Daily sprinkles

Sur ta peau, la Grande Ourse, tatouée.

Commetoi-1J’aime la Grande Ourse que la varicelle a dessiné sur ton front, petits cratères d’enfant vainqueur, d’enfant poète, d’enfant douceur. J’aime les secrets que tu nous glisses à l’oreille, tout bas, ces chuchotements que toi-même tu ne comprends pas. J’aime ta peau froissée au réveil, tes joues roses et tes cheveux chiffonnés. J’aime tes « têtâ ? » le doigt pointé, partout, tout le temps, sans trêve : les noms, les formes, les couleurs, les comment, les pourquoi. Tout savoir, tout. Il y a tant à voir, tant à apprendre, tant de chances de vibrer, de trembler, de s’émouvoir. Oui, tant ! J’aime tes bras enroulés autour de nos cous après les cauchemars. J’aime tes rires sonores, sans retenue, tes histoires, tes manies, tes regards. Tu grandis et, à cette mesure, ma pudeur de t’écrire elle aussi. Déjà tu prends le large, petit homme, déjà tu vis pleinement pour toi même si ton corps, lui, est encore blotti dans nos bras. Tu es sensible comme toi. Heureux comme toi. Prudent comme toi. Curieux comme toi. Un peu comme nous; si différent de nous ! Raconte-moi comment le monde se joue à travers toi, tiens-moi la main, lâche-la, file loin, oublie-moi, vis pour toi. Reviens-moi.

Etincelle

Oiseaux

Les jours au ralenti, son visage enfoui dans mon cou, son coeur lourd sur ma poitrine toujours et seulement. De ce perchoir il pointe du doigt dans un « Oh ! » sonore les nuées d’oiseaux, les vélos qui passent et les flocons qui volent au milieu des rayons. Sourit à sa première gorgée de grenadine. Signe « encore, encore » avec les doigts. Me tend tour à tour chaque crayon de couleur. Mélange, très sérieux, la pâte à gaufres. Tend la main par la fenêtre ouverte et s’amuse du froid glacial qui la pique toute entière, une fois, dix fois. Tout est sens. Tout.Tout est émoi.

Matins d’azur

SunMercredi de plein hiver, ébloui, piquant, glacé. Les rayons nous cueillent à l’aube derrière les rideaux avant que les « mama papa » ne résonnent dans la chambre bleue. // Plus tard. // Ils ricochent sur les tôles des voitures lancées dans la ronde, qui transportent leurs chauffeurs qui se croisent sans se voir. La lumière blanche inonde tout, scintille sur les flaques gelées, éclatées en forme d’étoiles polaires. // Je m’installe à une table. // La vitre est si froide que le vent me passe à travers, distillant l’air de rien des fantômes de glaçons dans mon café noir. J’enfouis mes mains engourdies dans la laine, les yeux penchés sur le spectacle de la rue. Etre là sans l’être, s’autoriser quelques secondes d’absence au monde et toucher du doigt le vertige de n’être là pour personne, n’est-ce pas la meilleure des postures ? // Il dépose devant moi trois spéculoos. // Je cligne des yeux et reviens au jour qui m’appelle ; petite rengaine de mes matins d’azur.

Le dernier jour des vacances

Dimanche_2

C’était un dimanche d’hiver, le dernier dimanche des vacances, à arpenter les allées du marché le nez rouge et les doigts gelés, à profiter du calme de la longue sieste qui impose désormais un rythme à nos journées passées à trois, à fondre quand il me dit « maman » très sérieux droit dans les yeux, quand il s’écrie enfin « papa ! » et « doudou » et « dodo » parce qu’il est bien là l’essentiel en fin de compte, dans le doux, dans le beau. A faire un gâteau aux pommes pour le goûter, à boire beaucoup de thé, à dresser la liste des petites aventures à vivre durant cette nouvelle année, à faire des plans sur la comète pour cet été.

Avec la pause que je me suis imposée est revenue naturellement l’envie de capturer la légèreté de ce quotidien précieux comme de l’or. Simple et fugace. Ecrire, photographier, ce n’est finalement que donner forme sensible aux tableaux qui se sont joués dans nos têtes. On n’a que la poésie qu’on s’octroie, je crois.

Dimanche_3

Cette petite musique

Petitemusique

Ding

Quinze mois de petite musique glissée entre les nuits, tout le jour, chaque minute, tous les jours. 

Toum

Sonnent les heures, doucement, les soucis en sourdine, tambours battants.

Badam

Et les danses qui t’habitent, les rythmes qui te balancent, tadoum, tida, comptines, touches blanches et grandes voix.

Tim

Ma petite musique, mon amour d’enfant, mon heureux, ma corde sensible, mon corps vibrant. 

Mon  t i n t e m e n t.