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Amsterdam

 

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Il y a eu la surprise annoncée et le sourire reconnaissant. Il a dit « je t’emmène deux jours, quelque part ». Il y a eu l’attente, il y a eu la devinette sur le grand tableau blanc, il y a eu le secret révélé avant le départ. Il y a eu le réveil pas trop tôt, le petit-déjeuner avalé en vitesse avec nos visages encore chiffonnés par le sommeil et la voiture lancée sur la route d’Amsterdam sur un fond de Radio de Noël. Il y a eu la ville où l’on avait plus mis les pieds depuis un moment, tous les canaux qui se ressemblent, les vélos torpédo, les vélos noirs aux selles de cuir, les vélos bambou, les vélos panthères et le ciel bleu. Il y a eu notre admiration pour l’art de vivre des gens de là-bas, la beauté des maisons, la chaleur des intérieurs, le goût de la vie douce malgré les ciels gris de (presque) tous les jours. Il y a eu le café latte, les bières rondes, les thés et les tartes aux pommes, le goût du curry rouge dans un pub en bois. Il y a eu la chambre sous les toits, le bain immense et l’eau brûlant tour à tour nos orteils, nos chevilles, nos mains gelées par l’hiver du dehors. Il y a eu les draps en lin froissé, le sol sur lequel on aurait bien écrit à la craie et le savon à l’odeur de santal qui donne envie de plonger le visage dans ses mains. Il y a eu ces deux jours parenthèse, deux jours à deux, deux jours tout court. Et c’était bien.

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Mes petits souliers

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J’ouvre les yeux dans le noir de décembre. Peut-être est-ce déjà le matin, peut-être est-ce encore la nuit ? Mes tout petits yeux trahissent le manque de sommeil de la courte nuit qui vient de filer sous mes draps. Mais dans le noir, personne d’autre que moi ne le saura. Que j’ai dansé toute la nuit en cherchant aux quatre coins de la chambre jaune le marchand de sable, le priant de faire venir demain un peu plus vite. Que j’ai prié pour ne pas qu’il me surprenne éveillée à l’heure où les maisons du monde entier dorment sur leurs oreilles de toutes les couleurs. Que mon coeur battait plus fort qu’à l’ordinaire sous ma peau d’enfant, fine comme la peau du pudding à la vanille préparé à quatre mains avec mon père.

Au bout d’un moment qui me semble infini, je rejoins mon tout petit frère aux cheveux blancs sur le palier. Perchés en haut de l’escalier, l’impatience nous monte à la tête comme une drogue douce mais indécente. Ensemble, marche après marche, nous glissons le long du grand escalier, le petit loin devant, comme toujours, assurément. Et lorsque la porte s’ouvre, je n’ai plus de coeur, ni de raison, c’est mon corps tout entier qui valse de bonheur. Du bonheur d’avoir attendu un an de géant pour revivre ces papillons fous dans le ventre, le chocolat plein la bouche et l’odeur des clémentines sur le bout des mains.

Joyeux 6 décembre !

Entière (Le cirque rouge)

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Je suis assise dans un siège d’un autre âge, identique aux mille autres de cette grande salle rouge. Mon corps est tendu par tous mes petits tracas, depuis deux jours je nage en plein brouillard. La douceur de la bière de miel et les sourires autour de moi finissent de me réchauffer, de la tête jusqu’aux pieds, tandis que dehors soufflent les premiers vents de presqu’hiver. A côté de moi, ma maman, les coins des lèvres étirés jusqu’aux oreilles, me dit « La première fois que je suis venue ici, j’étais déguisée en lion ». Je ne sais pas si je suis à ma place, ce soir, mais je sais à quel point elle y tient, à ce soir de rien du tout. Alors, je me laisse envelopper par l’atmosphère en velours, je respire en grand et je glisse dedans en même temps que les lumières s’éteignent sur la salle ronde, comme un cirque.

Sur la scène, apparaît un humoriste dont le monde entier doit avoir oublié le nom. Une. Deux. Trois. Douze secondes et j’écarquille les yeux, surprise, ouvre grand la bouche, ébahie, claque des doigts et ris. J’embarque dans la danse. Mais ce n’est rien à côté du rire sincère, de l’émerveillement démesuré et de la joie qui habille tout entier le siège d’à côté. Je regarde ma mère, entière, se foutre du monde entier tandis qu’elle valse au rythme de tous ces gens heureux d’être là. Elle est comme ça, entière, trop entière pour que j’aie pu un jour comprendre comment la saisir toute à la fois pour la comprendre, elle, à son tour. Je ne sais pas pourquoi je suis là, mais il semble que je sois peut-être à ma place, finalement.

Et lorsque l’homme aux mille voix, l’homme un peu grisonnant tout droit venu du Canada, incarne d’une manière bien trop irréelle que pour être raisonnable quatre voix qui m’ont vue grandir, mes soucis s’évanouissent au bord de mes yeux, tout au bord. Ils brillent. Je ferme les yeux et les Beatles chantent pour moi des bouts de chansons qui me renversent le coeur. Je saisis la main à côté de moi et, un peu brouillée, je lui souffle, à l’oreille, « Je suis si heureuse d’être là ».

Deux pieds, les aléas et le grand Air

Le grand air - La marche

J’enfile mon plus gros pull en laine et un bonnet sur ma tête. Je lace mes baskets à même mes collants – j’adore plus que tout marcher en robe ou en jupe, surtout quand il fait froid, pour sentir l’air vif sur mes jambes en même temps que mes mains se réchauffent et que mes joues rougissent. Je dis « Je vais marcher au bois, je pars pour un moment » et je ferme la porte à double tour. Il fait froid, je tremble un peu, on dirait bien qu’il va pleuvoir. Mais je ne suis pas en sucre, j’avance.

Un pas, deux pas, mille pas. Je traverse le petit marché et une fois à l’orée du Bois de la Cambre, mes mains n’ont plus froid. J’emprunte le petit chemin qui longe le lac. Je croise un couple, j’entends « Tu sais, en été, c’est noir de monde ici ». Oui. Mais pour l’heure nous ne sommes qu’une poignée à braver le temps incertain de cet après-midi de novembre. Le temps d’une balade, je considère ces petits points isolés comme des alliés. Et j’aime me sentir appartenir au club de ceux qui vivent au grand air sous les ciels bleu, gris, noir, anthracite sans distinction.

Nous sommes quelques uns à marcher pour marcher, baskets aux pieds et allure rapide, tous en rond autour du grand lac couleur de sauge. Au bout d’un moment, mon corps avance seul. Alors que mes jambes s’élancent sans aucun effort, je respire le ventre grand ouvert. Et lorsque la première circonvolution s’achève, j’embarque sans réfléchir dans un nouveau tour de piste.

Les jours gris ne sont moroses que s’ils sont perçus de l’intérieur ou renfrogné à l’abris d’un parapluie. Emmitouflés dans nos villes, on nous apprend trop tôt à considérer les aléas de la nature comme des saboteurs. Pourtant, une fois nos dehors apprivoisés, rien ne semble plus doux qu’une brise piquante et quelques gouttes de pluies qui finissent leur course sur le bout du nez.

Et vous, quel est votre rapport à l’extérieur ? A la marche ?