Chroniques de l’hôpital #2

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Oscillations, patience, détermination, humilité, dépendance, amour et dignité. Vingt jours maintenant que je n’ai pas senti le souffle du vent sur ma peau, que le soleil filtre à travers la fenêtre qu’on ne peut ouvrir qu’à peine, que je m’éveille, vis et m’endors avec la même vue toujours – mêmes maisons, mêmes toits, même bout de ciel. Vingt jours de patience, de foi, d’acceptation, de nerfs (et de veines) à vifs parfois. Vingt jours que je ne peux passer le seuil de la porte de ma toute petite chambre sinon allongée dans mon lit poussé par un brancardier vers des salles aseptisées. Vingt jours de rien du tout qui prennent, quand vient le soir, des airs d’éternité. Le temps ici fait des caprices. Il s’étire et se rétracte à sa guise, bourreau farceur et sournois. Même si ce temps gagné, on le sait, est également dans cette course notre meilleur allié.

Et peu à peu j’apprivoise cet amour altruiste, ce dévouement sans conditions, qui me déchire le coeur quand j’ai peur pour lui, qui me transcende et m’élève quand, de toutes mes forces, je garde le cap pour trois. De cette fin d’été, je ne veux garder que ce qui m’a fait grandir et nous a liés un peu plus l’un à l’autre, je veux me souvenir de ce bébé qui remue et de ses hoquets comme des chatouilles, de nos moments serrés côte-à-côte à envisager l’après sur ce lit trop petit, de toi qui me fais tellement rire et de moi qui te pries d’arrêter – je n’en pense pas un mot – à cause de la douleur qui m’irradie le cou, de ces visages amis qui se succèdent ici et de ceux qui, à distance, m’assurent qu’ils sont « là ». De ces semaines lentes, je me le jure, je ne veux retenir que ça.

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Chroniques de l’hôpital #1

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Samedi, dimanche, lundi, le week-end avait été fabuleux. Ventre rond en avant, je trinquais à la menthe à l’eau en papillonnant d’amis en amis, légère, profondément heureuse et sereine. Le lendemain, on arpentait les ruelles de Bruges, d’un pas lent et prudent pour célébrer nos dix ans de grand amour, et puis Gand. Parenthèse volée à cet été doré. Mais arrive la nuit et avec elle mon ventre qui se tord au rythme d’un métronome, les doutes, la peur, les questions et la décision de prendre le départ pour les urgences « pour être rassurés », emportant avec moi de quoi tenir une ou deux heures : une écharpe, mon téléphone, mon porte-feuille et mes clés. Mais les heures passent, puis les jours et, tandis que les délais s’allongent, que les visages circonspects se succèdent à mon chevet, je comprends qu’il est temps de prendre au sérieux ce qui nous arrive, que tout peut basculer si vite, que la vie est fragile et qu’il est encore bien trop tôt pour que notre tout petit pousse son premier cri.

Treize jours, déjà, que je ne quitte mon lit d’hôpital que pour rallier ma petite salle-de-bain, treize jours que je n’ai pas mis le nez dehors, que je m’endors au son des aiguilles de l’horloge et du goutte-à-goutte de la perfusion. Treize jours de hauts, de bas, de vagues impitoyables et imprévisibles, treize jours de victoire, de confiance et d’espoir. Treize jours de reconnaissance pour ce soutien et ces attentions incroyables de mes proches mais aussi de toutes ces personnes formidables que je ne connais pas. Treize jours d’un amour incommensurable. Ma première véritable épreuve de maman.

Quand j’ai réalisé que la durée de mon séjour ici se compterait en semaines, j’ai demandé à G. qu’il glisse, au milieu de mes livres et mes vêtements, mon appareil-photo. Parce que les petites choses du quotidien ont ici la saveur de l’or et que le partage de ces bribes me donne du courage, j’ai entrepris de documenter ces quelques semaines de notre histoire, notre premier petit combat à tous les trois, cette histoire que je raconterai à mon petit bonhomme quand il sera grand en lui disant tout cet amour – et l’humour implacable de son père – qui nous faisai(en)t tenir avec le sourire.

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Au jour le jour, je poste par ici.

La bonne étoile

Etoile3-1Ce mois de juillet 2016 a pour moi une saveur toute particulière. Les jours se succèdent sans crier gare, la chaleur emprisonne la ville d’un cocon sourd, mes nuits sont courtes, bien trop courtes, je rêve de m’évader loin en pleine nature tandis que j’économise, le souffle court, la force physique qu’il me reste et compte chacun de mes pas. Et dans ce va-et-vient, entre sérénité, attente et envie, il y a cette impression qui rythme cet été doré : je navigue ces jours-ci sous une bonne étoile. Jamais auparavant la joie n’avait autant débordé, humide, de mes yeux. Jamais je n’ai aimé si fort et sans condition. Je leur répète, comme un disque fou, qu’on en a de la chance même si au fond de moi je sais – j’en ai la certitude – que l’on ne doit pas grand chose au hasard.

(…)

Des mots jetés là en désordre il y a deux semaines déjà, quand on vivotait de ville en ville, qu’on fêtait jusque tard dans la nuit tout ce bonheur d’être bien dans nos vies entourés de nos précieux amis. Aujourd’hui, je bénis la légèreté de ces mois denses qui rend plus supportable l’immobilité, l’incertitude et les heures lentes. Et je maintiens tout, je n’efface rien : elle brille toujours au-dessus de nos têtes, la bonne étoile. Alors un jour après l’autre, j’avance et j’apprends, puisque tout ira bien – c’est certain – à la fin.

(Merci pour tout le soutien reçu sur Instagram ces derniers jours, vous êtes des amours.)

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C’est dimanche #50

Cestdimanche50Cinq mois que les partages du dimanche dorment dans l’arrière-boutique de ce blog, j’ai moi-même bien du mal à y croire tant j’ai pu l’alimenter de manière intransigeante et systématique plusieurs mois durant. Ce matin, j’ai été à nouveau titillée par l’envie d’échanger avec vous quelques petites choses qui ont retenu mon attention récemment. Je ne m’aventurerai pas à prétendre que la rubrique s’apprête à renaître de ses cendres pour de bon mais, eh, c’est déjà ça !

J’ai été happée par ce reportage feutré et coloré du travail de l’illustratrice Mügluck par Michaël Ferire.

Des mains, des matières organiques, des fruits trop mûrs et la passion de l’indigo.

Wise words

Pour le plaisir de l’évasion, 23 jeunes photographes français de talent.

Et puis ces images images superbes (quelle lumière !) saisies au fil du Nil par Alice. Toute la série ici.

Passez un beau dimanche, surtout !

Six mois

6-mois-2Le thé fume encore dans la théière, effluves d’épices – cannelle, gingembre, cardamome, le parfum vient de loin – et de pain chaud. Ce matin, on m’appelle Mademoiselle malgré mon ventre plein et je voudrais que ça dure encore un temps, au moins. Dans trois mois, dans six mois, dans deux ans, j’aurai toujours ce fouillis de cheveux entortillés à la hâte sur le haut de la tête, ce regard qui se noie dans le vide parfois, la même fille blonde et imparfaite que maintenant, les bras et la tête un peu plus encombrés seulement.

Tu en auras bu des thés, des cappuccini, des eaux pétillantes, tu en auras vu des tables de café durant ces longues matinées d’un été qui n’a de cette saison dorée que le nom. Tu en auras vécu des averses, des ciels noirs et des orages de nuit, la fraicheur du crépuscule et les foulards colorés qu’on enroule autour de nos cous quand on rêve de visages hâlés et de jambes nues. Après la Provence en hiver et le brouillard d’Amérique, tu auras vu à travers moi les ruelles étroites de Barcelone et la pierre rouge et ocre des maisons de Bologne, on en aura vu des paysages et de la terre vue du ciel, on en aura parcouru des kilomètres, toi et moi.

Moins de cent jours nous séparent de ta naissance et, puisque mon corps me fait signe qu’il est temps de cesser de courir après le temps, je m’affaire à préparer ta venue avec tout le bon sens et la mesure possibles, avec toute la confiance naïve dont on peut faire preuve quand on n’a pas tout vécu de la vie. Dans les livres, dans les récits de mes amies, je pousse la porte d’un monde complexe et fascinant, d’un univers constitué de variables infinies, d’incertitudes, de parcours tortueux, d’initiations perpétuelles, d’un tas d’erreurs inévitables et de fantastiques victoires. Dans le noir, avant de dormir, je te souffle combien on t’aime et combien, tu sais, on fera de notre mieux. Puisque rien n’est fondamentalement prévisible, au fond, je ne crains rien de ce qui nous attend.

Moins de cent jours et, tandis que tu joues des pieds et des coudes presque sans répit, tandis que tu ne sembles jamais dormir vraiment, je me délecte de chaque première fois : premier berceau, premier pyjama, premier livre. Premiers émois. Quelle chance de rejouer l’existence depuis le début, de reprendre la boucle, de bouleverser les perspectives et tout recommencer sous le masque et la cape d’un nouveau rôle. Quel vertige, quel bonheur, quel honneur de rejouer cette histoire universelle avec toi.

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