About Caroline

Posts by Caroline:

Le dernier jour des vacances

Dimanche_2

C’était un dimanche d’hiver, le dernier dimanche des vacances, à arpenter les allées du marché le nez rouge et les doigts gelés, à profiter du calme de la longue sieste qui impose désormais un rythme à nos journées passées à trois, à fondre quand il me dit « maman » très sérieux droit dans les yeux, quand il s’écrie enfin « papa ! » et « doudou » et « dodo » parce qu’il est bien là l’essentiel en fin de compte, dans le doux, dans le beau. A faire un gâteau aux pommes pour le goûter, à boire beaucoup de thé, à dresser la liste des petites aventures à vivre durant cette nouvelle année, à faire des plans sur la comète pour cet été.

Avec la pause que je me suis imposée est revenue naturellement l’envie de capturer la légèreté de ce quotidien précieux comme de l’or. Simple et fugace. Ecrire, photographier, ce n’est finalement que donner forme sensible aux tableaux qui se sont joués dans nos têtes. On n’a que la poésie qu’on s’octroie, je crois.

Dimanche_3

Cette petite musique

Petitemusique

Ding

Quinze mois de petite musique glissée entre les nuits, tout le jour, chaque minute, tous les jours. 

Toum

Sonnent les heures, doucement, les soucis en sourdine, tambours battants.

Badam

Et les danses qui t’habitent, les rythmes qui te balancent, tadoum, tida, comptines, touches blanches et grandes voix.

Tim

Ma petite musique, mon amour d’enfant, mon heureux, ma corde sensible, mon corps vibrant. 

Mon  t i n t e m e n t.

 

Dimanche blanc

Dimancheblanc-11C’est un matin de décembre, aux portes du grand hiver, blottis là tous les trois. L’enfant dort puis babille puis rigole. Puis dort encore un peu. Ca sent la cannelle, les câlins et le cacao. Sur la table du salon, ce tableau figé : la vie mise sur pause d’un éléphant, de deux girafes, d’un zèbre et d’un lion. C’est un dimanche sourd à regarder la neige tomber sans bruit, un dimanche en musique, lent comme la grande aiguille à la course qu’on perçoit à peine. Les yeux qui s’en viennent, aller-retour, de l’âme au vague. Un peu flou. C’est un dimanche blanc.

Echos

Merdunord-2
Qu’est-ce donc que l’infini sinon une tentative de délimiter en six caractères ce qui n’a pas de limites, ce qui se soustrait à tout modèle, ce qui échappe à notre manière de penser l’univers ? Que sommes-nous sinon un mélange d’énergie et de matière, des amas de cellules doués d’intention, d’imagination et d’attraction, glissant sur le fil d’une toile – vibrante ! – chargée des émotions de tout un monde ? Tout vibre, résonne et se répond : ferme les yeux et écoute, le silence est sonore.
 
On sait l’impuissance de nos savants les plus fous à élaborer la formule du sacro-saint Sens de l’existence. Mais on poursuit cette quête fondamentale, obstinés depuis la nuit des temps, poussés par le besoin d’embrasser, d’apprivoiser, de comprendre ce qui dépasse l’entendement. On sait qu’on mourra – est-ce que mourir c’est disparaître ? – avant d’avoir tout su, avant d’avoir tout vu. On dit « C’est humain ». J’ajouterai « C’est vertigineux, grisant, magnétique ». Et, à la fin, tu sais, je serai heureuse d’avoir vécu.

La mer en novembre

Mer-6

Lorsque je ne vois plus clair sur ma route, lorsqu’il me semble traverser le temps en apnée, c’est qu’il est temps d’éteindre les lumières, d’ouvrir les fenêtres en grand, d’enfiler bottines et manteaux pour aller prendre l’air. C’est comme ça qu’après des mois à pédaler dans le trop plein (souvent) et dans le vide (parfois), j’ai éteint mon ordinateur, mis ma boîte-mail sous silence et on a pris la route vers la mer. En famille, comme avant.

Je dis souvent que je ne me sens jamais mieux que là où le ciel est immense, où le soleil n’a pas à se frayer un chemin entre les voitures et le béton, où l’air nous enveloppe et le vent se glisse partout. Depuis des années, je le sais : j’ai besoin d’espace, de silence et de vide. Parce que, s’il on n’y prend pas garde, tout devient rapidement trop, autour, dedans, dehors. Quelle cacophonie.

Sans surprise, j’ai retrouvé sur ces plages infinies le goût de photographier pour moi. J’ai retrouvé le ciel blanc, la mer grise et les bonshommes minuscules. J’ai retrouvé ma place, toute petite dans l’immense qui me dépasse, à regarder danser les oiseaux, à rire du rire de Tim lancé à l’assaut des dunes trop grandes pour lui, à trop peu dormir, à boire trop de café, à me nourrir du ciel noyé dans la mer elle-même noyée dans le sable, à marcher sur un très grand miroir, entourée de ceux qui comptent. L’essentiel, vraiment.

Mer-4Mer-5Mer-1Mer-8Mer-7