Depuis le Big Bang, mémoire du corps et coïncidences cycliques.

Cyclique4Les années qui passent, cycliques – hiver après automne, été après printemps -, la Terre qui court sur l’ellipse mais toujours revient, ont fini par éveiller en moi une intuition. Ca commence par un hasard de calendrier, des humeurs changeantes venues d’on ne sait trop où, les nerfs à vif un soir puis, plus tard, une sérénité rare qui m’enveloppe des jours entiers, des semaines durant. Est-ce le soleil, est-ce la lune, est-ce la pluie, est-ce l’éclat de la lumière, dehors ? Est-ce le temps ? (Qu’est-ce que le temps ?) Traversant des périodes éclatantes de calme intérieur – de la plénitude, presque – où, qu’importe la destination, l’horizon est clair et la profondeur de la mer sous ma coque ne me fais pas peur, je dépoussière mes jumelles et regarde un an en arrière. Là, troublée, comme s’il existait une mémoire subtile du corps, j’y vois mon présent en miroir : état d’esprit similaires, mêmes appréhensions, mêmes souhaits, à la différence près qu’il me semble mieux vivre encore aujourd’hui. Parce que j’ai précisément vécu, que j’ai traversé, que j’ai retourné toutes les questions, que j’ai cherché du sens, parce que j’ai appris. Et sans trop savoir où je veux en venir – pardonnez-moi, dans mon imprudence, de vous avoir embarqués sur mon navire -, j’ai la certitude de tenir là un coin du « pourquoi je suis là », pourquoi j’aime, pourquoi tous ces matins, tous ces soirs, pourquoi tout ça. Même quand elle prend des airs de fiasco, même quand elle tangue, la vie avance, mon esprit s’étire, le brouillard se lève, mon coeur grandit, un peu plus perméable mais un peu moins fragile : je suis (nous sommes) en expansion.

Dans ces moments où le principe de vie m’apparaît comme une succession d’ellipses qui se chevauchent sans jamais se fondre – une spirale serrée, vue transversale d’un tronc d’arbre qui a cessé, à la longue, de fêter son anniversaire -, je me surprends à me dire que « j’aurais aimé, peut-être, croire en une théorie positive (mais non positiviste) de la réincarnation ». Mais la comparaison d’aujourd’hui avec hier me fait me poser des questions : à l’univers en constante expansion répond notre Histoire d’Hommes, linéaire mais pas tant, gouvernée de tous temps par les mêmes instincts, les mêmes émotions – l’amour, la colère, la jalousie, la survie, le pouvoir, l’échange, le souci de protection, (…) – qui mènent invariablement – mon Dieu, pourquoi ? – certaines âmes à la guerre et au repli sur soi. Mais alors – visualisation de cercles concentriques vieux comme le Monde -, l’Humanité progresse-t-elle vraiment ? Qu’est-ce que le véritable progrès, au fond ?

De l’extrêmement petit à l’immensément grand, ce qu’il me reste de cette intuition qui me file comme de l’ouate entre les doigts, c’est le reflet troublant du mécanisme de l’Homme dans l’univers, mémoires respectives gravées dans le temps passé, cette idée que tout est lié, que tout se ressemble, que tout s’entremêle, que nous sommes tout à la fois nous-mêmes et le feu, l’eau, l’air et la terre. Voilà, je crois, ce que je crois – même si ma seule véritable croyance, je crois encore, résidera toujours . C’est cyclique.

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