Dimanche blanc

Dimancheblanc-11C’est un matin de décembre, aux portes du grand hiver, blottis là tous les trois. L’enfant dort puis babille puis rigole. Puis dort encore un peu. Ca sent la cannelle, les câlins et le cacao. Sur la table du salon, ce tableau figé : la vie mise sur pause d’un éléphant, de deux girafes, d’un zèbre et d’un lion. C’est un dimanche sourd à regarder la neige tomber sans bruit, un dimanche en musique, lent comme la grande aiguille à la course qu’on perçoit à peine. Les yeux qui s’en viennent, aller-retour, de l’âme au vague. Un peu flou. C’est un dimanche blanc.

Pile et face

Quotidien-2Les jours sont courts, le soleil bas, les ombres longues, les joues roses et le vent glacé. Décembre sonne l’heure des bilans qu’on ne peut s’empêcher de tirer par habitude, parce qu’on n’a jamais trop d’opportunités de s’arrêter pour réfléchir, pour mettre en ordre le doux chaos de la traversée des heures, des jours, des mois et des années.

En avril dernier, je reprenais le chemin du travail après cinq mois de tête à tête avec mon nouveau-né. Un métier que je m’étais créé un an plus tôt, un métier que j’imaginais fait d’images, de créativité libérée, de belles rencontres. Le temps passant, ce serait tout ça mais également un métier où je ne compterais pas mes heures, où la limite entre vie pro et vie privée serait parfois difficile à gérer, où tous mes mails commenceraient par « Bonjour, navrée pour le retard », où les aspects financiers me tordraient le ventre certains soirs. Un métier pile et face. Le fantasmé (d’avant bébé) et puis les petites épines çà et là de la réalité. De superbes rencontres, des familles adorables, des marques créatives, des mariés rayonnants. Je mesure ma chance d’avoir pu passer tant de bons moments auprès de tant de personnes qui m’ont accordé leur confiance, d’avoir pu progresser à mon rythme à leurs côtés, c’est inouï. Mais il y a aussi cette fatigue accumulée, ce manque-de-quelque-chose allant croissant, cet enthousiasme mis en sourdine, cette certitude que la photographie et l’écriture sont pour moi davantage des moyens que de petites fins en soi, qu’il me faut à présent creuser un peu plus loin, redéfinir ce qui me pousse vers l’avant et explorer la suite de ce chemin différemment. Rien d’autre que la mise à nu du mécanisme d’une vie comme les autres, finalement. Et c’est grisant.

Pour toutes les fois où j’ai entendu que mon bébé avait de la chance d’avoir une maman photographe, j’aimerais faire un aveu : l’album de notre année tient, sans grand tri, en quarante pages seulement. Je regrette de ne pas avoir pris le temps de photographier davantage le quotidien de notre trio alors même qu’en revanche je recense dans mes fichiers des milliers d’images de familles qui ne sont pas la mienne. Bien sûr la trace physique ne rend pas le souvenir plus beau mais il y a là un équilibre que je n’ai pas su trouver encore et me laisse un petit goût de peu. Je m’applique donc plus que jamais à mettre en images nos tout petits riens et à me laisser aller au devoir d’imperfection avant que leur souvenir et le temps qui passe ne me filent entre les doigts pour de bon.

 

Loved #1 : Plume de marin, Marie Klimis & un Noël raisonné

coupsdecoeurnovembre

Je n’ai jamais vraiment réussi à intégrer une catégorie de ce genre sur le blog ces dernières années, la confondant parfois avec ma vieille habitude des « C’est dimanche » sans trop savoir ce que je voulais en faire. J’en profite pour étouffer publiquement dans l’oeuf la catégorie « Les petites boutiques » parce que je ne suis décidément pas à l’aise avec l’idée de parler uniquement de choses à acheter, si belles qu’elles soient. Alors, comme chaque fois dans le doute, je file au plus simple : je fais table rase et entame ces petites listes simples de trois choses que j’aime en ce moment.

La boutique Plume de marin

J’ai découvert le travail de Marine via son compte Instagram il y a quelques mois déjà et ai eu un coup de coeur immédiat pour son trait simple et faussement naïf. A l’approche des fêtes, j’ai enfin passé une commande à base de cartes postales et de pin’s dans le but de les offrir mais je les aime tellement (je suis épatée par la qualité) que j’ai décidé finalement de garder une ou deux cartes à encadrer pour moi.

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Depuis que je suis maman, c’est devenu une question centrale, essentielle. Je veux éviter autant que possible d’accumuler les jouets, a fortiori s’ils présentent peu d’intérêt pour le développement de l’enfant et si Tim ne s’y intéresse pas. Alors malgré son jeune âge, on opère des tris et on reste vigilant sur ce qui entre chez nous. Et à moins de trois semaines de la Saint-Nicolas, j’ai eu envie de partager une réflexion personnelle sur notre rapport aux cadeaux (à lire ici).
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« La Maison » par Marie Klimis

Ce roman-là était posé sur l’étagère « nouveautés » de ma bibliothèque de quartier. Attirée par sa couverture et son résumé, je l’ai embarqué un peu par hasard. Et quel beau hasard ! D’une auteure belge, ce roman est paru dans une petite maison d’éditions belge et je les remercie d’avoir aidé à mettre au jour une telle merveille. L’histoire tient du conte, en équilibre entre le réel et l’invraisemblable, c’est poétique, fin, chaleureux, intelligent, tendre. Une vraie lecture doudou qui mérite sa place parmi les grands.

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Sur ce, je m’en vais rattraper mon retard dans les réponses à vos commentaires (que je lis toujours avec beaucoup d’attention et de reconnaissance) sur les derniers articles. Belle journée et merci d’être là !

 

Echos

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Qu’est-ce donc que l’infini sinon une tentative de délimiter en six caractères ce qui n’a pas de limites, ce qui se soustrait à tout modèle, ce qui échappe à notre manière de penser l’univers ? Que sommes-nous sinon un mélange d’énergie et de matière, des amas de cellules doués d’intention, d’imagination et d’attraction, glissant sur le fil d’une toile – vibrante ! – chargée des émotions de tout un monde ? Tout vibre, résonne et se répond : ferme les yeux et écoute, le silence est sonore.
 
On sait l’impuissance de nos savants les plus fous à élaborer la formule du sacro-saint Sens de l’existence. Mais on poursuit cette quête fondamentale, obstinés depuis la nuit des temps, poussés par le besoin d’embrasser, d’apprivoiser, de comprendre ce qui dépasse l’entendement. On sait qu’on mourra – est-ce que mourir c’est disparaître ? – avant d’avoir tout su, avant d’avoir tout vu. On dit « C’est humain ». J’ajouterai « C’est vertigineux, grisant, magnétique ». Et, à la fin, tu sais, je serai heureuse d’avoir vécu.

La mer en novembre

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Lorsque je ne vois plus clair sur ma route, lorsqu’il me semble traverser le temps en apnée, c’est qu’il est temps d’éteindre les lumières, d’ouvrir les fenêtres en grand, d’enfiler bottines et manteaux pour aller prendre l’air. C’est comme ça qu’après des mois à pédaler dans le trop plein (souvent) et dans le vide (parfois), j’ai éteint mon ordinateur, mis ma boîte-mail sous silence et on a pris la route vers la mer. En famille, comme avant.

Je dis souvent que je ne me sens jamais mieux que là où le ciel est immense, où le soleil n’a pas à se frayer un chemin entre les voitures et le béton, où l’air nous enveloppe et le vent se glisse partout. Depuis des années, je le sais : j’ai besoin d’espace, de silence et de vide. Parce que, s’il on n’y prend pas garde, tout devient rapidement trop, autour, dedans, dehors. Quelle cacophonie.

Sans surprise, j’ai retrouvé sur ces plages infinies le goût de photographier pour moi. J’ai retrouvé le ciel blanc, la mer grise et les bonshommes minuscules. J’ai retrouvé ma place, toute petite dans l’immense qui me dépasse, à regarder danser les oiseaux, à rire du rire de Tim lancé à l’assaut des dunes trop grandes pour lui, à trop peu dormir, à boire trop de café, à me nourrir du ciel noyé dans la mer elle-même noyée dans le sable, à marcher sur un très grand miroir, entourée de ceux qui comptent. L’essentiel, vraiment.

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