Notre ailleurs pas bien loin

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Deux jours avant la naissance de Tim et quatre jours après ma sortie de l’hôpital, on refermait la porte de notre ancien appartement dans lequel nous avions vécu plus de cinq ans pour déposer nos cartons dans des murs rien qu’à nous six-cents mètres plus loin. Grisés par la perspective du nouveau chapitre qui s’annonçait, on a dit au-revoir aux plafonds hauts, à la baignoire derrière la tête de lit, au sol en damier de la terrasse, aux sons régulier des voitures qui s’engouffraient dans la rue à sens unique et on a dit bonjour à la vue sur les grands arbres verts, à la rue pavée et aux petite chambres baignées de lumière. Ce n’est presque rien. Six-cents mètres. C’est vertigineux.

La vie étant ce qu’elle est, espiègle à souhait, les sourires, les areuh et les pleurs ont vite (très vite) pris toute la place, si bien que le petit appartement est à ce jour décoré de plus de souvenirs denses qu’il ne compte de peinture et de cadres aux murs. Et s’il n’y a pas encore de rideaux aux fenêtres, c’est peut-être parce que l’on est trop occupés à ré-apprivoiser ce quartier qu’on pensait déjà avoir appris à aimer. Parce que depuis que je suis maman, je connais le prénom de la pharmacienne et elle connaît celui de mon bébé, je boude la voiture, je vais chez la pédiatre, (bientôt) à la crèche, à l’épicerie à pieds, je charge mes courses dans la poussette et on se rend comme avant au même marché le dimanche matin pour manger les meilleures ciabattas du coin et des boules aux raisins. Si je craignais de rester cloîtrée en dedans avec mon bébé d’hiver, mes doutes se sont vite dissipés et je découvre depuis octobre le bonheur des balades quotidiennes, par tous les temps, par tous les vents. Tantôt porté collé-serré contre mon coeur dessous le parapluie, tantôt roulant sur les trottoirs cabossés, j’emmène mon petit nez rose aux grands yeux curieux braver les éléments à travers les parcs et les bosquets et ça nous fait le plus grand bien. Quelle chance de pouvoir percevoir le théâtre du quotidien sous un nouveau jour, là où ce n’est plus-tout-à-fait-la-ville-mais-quand-même, quel délice, dites, de faire son nid dans un décor ami et d’apprendre à respirer autrement – en plus grand ! – entre les arbres familiers.

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