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Et puis juin.

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Mai qui s’en va dans un souffle, comme il est arrivé, comme il a filé. Et juin qui sonne à la porte, jaune comme un soleil, avec dans les mains des promesses de pieds nus pour de bon, de jours clairs qui s’étirent, qui s’étirent, de douces ivresses et de soirs de fête. Juin léger, juin si doux, juin l’été. Juin, c’est Rimbaud qui me colle à la peau. Juin fantasmé, mois liberté. Juin, oser peindre demain aux couleurs du ciel lumière, demain fait d’or, demain « qu’est-ce que je deviens ? ».

Rat des villes & rat des champs

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J’habite à Bruxelles depuis maintenant un peu plus de trois ans. La ville, la capitale, avec son lot de trafic, de complexité, de rythmes déstructurés et de possibles, aussi. Ayant grandi à une poignée de kilomètres de là avec la vue des champs depuis la fenêtre de ma chambre sous les toits, j’ai toujours aimé les villes sans jamais y avoir ressenti de véritable sentiment d’appartenance pourtant. Aujourd’hui, je rigole parfois de la toute petite ville qui m’a adoptée pour cinq mois pendant mes études, une petite bourgade au fin fond de la campagne aride espagnole, dans un coin de l’estrémadure, là où les habitants n’ont ni l’élégance, ni l’ouverture, ni la finesse des gens de la capitale. Mais je sais au fond de moi que ça n’était pas un hasard, que j’aimais me rendre à l’université plantée là au milieu des moutons, entourée d’herbe brûlée par le soleil, à perte de vue. Alors, oui, Bruxelles, je l’aime bien. J’aime son humanité et ses cafés cocons, j’aime quand elle bouge, j’aime quand elle se dévoile, j’aime les lieux que j’y ai adopté mais, s’il y a une chose que j’affectionne aussi beaucoup chez elle, ce sont ses dizaines de petits poumons verts, ses parcs, ses étangs et ses petits chemins.

Et quand ça ne suffit plus, on descend aux portes de la ville, à quelques pas de chez nous, pour se retrouver en pleine nature. Faisant confiance au soleil qui perçait timidement la mer de nuage dans le ciel ce matin, on a enfilé nos chaussures et on a rejoint le parc du Rouge Cloître, puis les sentiers de la Forêt de Soignes. Et c’était bien.

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Et vous, dites-moi, quel est votre rapport à la ville, à la province, à la campagne ?

En pleine conscience (MBSR)

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Depuis une poignée d’année, je mûris un projet fondamental. Je trace ma route, un pas après l’autre, au travers d’une vie parsemée çà et là de petits cailloux, d’obstacles douloureux mais aussi de sérénité et de grands bonheurs. Jour après jour, je tisse un fil précieux mais fragile entre mon corps et ma tête, entre ce que j’ai été et ce que je suis, entre ma peau et mon coeur. Je crois que l’on appelle ça « prendre soin de soi ». Ou, mieux encore, « apprendre à s’aimer », s’aimer sans crainte et sans pudeur et poser sur soi, chaque matin, chaque soir, un regard plein de justesse et de bienveillance. Dans cette quête, j’ai appris à me nourrir, à bouger et à m’exprimer pour mon bien. Et j’avance, petit à petit, j’avance.

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Vous savez, je suis de ceux qui peinent à démêler les pensées qui s’accumulent dans un coin de leurs têtes, ceux qui ont le souffle court parfois, à fleur de peau, les larmes au bord des yeux et des noeuds dans les vertèbres. Et si je fais aujourd’hui de la sérénité, de l’intégrité et de la joie de vivre mes principaux alliés, voyez-vous, c’est parce que je les soigne avec beaucoup de patience, mes toutes petites névroses. Dans cette recherche d’une forme de vérité, j’ai entamé il y a quelques jours un cycle de gestion du stress par la pleine conscience*, un titre derrière lequel se cache, dans le fond, davantage un art de vivre qu’un travail thérapeutique.

Ce soir-là, je grimpe les grands escaliers le coeur plein de questions et pousse la porte blanche pour la première fois. Quelques instants plus tard, nous sommes vingt en quête de sens, assis avec plus ou moins de maladresse sur nos zafus disposés en cercle. Et lorsque vient mon tour d’exprimer les raisons de ma présence ici, je vais à l’essentiel puisque, au fond, je sens que nous sommes tous un peu pareils.

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J’ai prononcé quelques mots à peine mais, dans mon esprit, ils voulaient dire « Le temps file, si vite et si bien qu’il me semble parfois que ma propre vie m’échappe. Autour de moi, il y a ceux qui s’en vont après avoir toujours tout sacrifié pour un demain qui n’arrivera pas, il y a l’incertitude et l’impermanence des choses, il y a le monde qui tourne de travers, il y a la vie qui passe sans qu’on l’habite pleinement, il y a l’esprit un peu trop tendu vers l’avant, un peu trop tourné en arrière, il y a ce qui me tourmente, il y a des choses que je ne maîtrise pas. Pourtant, Dieu que la vie est belle quand on la saisit toute entière. Aujourd’hui, je ressens l’urgence d’être pleinement là, d’habiter l’instant. Et j’ai terriblement hâte d’apprendre à me retrouver en toute sérénité face à moi-même, d’apprendre à être là, d’apprendre à ne plus fuir devant mes mains qui tremblent et mon coeur qui bat. »

Cette aventure de huit semaines promet d’être riche, intense mais également difficile. Je reviendrai dire l’ennui qui me tiraille lorsque je suis allongée sur mon tapis chaque matin, la résistance de mon esprit quand je m’efforce à rester concentrée sur ce que je fais mais aussi, je l’espère, mes progrès dans cette voie très simple et si complexe à la fois.

Et vous, dites-moi, avez-vous déjà tenté la méditation ?

*La méthode MBSR a été mise en place par Jon Kabat-Zinn dans les années 70. Il s’agit d’une méthode encadrée de gestion du stress par la méditation. Le cycle dure 8 semaines et comprend des moments en groupe et beaucoup de pratique individuelle (30 à 45 minutes par jour).

Le plus joli mois de l’année

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Je n’aime aucun autre moment de l’année, je crois, plus fort que le mois d’Avril. Lorsque les arbres prennent vie à mesure que le ciel se pare d’un voile de lumière blanche, que les oiseaux s’éveillent chaque matin un peu trop tôt, que les épaules s’affranchissent du poids des manteaux de laine et que le soleil imprime sur nos joues le rose qui manquait à l’hiver, lorsque – enfin – l’on s’émeut sans jamais se lasser des heures claires qui s’étirent jusqu’au soir. Tandis que la peau frissonne dans le froid du matin, que les chevilles se dénudent et que le temps déborde des heures, Avril m’enveloppe de bienveillance et je me prends au jeu du renouveau.

Avril, pour une année encore, n’échappe pas à la règle. Le coton reprend ses droits sur ma peau si pâle qu’on pourrait voir à travers, mon corps s’emballe sur des musiques nouvelles mais un rythme si familier qu’il semblerait qu’il m’ait attendu toute la vie pour me faire danser, j’apprends à convoquer mon esprit pour investir pleinement l’instantané, j’échange des mots précieux avec ceux que j’aime, je pose une ancre en plein désert, j’apprends à vivre à coeur/corps ouvert.

Depuis presque vingt-six ans, Avril est mon repère, ma Grande Ourse, mon phare. Et j’aime à croire que, s’il est le témoin des bougies qui s’éteignent sous mon souffle, nous ne nous sommes pas choisis par hasard. 

Ici et maintenant

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Vous êtes-vous déjà demandé si vous habitiez véritablement l’instant ? J’ai, pour ma part, la terrible impression de voguer quelquefois en marge de ma propre vie. A force d’anticipation, d’analyse, d’ajustements et de contemplation, le temps me file entre les doigts, inconsistant et diablement abstrait. Mon esprit vagabonde, j’ébauche des plans pour demain, j’arrondis les angles coupants d’hier, tandis qu’aujourd’hui défile sans crier « Gare ! ». Encore que, même s’il criait littéralement, je serais capable d’être bien trop occupée par mon remue-ménage intérieur que pour prêter à l’oreille à ses sages recommandations.

Pourtant, Dieu sait que, s’il n’y a qu’une seule chose tangible et dont on soit certain en ce monde, c’est bien le moment présent. Il s’agit sans conteste de notre valeur la plus sûre et la plus précieuse. Il est le souffle, inspire-expire, il est l’évidence, il est le seul qui contienne en lui-même tout le vivant de nos univers particuliers. Il est notre assurance que tout ceci – depuis nos yeux qui clignent jusqu’aux vastes mouvements du système solaire – n’est pas qu’une rêverie et que tout ceci en vaut sacrément la peine.

Quand l’« à présent » est douloureux comme une épine plantée là où la peau est la plus fragile, être conscient de son caractère éphémère peut nous sauver la vie. Mais quand le « maintenant » est heureux, beau et doux, l’investir pleinement et sans retenue nous nourrit des pieds à la tête, nous rend plus forts et meilleurs. S’attacher à vivre le moment présent, c’est vivre à fleur de peau, à fleur de coeur, c’est prendre le risque de voir la vie déborder, de la regarder sans ciller dans le bleu des yeux et de lui dire : «Je suis à ma place, ici et maintenant » et puis « J’en ai la certitude » et puis « Tu sais ? Merci ».