De la contrainte, de la douleur et de la volonté (MBSR)

« Je pourrais rester des jours entiers à méditer. Je pourrais faire voeu de silence pour quelques heures sans que ne vienne l’envie de rompre mon engagement. Sans mourir d’ennui. Je pourrais. » Il m’est arrivé de tenir ce discours envers moi-même, envers d’autres peut-être, forte de ma croyance en mon tempérament réfléchi et contemplatif. Forte de ma naïveté, surtout. C’est fou ce que l’on peut être fort tant que l’on n’a pas fait l’effort d’essayer vraiment. Vous ne trouvez pas ?

Aujourd’hui, je suis assise jambes croisées, dos droit, tête allignée et je peine à être pleinement là. Je m’ennuie profondément, je voudrais être ailleurs, l’impatience me rappelle à la vie qui reprendra son cours quand j’ouvrirai les yeux, mais je résiste. Je tiens bon. Je me dis « tout passe ». Je me dis « la douleur est éphémère, rien ne dure, et la seule chose dont je suis sûre, maintenant, c’est que je suis vivante, dans mon souffle, dans mon ventre, sous ma peau ». Je suis ici dans un temps qui ne reviendra pas et ce moment m’appartient tout entier. J’habite mon corps, mon sang palpite, mes pieds se glacent, mes jambes fourmillent, chaque vertèbre lutte contre la gravité. Plus rien n’a davantage d’importance que ma concentration qui me donne l’accès à la conscience d’être là. Peu à peu, les traits de l’ennui et de la douleur s’estompent, j’y plante mon regard malgré mes yeux clos et leur murmure « je vous accepte, je ne m’en tirerai pas sans vous, alors faisons la route ensemble, voulez-vous ? ». Mon corps brûle et je tiens bon. « C’est toi qui décide », je saisis enfin toute la portée de ces mots entendus maintes fois durant mes cours de yoga. Je m’imagine montagne et n’ai plus peur de plier car j’ai confiance en ma volonté.

Cela fait trois semaines maintenant que je suis engagée dans un cycle MBSR* et je mesure chaque jour un peu plus mes progrès et l’effet de ma pratique sur mon quotidien. Je fais face aux obstacles sans les fuir, j’accepte mieux l’imperfection et l’impermanence des choses, je suis sereine et engagée. L’apprentissage de la méditation est un processus long et difficile et il me reste l’équivalent d’un monde à découvrir. Alors je travaille avec rigueur et patience pour un jour pouvoir dire à celle que j’étais « Je peux faire voeu de silence des jours durant sans mourir d’ennui. J’en suis capable parce que j’y ai mis tout mon coeur et franchi chaque obstacle avec une détermination que je ne me connaissais pas, parce que j’ai pris le temps d’essayer, parce que j’ai eu le courage de tomber ». Et ça, vous savez, c’est terriblement nouveau pour moi.

Et vous dans la vie, quel est votre rapport aux obstacles, aux petites comme aux grosses contraintes ?

* Mindfulness Based Stress Reduction