une évidence, combien cet instinct de protection me bouscule et chahute de fond en comble notre équilibre et l’ordre de nos priorités. Ce soir, tu dors à côté de moi dans le canapé, d’un sommeil agité par des rêves sans images mais peuplé de sensations étranges et nouvelles – l’oxygène dans tes poumons, les sons, les ombres, le froid, le vent. Et puis le silence de la nuit à apprivoiser, aussi. Ce soir, il y a des tétras semés comme des cailloux à travers l’appartement, une pile de vaisselle sale dans l’évier de la cuisine et un reste de repas frugal avalé entre un calin et un lange à changer. Ce soir, il y a l’odeur du lait sur mes vêtements, mes cheveux ramassés en un chignon froissé, mes cernes qui témoignent de nos longs tête à tête nocturnes et ce sentiment que le temps, déjà, nous file entre les doigts. Mais ce soir il y a surtout mon coeur un peu plus vaste qui bat un peu plus fort quand je te regarde dormir et dans l’air cet amour inconditionnel qui nous fait, ton père et moi, nous sentir plus forts et plus grands.

Est-ce que tu sais tout ça, mon Tim, est-ce que tu le sens ?

tim-4tim-5sieste-2

La bonne étoile

Etoile3-1Ce mois de juillet 2016 a pour moi une saveur toute particulière. Les jours se succèdent sans crier gare, la chaleur emprisonne la ville d’un cocon sourd, mes nuits sont courtes, bien trop courtes, je rêve de m’évader loin en pleine nature tandis que j’économise, le souffle court, la force physique qu’il me reste et compte chacun de mes pas. Et dans ce va-et-vient, entre sérénité, attente et envie, il y a cette impression qui rythme cet été doré : je navigue ces jours-ci sous une bonne étoile. Jamais auparavant la joie n’avait autant débordé, humide, de mes yeux. Jamais je n’ai aimé si fort et sans condition. Je leur répète, comme un disque fou, qu’on en a de la chance même si au fond de moi je sais – j’en ai la certitude – que l’on ne doit pas grand chose au hasard.

(…)

Des mots jetés là en désordre il y a deux semaines déjà, quand on vivotait de ville en ville, qu’on fêtait jusque tard dans la nuit tout ce bonheur d’être bien dans nos vies entourés de nos précieux amis. Aujourd’hui, je bénis la légèreté de ces mois denses qui rend plus supportable l’immobilité, l’incertitude et les heures lentes. Et je maintiens tout, je n’efface rien : elle brille toujours au-dessus de nos têtes, la bonne étoile. Alors un jour après l’autre, j’avance et j’apprends, puisque tout ira bien – c’est certain – à la fin.

(Merci pour tout le soutien reçu sur Instagram ces derniers jours, vous êtes des amours.)

Etoile4-1Etoile6-1
Etoile7-1Etoile5-1Etoile1-1

Life lately – Juin, après le jour

Lifelately1-1

Nuit de juin, des années plus loin, le même parfum enivrant des chemins de terre et des trottoirs fumants, celui de l’orage après la torpeur d’un jour noyé sous un soleil lourd. On se faufile à travers les heures, on savoure les soirs clairs, les glaces et puis les fraises, on arpente les rues d’une ville étrangère pieds nus dans de vieilles sandales et le goût de lire, peu à peu, me revient. Cinq mois que tu grandis en moi, et que mon coeur s’est mis à grandir à l’unisson avec toi. J’aimerais te raconter, déjà, la saveur particulière de ces vendredis où, après t’avoir aperçu mon tout petit, les joues encore rosies par l’eau salée de ma joie qui déborde un peu, on s’attable autour d’un petit-déjeuner de roi tous les deux – tous les presque trois. Un jour, bientôt, je te raconterai comme on s’aime à t’attendre, je te lirai Rimbaud en juin, en janvier, en novembre, on t’emmènera sentir à l’aube des vendredis l’odeur du café et celle des croissants chauds, même sous la pluie, même aux jours les plus sombres de l’hiver, on ira. Mais déjà ta présence s’impose dans chaque recoin – elle a la forme du coton blanc – et apaise mon impatience à te serrer contre moi.

fields_gold-1
Fraisess-1

Fraisessss-1

Life lately – (Re)naissance

Avril_3Avril_8Avril_9Bio_Bruxelles

Loin d’être la seule à penser de la sorte, à en croire des conversations entre amis et des bribes lues çà et là, j’ai toujours considéré le mois d’avril comme le vrai commencement, janvier n’étant qu’un leurre pour nous faire patienter jusqu’aux premiers bourgeons. Tous les ans je vous sers la même rengaine et aucune année n’a failli jusqu’ici à me donner raison. Avril les manteaux qui tombent et les soirs qui s’allongent, la vie qui surgit des arbres qu’on avait pris pour morts, avril le mois de ma naissance, c’est d’une logique implacable : ils sont là mon début, ma table-rase, ma page blanche. (…) Avril, c’est aussi la reprise des rencontres par appareil-photo interposé, j’annonce officiellement le début de la saison de cette seconde facette de mon métier. « Il n’y a pas de hasard », dirait mon père, si je travaille aujourd’hui en relation intime avec la lumière. Elle me nourrit, je crois, au moins autant que le grand air. (…) J’ai en moi une tempête, un courant chaud, une réplique miniature du système solaire. Et rarement je n’ai placé autant d’espoir (sans faille et certain) qu’en ce vingt-huitième printemps qui s’annonce, tout doucement. Ce tourbillon.

L’échappée

Vaison_2

A chaque fin d’hiver cette petite ritournelle, cette saturation pour le béton urbain et les nuages noirs de notre étroit pays perché au nord, ce vrai commencement que le calendrier promet à l’approche du printemps mais qui tarde, rapide comme un escargot de Bourgogne, ce gredin. Sans trop réfléchir, on a pris cette route qu’on connaît bien, descendu l’autoroute du soleil sous la tempête de neige et la pluie battante jusqu’à la nuit tombante, on a compté les heures, épuisés, on est arrivés devant la grille bleu ciel cise au fond d’une impasse, on a sonné une fois et on a retrouvé la chaleur d’un foyer aux couleurs de Provence : draps jaunes, carrelage ocre et, derrière la fenêtre, le vert tendre des oliviers. Même le plat préparé réchauffé ce soir-là avait le goût de la famille, parce qu’il y avait autour de la grande table à moitié vide l’amour, la prévenance et la bonté propres aux parents qui ne se sont pas embrassés depuis longtemps. On a célébré les bonnes nouvelles en cognant nos verres d’eau pétillante avant de se glisser dans la petite chambre où flotte l’odeur de la fumée de pipe, on a traversé des villages de pierre désertés en hiver, chacun avec leurs guirlandes de guinguette accrochées aux platanes nus qui bordent les placettes, on est revenus du marché avec sous le bras des olives et des tartelettes au chocolat, il m’a offert la neige rose du sommet du Mont Ventoux dans la lumière de la fin du jour, on a écouté les histoires d’avant et envisagé l’avenir, on s’est aimés très forts et, sans qu’on l’ait vu venir, vraiment, le temps était déjà venu de faire nos valises.

Untitled design (4)

Vaison_5