L’ \a.ˈma.re\

Septembrepluie-2

J’ai vécu dans une feuille de hêtre, dans l’écorce d’un chêne, dans le sceptre d’un pharaon, dans le très haut, dans le très bas, dans la glace d’un Pôle, dans la main d’un moine copiste, dans le vaste Océan, dans le coeur bleu d’un enfant roi. J’ai vécu au Nord magnétique, sur d’autres planètes, d’autres cailloux, dans d’autres étoiles peut-être. J’ai vu du Monde, et toi aussi, t’en souviens-tu ? Nous sommes un peu de nos mères, un peu de nos pères, nous portons dans nos chairs un peu de tous ceux du passé, chargés d’Histoire et de mots : traversés d’Univers.

Je porte en moi l’énergie du Big Bang et les vibrations d’un Monde où le temps, structurel et structurant seulement, n’existe pas. On naît, on vit, on reconstruit les noeuds, on raccommode ce qui nous lie et nous rassemble, on cherche à tâtons comme des aveugles – mobilisant tous nos sens – ce qui et ceux qui nous ressemblent. On meurt aussi.

On bâtit des ponts, de moi à vous, de toi à moi, de vous à eux, on construit des échelles, on édifie des cathédrales pour s’en aller toucher le ciel. « On s’élève », qu’on dit, pour saisir l’invisible, le feu fondamental qui, nécessairement, doit se nicher là-haut car la vérité est légère, forcément, délestée de la boue prise dans nos bottes de terriens. Car elle est nécessaire.

Nous sommes des égarés, elle est l’amarre, l’ « amare », l’ \a.ˈma.re\, l’a-ma-ré. Dans son essence elle est fugace. Elle seule connaît nos âmes nues à marée basse.

Septembrepluie-1