Daily sprinkles

De notre mieux

Denotremieux-3Les jours sont pleins du son des grelots que tu agites entre tes doigts malhabiles, de bisous sur ton ventre chaud, de l’odeur de ta peau après le bain, de tes sourires qui nous remuent, de ton babillage très sérieux et de tes petites mains tendues qui cherchent nos visages. Je t’ai dans le creux de mon bras, ton oreille sur ma poitrine qui palpite, tes yeux qui interrogent les miens. Je t’ai dans le creux de mon coeur, toi qui remplit tous les silences – tout le vide, toute la vie -, toi qui me manques quand tu n’es pas là.

La vie depuis toi, ça vient ça va, de haut en bas, ça monte et ça descend, risettes et chaudes larmes, intense et merveilleux, ecchymoses en plein coeur, câlins et sparadraps. Mon plus beau voyage, tu vois, catégorie initiatique avec vue sur l’amer et l’amour à la fois. Tu me confrontes à mes propres démons, je m’efforce à baisser la garde, j’apprends à dompter la culpabilité, à chiffonner mes principes, à te confier à mon intuition, et peu à peu je balaie les fondations tenaces – ! – du désir (in)conscient de perfection pour bâtir à la place les lettres : i n t e n t i o n.

Je crois que les enfants viennent au monde pour faire grandir leurs parents. S’ils sont livrés sans modes d’emploi, c’est qu’ils cachent derrière leurs yeux un livre sans fin aux pages couvertes d’esquisses, de codes, d’histoires, de couleurs et de formules magiques. Quelle vaste entreprise que de s’atteler à comprendre les rouages qui animent cette toute petite personne, quel succulent mystère. Et puisque je ne serai pas cette mère irréprochable qui n’existe que dans mes projections d’hier, je te promets de faire chaque jour de mon mieux et de t’offrir le meilleur de moi-même, avec la lune et la mer et le ciel et les étoiles, si tu le veux.

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Papier-collant

Leplusbelage_Lifelately_1-1Bébé sourire, bébé boudeur, Jean qui rit, Jean qui pleure, bébé calin, bébé hurleur, bébé à bras, bébé guetteur, bébé curieux, bébé papote, bébé pas dodo, pas tétine, pas biberon, bébé pas par terre, bébé heureux, bébé maman, bébé papa, bébé intense, bébé d’amour, bébé qui dort sur mon coeur : bébé je t’ai dans la peau.

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Altérité

LettreaTim1Quel privilège de te voir grandir sous nos yeux, de te regarder dormir dans le noir, tes cils clos sur tes joues pleines, d’ouvrir les yeux chaque matin sur ton premier sourire, de commencer toutes nos journées en chanson.

Un jour je te raconterai comme tu glisses ta main sous ta joue dans ton sommeil, comme ton regard se plisse quand on s’écrie Bravo, comme je t’appelle « ma canaille, mon loulou, mon coeur », comme ça te va si bien. Un jour je te dirai que je regrette de n’avoir pas eu le temps de consigner chaque progrès jour après jour parce que je suis bien trop occupée à te regarder avaler toute la vie dans tes grands yeux bleus.

Je te dirai comme je suis folle de toi et comme ton père tombe un peu plus en amour de toi jour après jour. Je te dirai comment tu as ouvert la brèche dans les remparts que j’ai patiemment érigés pour me protéger de l’extérieur, que je n’ai désormais plus besoin de ces barrages, que le barrage c’est moi pour toi, le temps qu’il faudra. Depuis toi je me dissous dans l’univers. Je veux passer ma vie à rendre le monde un peu plus beau pour toi, je veux nous faire confiance, poursuivre ma quête du Sens et agir pour le bien des miens, pour l’équilibre, je veux partir pour le temps qu’il me reste en croisade pour le bien commun.

Viens, vole, vis, virvolte. Ne perdons pas de temps, mon enfant.

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Ton prénom

timjanvier5Chaque enfant traine dans son sillage l’écho d’une poignée d’histoires qui tiennent à coeur à leurs parents. Tes grands-parents à toi, les parents de ta maman, te raconteront un jour ses collants de laine et ses lunettes un peu de travers, la manière dont elle se dressait sur ses coudes quelques heures après sa naissance ou encore cette fois où, héroïque, elle résistait de son mental d’acier à l’appel de la gratouille lors d’un épisode de varicelle à trois ans. A toi, mon tout petit amour, qui n’as que trois mois et des poussières, j’ai déjà bien ancrées dans la tête des bouts de ton histoire à raconter – toute la vie si tu m’y autorises – comme un disque rayé. Parmi celles qui précèdent ta naissance, quand tu n’étais encore qu’un grain de riz sur un écran, j’aimerais t’écrire celle du choix de ton prénom.

On en a fait des détours pour tomber d’accord, ton papa et moi, pour trouver cet allignement raisonnable, ce nom qu’on aurait dans la peau à jamais. Il y avait cette liste collée sur le frigo, raturée, complétée, avec des petits coeurs, des ronds, et ces trois lettres inscrites là depuis le début qui disaient T I M, « c’est joli Tim ». Et puis un jour, on a chifonné la liste, on avait trouvé, point final, c’était décidé. Et là commencèrent les heureuses coïncidences qui nous assuraient de ne plus envisager de retourner en arrière.

C’était à la fin du mois de juillet, ciel bleu soleil de plomb, l’été léger encore. J’attends le bus qui me ramènera à la maison, d’une attente un peu plus longue que d’ordinaire, une dame caddie à la main, cigarette à la bouche note mon ventre rond et fait trois pas en arrière, « parce qu’on ne fume pas à côté d’une femme qui attend famille », ah non, « dites-moi, suis-je assez loin ? », elle sourit – elle a les yeux qui plissent -, « Félicitations, madame, est-ce une fille ? un petit garçon ? ». Elle porte en elle la simplicité remarquable qui rend les échanges limpides avec les inconnus. Chemin faisant, elle me parle de son aventure de mère, obstacles et amour sincère, « je suis maman d’un grand de 18 ans », c’est pas facile tous les jours, dites, mais on s’en sort, toujours on s’en sort. Elle grimpe dans le bus bondé la première et, quand c’est à mon tour d’y monter, de son bras elle me fait de grands signes, « j’ai une place pour vous, dites, il faut vous asseoir surtout ! ». On bavarde, on rit, sans se soucier du monde autour, elle aime son fils au papa arraché trop tôt par la vie. Cette femme est un trésor et elle ne le sait pas. A contre-coeur vient le moment où je lui dis « je descends ici », alors elle me souhaite bonne chance et tout le meilleur du monde, ce sera merveilleux, « à bientôt peut-être ? oh j’espère ». Le bus est arrêté et, dans un dernier sursaut, c’est moi qui veut avoir le dernier mot « Mais dites-moi, il s’appelle comment, votre fils ? ». Tim. Alors je n’en reviens pas, un sourire me barre le visage, un sourire qui n’est rien comparé au sien quand je lui confie que « c’est incroyable, vous me croyez si je vous dis que c’est Tim qu’on a choisi ? ». Mais déjà je m’éloigne en priant pour la revoir un jour, pour lui présenter mon Tim à moi lorsqu’il sera dans mes bras.

Et ça n’a pas manqué, un jour froid de novembre, bonnets vissés sur la tête, je reconnais sa voix, même bus, même endroit. Visage à moitié caché par l’hiver, elle me regarde et son franc tombe quand je lui annonce pointant le petit ourson blanc collé sur ma poitrine « Je vous présente Tim, est-ce que vous vous souvenez ? ». Bien sûr qu’elle s’en souvient, bien sûr qu’elle a, comme moi, scruté les gens du quartier pour espérer un jour me retrouver. Il fait presque noir déjà, journée hostile de grand vent et de flaques grises, mais un des plus beaux jours de cet hiver pour moi.

Il y eut cet été là d’autres coïncidences (parlons d’About Time qui passe à la télévision dans ma chambre d’hôpital, ce film que j’aime tant, avec ce garçon attachant dont j’avais oublié qu’il portait ton prénom) et je chéris aujourd’hui plus encore les hasards opportuns que la vie sème sur nos routes.

Le T de l’équilibre, le I de la lumière, le M pour la mélodie. Je vois ton prénom en jaune, solaire, comme une petite musique, un tintement. Espiègle, léger mais ancré, c’est tout ce que je te souhaite, mon tout petit. Tu façonneras ce nom à ton image, il n’appartient désormais plus qu’à toi mon bébé.

 

Des pieds nus aux nez froids

tim-novembre

Nous voilà aux portes de l’hiver sans que j’aie vu l’automne passer. Je suis née maman en été, sans manteau ni chaussettes, dans la lumière dorée de septembre. Quelle symbolique bien à propos que ce mois aux deux visages qui incarne à la fois le début et la fin. La fin d’un certain goût d’insouciance et de légèreté, des journées passées bras et jambes et tête et ventre nus, la fin des vacances. La fin de nos deux corps qui ne font qu’un, de cette fusion particulière, la fin des nuits à imaginer les traits de ton visage, la fin pour toi d’un périple de huit mois en-dedans au son du petit monde qui habite mes artères. Septembre le début de l’année scolaire, les premières feuilles qui vacillent sur les branches, la promesse d’un nouveau départ, l’avalanche de bonnes résolutions. Le début pour nous d’une valse à trois temps, d’apprentissages et de questionnements incessants, le début d’un amour qui nous porte haut, très haut, d’un amour qui nous blesse à coups de flèches quand tu ne vas pas bien. Le début d’une vie nouvelle où plus rien ne sera jamais plus comme avant. Parce qu’on a beau dire qu’on restera les mêmes, confessons à présent que c’est un peu faux. Tu prends toute la place, tu pousses nos limites et fendille nos murailles, tu nous renverse en profondeur et fais le ménage à l’intérieur. Que c’est dur, mon Tim. Que c’est bon !

Ce matin je lève la tête et les arbres derrière la fenêtre son nus, il y a des lumières qui clignotent au seuil des maisons, plus personne n’envisage de sortir sans chaussettes et les gens du quartier pressent le pas sur le trottoir emmitouflés dans leurs manteaux. C’est bientôt Noël et je sens monter en moi un bonheur vague et enivrant qui sent le pain d’épices, les épines de sapin et le feu dans la cheminée. Nous sommes à quelques jours du grand hiver et, alors que s’achève cette parenthèse automnale recroquevillés sur notre trio familier, tu vas avoir trois mois. Et quand, tout à l’heure, tu regardais de tes deux yeux attentifs le sapin clignoter, on pouvait lire dans ma tête la hâte d’aller choisir ta toute première boule de Noël, de t’emmener sentir l’odeur des crèpes et du vin chaud dans les allées des marchés de fêtes et de t’envelopper de la châleur des innombrables soirées en famille et auprès des amis. Oh et puis je le concède après tout : on pouvait y voir aussi, mon bébé, l’espoir au fond de moi que tu aimeras Noël au moins autant que je l’aime moi.