Ensuite, le portrait.

Pèrefilsduo1Le portrait est un sujet récurrent dans mes songes et mes projets ces derniers temps. Et je crois que si je suis photographe aujourd’hui, c’est pour et grâce à lui. Je l’aime simple, brut, sans fards. J’aime qu’on y voit la peau manger et redistribuer la lumière, j’aime les sillons avec leurs ombres emprisonnées dedans, des ombres qui parlent du temps, le rose de la bouche, l’éclat dans les iris. Un visage plein vaut tous les décors, il est rempli d’être, il dit la filiation – le nez du père, les yeux de la mère, la fossette qui saute les générations -, il dit un peu d’où l’on vient mais certainement pas où l’on va. Le portrait est rempli de l’avant, la suite reste un mystère. On dit que mon tout petit amour me ressemble, moi j’y vois beaucoup de son père, mon amour grand. Le bleu d’abord, les lèvres et le menton. Ces images me sont précieuses comme aucune autre, loin des théâtres verdoyants ou étincelants. Juste un visage, un point c’est tout, c’est déjà grand.

 

L’autoportrait

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Saviez-vous que, si l’on suppose que l’art de l’autoportrait remonte à des temps immémoriaux, on considère que les premiers véritables autoportraits – dans une volonté représentative et de précision picturale – réalisés par des artistes sont correllés à la démocratisation des miroirs et du matériel d’art, ainsi qu’au perfectionnement des techniques de représentation picturale ? Soit au moment de la Renaissance. Les premiers autoportraits passent alors pour une affirmation du statut de l’artiste qui, s’extirpant de son rôle d’exécutant, crève la toile et devient sujet. Principal encore !

En ce sens, aujourd’hui encore on peut percevoir une certaine forme de pouvoir revendiqué dans le fait de s’accorder le droit à la représentation en nos propres termes. Car il s’agit bien de ça il me semble, du choix de la perspective et du prisme à travers lequel on décide de se représenter – buste, visage de trois-quart, corps en contexte, dimensions, photographie, sculpture de la matière, collage, peinture et autres délires picturaux. Se tirer son propre portrait, c’est se glisser tout entier – corps et âme – dans une sorte de moulinette créative et créatrice de sens.

Si de nos jours chacun tient dans sa poche un outil de représentation efficace, j’ai à coeur de distinguer l’autoportrait dudit selfie – égoportrait diraient les québécois, c’est plus joli -, cette notion aux contours flous après tout, qui crie « je suis là », qui manifeste sa présence en un lieu, une situation, un événement, et véhicule une émotion à-propos. Fugitive. Fuyante. A peine manifestée et déjà disparue, effacée, brouillée, éclipsée par une autre.

L’autoportrait quant à lui est tout à la fois assertion, témoignage d’un âge, affirmation, reflet d’un ego, déclaration d’existence, arrêt du temps. Je trouve cela fascinant. Il n’est pas simple non plus, rien n’est simple dès qu’il s’agit de vision et d’évaluation- sinon de jugement – de soi. Rien n’est simple lorsqu’il nous faut nous regarder tout entier dans la glace, figer ce que l’autre y voit, embrasser tout ce qui s’y reflette, confronter ses biais et ses peurs, se pardonner, s’aimer un peu. Les cernes, les traits abruptes, les reliefs impromptus, les ombres mal placées mais aussi la lueur dans le regard, la vie qui s’y trame et la lumière sur la peau. S’autoriser l’autoportrait, c’est s’autoriser d’entrer en dedans de nous en s’appropriant le dehors, c’est reconnaître que un et un font un, admettre qu’on est tous imparfaits, un peu bancals, pas toujours magnifiques comme ils disent, mais toujours beaux comme des corps vibrants, éclatants, comme des coeurs vivants.

N’êtes-vous pas d’accord avec ça ?

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Les petites boutiques #1

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Cela doit faire une bonne année que je ne suis plus venue ici que pour (m’) écrire. Or, j’ai envie ces jours-ci d’explorer à nouveau de nouvelles catégories comme je le faisais avant, pour le plaisir de partager mes découvertes et mes coups de coeur tous azimuts en images et en quelques mots, juste ça. (Aucun partenariat ne se cache là, si cela venait un jour à changer je le mentionnerai).

Aujourd’hui je plonge dans l’univers de l’habillement, loin des grosses enseignes aux implications et pratiques éthiques discutables. Parce que même si nos dressings n’ont jamais été très remplis, comme beaucoup j’aimerais dans l’idéal ne plus passer le seuil de ces magasins dont la façade lisse cache une réalité injuste et cruelle mais je dois bien admettre manquer encore de références à ce sujet. Alors je tâtonne, j’explore et de temps en temps je viendrai déposer là de jolies choses pour la maison, le vestiaire et, aussi, pour le plaisir des yeux seulement. L’occasion aussi – je l’espère – de soulever des questions intéressantes et d’échanger sur un sujet sensible ou futile.

Robe en lin noire – SondeflorShop (Lituanie – via Etsy)

Pull à col pierrot - Konges Sløjd (Danemark – via Booboo Pirates)

Blouse à petits carreaux – Notperfectlinen (Lituanie – via Etsy)

Laetitia (Eleusis & Megara) nous encourageait cette semaine à visionner à tout prix le documentaire édifiant The true cost disponible sur Netflix. L’avez-vous vu ? Parvenez-vous à faire coïncider vos valeurs et vos idéaux avec vos pratiques en matière de consommation ? A identifier et surmonter vos éventuels biais cognitifs à ce sujet ? Discutons-en, vraiment !

Belle journée à tous !

Fragment

J’ai longtemps cru être guidée à travers la vie par une quête absolue, universelle et nécessaire de la vérité. Une vérité multiple, plurielle, protéiforme, qu’il nous est donné d’approcher – sans jamais la toucher vraiment – dans le temps imparti d’une vie. Les vérités surgissent comme des éclairs de lumière sis dans de minuscules fragments de jour. Une multitude d’intuitions unies par leurs échos qui se répondent, entrelacées jusqu’à former une toile vibratoire et profonde, liens de soie jetés de point à point : quand soudain tout s’accorde et fait sens, quand tout s’aligne au La d’un diapason. Dense. Dense. Danse.

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