Daily sprinkles

L’eau du ciel tout entière

Juin-16

Vingt-quatre degrés, pieds nus dans mes toiles blanche, une goutte dévale du ciel. Puis une autre, qui la suit, et une autre encore. Le déluge tombe à point nommé, à poings serrés. La pluie vient, qui purifie et me soustrait un temps à mes ennuis. On ne se cache pas des torrents d’été sous une ombrelle, non, on les mange la bouche ouverte, on les accueille comme des Saluts. Pourtant, on aime haïr la pluie au moins autant qu’elle nous manque. On dit « je manque d’air » et on ne voit pas tout l’air glissé entre et en dedans des larmes de ce géant céleste. Le ciel. On sait rarement ce qui se cache derrière les voiles, mais on peut le chercher, le toucher dans un rêve salé comme la mer. C’est un devoir – humain – que celui de scruter au-delà des apparences, d’aller fouiller toujours un peu plus loin.

La pluie nourrit la flore et l’animal, elle est faiseuse de vie. Alors aujourd’hui j’ai laissé dans ma poche mon petit parapluie.

(Ou peut-être qu’en vérité je l’avais oublié, vous savez, mais j’ai voulu me faire croire que c’était une bonne idée.)

Brève de juin : le matin.

Juin-9

C’est un matin d’été, les corps moites s’étirent dans le coton. J’ai comme des poussières de sommeil accroché au bout des cils, il m’étreint et c’est comme un souffle sur les akènes des dents-de-lion. La rue sent le café au lait et le savon, les chemises amidonnées brillent dans le soleil déjà haut. Le solstice rend les jours interminables et les gens beaux. Parce qu’ils sont légers, ceux qui ont l’intuition que tout recommence quand s’amorce la descente lente jusqu’à l’azimut de Décembre. Juin nous enjoint à vivre un peu plus libres, ça nous titille, on ne sait pas, on se laisse faire, c’est comme ça.

La loi de l’entropie et l’ordre de minuit

Juin-6Je crois aux départs, aux renouveaux, aux autres chances. Il y a les bonnes intentions, les voeux profonds et l’ancrage tout au fond. Et il y a, faisant face, la grande tornade du quotidien, successions de routines bien huilées, désordonnées – rien n’empêche -, grand bazar chronophage où l’important parfois m’échappe. A me retrouver là, un soir, je ne sais plus, comment dormir, comment on (s’) inspire, comment ralentir la cavale et les battements de coeur, comment changer mon bâteau-pirate en une fière caravelle, forte et voiles-au-vent, droit devant. Dites-moi, comment ?

C’est toujours la même ritournelle, c’est un peu de magie qui me cueille, étourdie, dans la nuit qui commence. Ouvrir les fenêtres sur les bêtes noires, ouvrir les armoires, les portes, les draps, les tracas, les tiroirs. Et chemin faisant c’est le vide, alors, qui se glisse à la place de ce qui ne compte pas, c’est le rien qui triomphe sur les terres où l’inutile rend les armes. Les heures passent, denses. Il est 3h – tôt ou tard – quand je lève les yeux sur le champ de bataille. Les murs et les plans sont aussi dépouillés que ma tête y voit un peu plus clair. Et puisque l’entropie toujours nous rattrappe, avant que la grande vague ne balaie ma vaste plage à marrée basse, j’y grave à la hâte mais en gros caractères ce qui me mue, ce qui m’émeut, ce qui m’enivre. (Bonsoir Morphée,  je vais dormir.)

Affiche : Birds par Dieter Braun, via Juniqe

(Re)commencement

Avril2016-2

Il y a un an nous nous apprêtions à prendre la route pour un voyage symbolique rien que tous les deux. Le dernier si loin avant la vie à trois. Je ne suis pas quelqu’un de nostalgique, il ne m’est encore jamais arrivé de considérer que ma vie était « mieux avant », j’aime trop le présent et les projets pour prendre le temps de ça. Mais, comme tout le monde je crois, j’ai une tendresse particulière pour certaines périodes passées. Il y a un an je sentais à travers ma peau les premiers mouvements de mon bébé, mon coeur était léger, mon corps était mon allié, nous annoncions peu à peu – amoureux – la grande nouvelle à nos chers amis, je fêtais mon vingt-huitième anniversaire dans le vent frais de Copenhague et nous embarquions dans la foulée pour deux longues semaines sur la côte ouest des Etats-Unis. Cette période a dans mon esprit le goût des croissants et de l’Océan, du grand air et du parquet grinçant. Et en dedans cet enfant qui, déjà, prenait toute la place. Pas un jour de ma vie depuis où je n’ai pas pensé à lui. Tout mon corps et tout mon esprit – et les siens, aussi – se sont mis dès janvier 2016 à tourner autour de cette grande folie.

Après avoir passé l’été, l’automne et l’hiver en apnée – dédiée, consacrée, sacrifiée parfois -, j’accueille cette nouvelle année qui s’en vient avec sérénité et envie. Je vous écris tous les ans qu’Avril est pour moi le véritable commencement, qu’il symbolise plus que Janvier encore le temps du renouveau. Un nouveau cycle commence et je suis là, face à tout l’inconnu qui m’attend, prête à me retrouver, m’écouter, me soigner. M’aimer en passant. Noir sur blanc je m’engage à prendre le temps de réapprivoiser mes contours et à réapprendre l’ancrage afin d’entretenir avec sérénité la flamme de l’empathie, de l’humilité et du don de soi dans un juste équilibre.

Sur le fil. Toujours. Alors allons-y.

Avril2016-1

Premières fois

Premier_duo2

Il y a eu le premier peau à peau, le premier jour, le premier bain, le premier trajet en voiture, la première nuit à la maison, la première promenade et ton premier automne, ton premier hiver, ton premier printemps. Premier mois, premier Noël, premier 1er janvier. Il y a eu ton premier sourire, ton premier « aheu », ton premier rire, ta première nuit (une fois seulement, ah oui), la première heure sans toi, le premier jour sans toi. Ta première purée, ton premier séjour à la mer, ton premier passage de frontière et tes premiers pieds attrapés.

Aujourd’hui, quand j’ai senti bien malgré moi monter en moi une vraie vague d’émotion devant ton premier bricolage (ah si on m’avait dit !), ta première main dans la peinture sur un bout de carton, j’ai eu envie de te serrer un peu plus fort en te remerciant de nous faire vivre avec un enthousiasme de gamins toutes ces premières fois à l’unisson avec toi. Et parce que le hasard n’en fait qu’à sa tête, il m’a surprise tout à l’heure dans la salle-de-bain : sous mon index pointait ta première dent. C’est merveilleux, c’est incroyable, c’est fascinant ! Merci mon tout petit de nous offrir autant de jours à célébrer, précieuses balises en guise de cases départ, merci de me faire expérimenter la joie désinhibée et de (re)donner son véritable sens à l’apparente trivialité.