9h, le matin.

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9h, l’air est saturé de café-croissant, balet du petit monde qui se presse, s’embrasse et se salue au grand matin. Celui-là prend la mesure du monde, des battements qui l’agite heure par heure, les journeaux bavards dans toutes les langues posés entre les miettes de pain. Plus loin deux amies s’entretiennent d’on ne sait quoi, les visages penchés l’un vers l’autre, à se toucher presque, dans une grande confidence ponctuée d’expressions entendues et de regards plissés. Il y a celui qui, cheveux et sourire blancs, s’installe à 10h à ma table (la même, toujours) entreprend le temps d’un café de m’enseigner ce qu’il sait sur les lois et le sens qui régissent la vie, « Bonjour ma copine du matin ! ». Me parle d’entropie, d’amour maternel et de pays lointains aussi. Un autre, à côté, s’étire, les yeux mi-clos, enfouit ses traits chiffonnés dans ses grandes mains. Ont-ils fait de beaux rêves ? Ont-ils bien dormi ? Avez-vous vu, hier ? Que fais-tu dans la vie ?

Je confesse un amour singulier pour les bistrots anonymes aux premières heures du jour. Mélange de frénésie, d’esprits ensommeillés, de café allongé, tiède et léger (sacrilège, c’est comme ça que je l’aime). Valse des âmes brouillées, de tous âges, reliées, on porte à nos lèvres dans un même geste une tasse blanche, on se croise dans de l’ouate sans se voir.

Ces matins-là, ces lieux qui n’appartiennent pas plus à tout le monde qu’à personne sont le théâtre d’une humanité ordinaire, rassurante comme une étreinte, chaude comme les croissants au beurre. Triviale, simple, splendide. Pleine, multiple et légère.

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