Des monstres, du silence retrouvé et des petits souliers

MBSR1On en était à la tornade que je n’avais pas vu venir, au coup qui survient quand on s’y attend le moins, quand on a oublié de compter les jours qui passent comme s’ils étaient de précieux trésors, quand on pense qu’on est suffisamment fort pour tenir debout encore un peu. Un peu comme ces feuilles d’un jaune de feu qui s’accrochaient aux branches nues ce jour-là, qui luttaient contre les bourrasques en s’agrippant à un lien qui ne tenait plus qu’à la sève. Une sève qui avait eu un jour, loin derrière, le goût de l’entrain et de l’envie d’aller plus loin. Mais qui s’était tarie, faute d’avoir pu puiser dans cet arbre-là les réponses que ces feuilles jaunes posaient à la vie.

J’avançais dans le grand brouhaha du dehors les yeux mi-clos et le pas prudent, le ventre noué par l’idée qu’à tout instant je pouvais trébucher. Méthodiquement, j’avais entrepris de dresser des palissades pour me protéger de tout ce qui m’effrayait, m’ennuyait, me faisait mal, me contraignait, ces mêmes palissades que, trois mois plus tôt, j’avais mises à terre avec la plus grande bienveillance du monde parce que je n’en avais plus besoin. Si vous approchez un jour la méditation, vous entendrez probablement l’histoire de la princesse qui avait ordonné qu’on recouvre le sol de son royaume de cuir pour ne plus s’y blesser, et du cordonnier qui lui dit alors « Vous n’êtes pas sérieuse » et lui confectionna à la place deux petits souliers. De la même façon, il m’avait fallu huit semaines de travail discipliné pour accepter de troquer mes barricades contre une volonté à toute épreuve, une perception juste des événements et un mental d’acier. Et il n’a fallu que deux petits mois loin de mes trente minutes d’immobilité quotidiennes pour – littéralement, simplement, brusquement – tout foutre en l’air.

dailysprinkles8_6

Août. Septembre. J’étais à nouveau partout ailleurs qu’ici, à m’enfuir, à me boucher les oreilles et à attendre que ça passe plutôt que de regarder en face les monstres que j’avais créé de toutes pièces. Le genre de monstres qui projettent des ombres effrayantes mais qui, si l’on fait l’effort d’allumer la lumière, ressemblent à s’y méprendre à une pile de vieux cartons noyés sous la poussière. Mais j’avais beau la connaître, cette vérité-là, j’avais la trouille de retourner sur ce zafu que j’avais laissé de côté tant je savais la volonté dont je devrais faire preuve pour le ré-apprivoiser. Parce que, vous savez, c’est quelque chose d’affronter le silence et de se regarder les yeux dans l’âme, de laisser chaque seconde prendre toute la place, d’écouter son coeur battre dans ses veines et de se dire « Je t’aime », rien qu’à soi. Assise par terre il y a quelques soirs de cela, j’ai enfin pris mes monstres sous le bras, respiré à m’en faire tourner la tête et me suis engagée à le ré-apprendre par coeur, ce silence-là.

Et comme, à l’instar des épisodes de Sept à la maison, toute bonne histoire à sa morale en béton, j’aimerais dire qu’en matière de sagesse, rien n’est jamais acquis pour de bon. Que si nos fantômes guettent nos petites faiblesses pour frapper dans le noir, on aura toujours le choix de repartir au combat. Pourvu qu’on ait l’audace de regarder la vie en face. C’est ça.

***

Les précédents articles sur la pleine conscience et la méditation sont par ici :

Ici et maintenant 

En pleine conscience (MBSR)

De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)